05.12.2020
Chroniques Histoire de Rimouski Il y a 65 ans CJBR-TV entrait en ondes

Il y a 65 ans CJBR-TV entrait en ondes

La venue de la télévision à Rimouski a été une grande aventure pour ne pas dire une épopée. Néanmoins, le 21 novembre 1954, CJBR-TV émettait ses premières émissions.

Dès 1950 l’homme d’affaires Jules-A. Brillant, déjà propriétaire depuis 1937 de la station de radio CJBR, mijote un autre grand coup; l’ouverture d’une station de télévision à Rimouski. Encore une fois, Brillant se fait visionnaire car la télévision au Canada en est à ses débuts. En 1951, avant même l’ouverture de la télévision de Radio-Canada à Montréal, des techniciens payés par Brillant commencent à parcourir le Bas-Saint-Laurent à la recherche du site idéal pour installer l’antenne émettrice. Ils se rendent ensuite visiter des stations de télévision, surtout aux États-Unis, dans les villes de New York, Pittsburgh et Chicago, afin de voir comment se construit un studio et déterminer les besoins en équipements.

Au début de l’année 1953, Jules-A. Brillant va à Montréal rencontrer les membres du Bureau des gouverneurs de Radio-Canada, l’organisme chargé à l’époque d’émettre les permis de radio et de télévision. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes ou CRTC, n’a pas encore été mis sur pied. Brillant est à la tête d’une délégation qui comprend son fils Jacques, son ami le sénateur Charles Gavan Power et le directeur des programmes de CJBR, François Raymond. Il y a quelques réticences de la part des gouverneurs mais également des sceptiques parmi les proches de Brillant dont quelques-uns qui tentent de le décourager d’ouvrir une station de télévision dans un si petit marché.

Le Café de la Misaine, émission lancée à CJBR-TV le 18 janvier 1955. De gauche à droite Guy Madore réalisateur animateur, Hector Lavoie violoniste, Jean Brisson chanteur et Alfred Moreau. Collection Richard Saindon

Le Bureau des gouverneurs de Radio-Canada émet la précieuse licence de télédiffusion en septembre 1953. À ce moment, une seule station de télévision francophone existe en Amérique, CBFT Radio-Canada Montréal qui émet depuis 1952 sur le canal 2. Jules Brillant obtient le canal 3. Rimouski, une petite ville de province comptant moins de 19 000 habitants, aura donc la télévision avant des agglomérations beaucoup plus importantes comme Québec, Trois-Rivières ou Sherbrooke.

Sitôt le permis obtenu, on commence les travaux de construction du studio de télévision au deuxième étage de l’édifice de la Compagnie de Pouvoir du Bas-Saint-Laurent, avenue de la Cathédrale. Par contre, le site retenu pour l’antenne, le pic Champlain à Saint-Fabien, pose un défi de taille. Il faut construire une route longue de 3,5 km pour atteindre le sommet, acheminer en pièces détachées une grue actionnée à la vapeur qui servira à hisser sur ses ancrages une énorme antenne tubulaire d’une hauteur de 36 mètres et finalement construire un édifice abritant les émetteurs. Ce long travail préparatoire semé d’embûches, permettra à une station privée de la ville de Québec, CFCM-TV émettant sur le canal 4, d’entrer finalement en ondes avant le poste rimouskois. Néanmoins, CJBR-TV lance sa programmation à 17h30 le 21 novembre 1954. La veille, les techniciens procèdent à un test ultime des émetteurs. Un peu avant 17h00, on allume tous les postes de télévision dans la vitrine du magasin de la Compagnie de pouvoir situé en face de l’hôtel de ville. Quand des images apparaissent, une foule énorme se masse devant l’édifice au point où la circulation est complètement paralysée dans l’avenue de la Cathédrale !

Grâce à son émetteur bien positionné, CJBR-TV devient la station de télévision de langue française la plus puissante au monde. Des antennes relais installées subséquemment à Edmundston au Nouveau-Brunswick, à Clermont dans Charlevoix et à Estcourt au Témiscouata permettent à la station de rejoindre plus de 350 000 personnes dans un territoire qui s’étend du Kamouraska à Sainte-Anne-des-Monts et de Chicoutimi jusqu’au nord du Nouveau-Brunswick.

Le succès commercial de CJBR-TV viendra avec le temps. Un an après son ouverture la station a réalisé des profits de 700 $…

Jetons un coup d’œil sur certaines émissions de CJBR-TV dont les plus vieux d’entre nous se souviennent. Tout d’abord on s’empresse de transposer à la télé, le succès radiophonique de CJBR : Soirée canadienne. Avec des décors signés Georges Mercier et Roger Généreux et toujours animée par Jean Brisson.

Guy Ross a incarné pendant près de deux décennies l’image de l’information à CJBR-TV. Photo Rita Chevron, collection du Musée régional de Rimouski, don de Richard Saindon

Puis on a confié le soin à Guy Ross d’animer le bulletin d’information. Les gens disaient d’ailleurs : « les nouvelles à Guy Ross ». Au début de la télé, les films d’actualité et les émissions arrivaient par train. Ce n’est qu’au mois d’août 1957, que la station est reliée par micro-ondes avec le réseau de Radio-Canada.

Il y avait aussi des émissions pour les enfants comme en 1958 Les jeunes talents COOP et Danse Enfants. Plus tard, Jeannot et Jeannette avec Françoise Morneau et Yvar Tronstad encadrés par le réalisateur animateur Raymond Fafard. Et bien entendu, le Rendez-vous du Père Noël…

Mais l’émission la plus populaire produite par CJBR-TV a été Surboum et Copains à GoGo. Elle aussi était d’abord une émission de radio, animée par Bernard Derome et par la suite par Réal Lagacé. C’est Lagacé qui animait également la version télévisée.  

L’émission Surboum et Copains à GoGo a été extrêmement populaire. De gauche à droite, l’animateur Réal Lagacé, Nanette Workman et Tony Roman. Photo Rita Chevron, collection du Musée régional de Rimouski, don de Richard Saindon

En 1963, CJBR s’installe dans de nouveaux locaux rue St-Jean-Baptiste Ouest. Le studio de télévision beaucoup plus grand permettra de monter jusqu’à 4 décors en même temps.

L’émission Les jeunes talents Coop. Est-ce que vous reconnaissez un de ces jeunes artistes ? Photo Rita Chevron, collection du Musée régional de Rimouski, don de Richard Saindon

En 1970, le président de CJBR, Jacques Brillant vend les stations CJBR-TV, CJBR-FM et CJBR-AM au groupe Télémédia. Sept ans plus tard, Télémédia revend le tout à Radio-Canada.   

Richard Saindon, bachelier en histoire de l’Université du Québec à Rimouski, a mené pendant 36 ans une carrière de journaliste à la radio et à la télévision de Radio-Canada au Bas-Saint-Laurent. Il est l’auteur de Chronique du Bas-Saint-Laurent publié aux Éditions du Septentrion. Il a également écrit ou coécrit quatre autres livres portant sur l’histoire de Rimouski et de la région. Pendant 15 ans, il a aussi collaboré à la section Tourisme du plusieurs journaux dont La Presse, Le Soleil et Le Quotidien de Chicoutimi.

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