29.11.2020
Chroniques Histoire de Rimouski Rimouski il y a 8000 ans !

Rimouski il y a 8000 ans !

Il y a près de 8 200 ans, un plateau situé à 1,2 km à l'est de la rivière Rimouski était habité, quelques semaines par année, par des Paléoindiens, des nomades tailleurs de pierre, chasseurs, cueilleurs et pêcheurs.

Si vous croyez que nos hivers sont rudes, ce n’est rien comparé au climat qui régnait ici il y a huit millénaires. Au maximum de la dernière glaciation, il y a 18 000 ans, la calotte glaciaire dont l’épaisseur atteignait parfois 2 km, s’étendait jusqu’au site aujourd’hui occupé par la ville de New York. Il y a 8 000 ans, les glaciers ont régressé mais ils ne sont tout de même qu’à 100 km au nord de Baie-Comeau ! Sur le sol des espaces libérés, comme dans la région de Rimouski, la flore reprend ses droits et une végétation de type toundra attire certains animaux, notamment des troupeaux de caribous. Notre groupe de Paléoindiens suit cette faune pour s’en nourrir. Leur campement occupe un plateau dominant le fleuve et l’embouchure de la rivière Rimouski. Ce coin présente trois avantages; il y a de l’eau en abondance à proximité, le site permet d’avoir une vue dégagée sur les environs et finalement le vent chasse les moustiques. À cette époque lointaine, le fleuve ne ressemble pas du tout à ce qu’il est aujourd’hui. En raison du poids gigantesque des glaciers, la croute terrestre s’était enfoncée créant une large dépression dans laquelle le niveau de l’eau est beaucoup plus élevé. Les archéologues ne parlent pas de fleuve à cette époque mais plutôt de la mer de Goldhwait dont le niveau, à son maximum, se situait alors à 140 m de plus que celui du St-Laurent de nos jours.

Les fouilles menées en 1991 sur le site Plano de Rimouski. Photo du livre Il y a 8000 ans Rimouski, paléoécologie et archéologie d’un site de la culture Plano. Collection Paléo-Québec 1994.

Découverte

C’est par hasard que ce site paléoindien appartenant à la culture « plano » a été découvert. Depuis quelques décennies, le ministère des Transports entreprend des études préalablement à ses travaux de construction de routes. Ces études incluent notamment des recherches documentaires et des fouilles archéologiques. Ce protocole a été appliqué en 1990 dans le cadre du projet de construction de l’autoroute 20 entre le Bic et Mont-Joli. Le contrat a été confié à l’archéologue Claude Chapdelaine de l’Université de Montréal. Par la suite, l’inventaire du potentiel archéologique a mené à la découverte du site en question. En six semaines de travail, l’équipe de Chapdelaine a tamisé 160 m3 de terre. Les résultats sont spectaculaires. L’emplacement a livré pas moins de 25 000 éclats de pierre et 150 outils appartenant à la culture plano. Il s’agissait à ce moment des plus anciens outils de pierre découverts au Québec ! Les archéologues ont aussi retrouvé un fragment de charbon de bois. Une datation au carbone 14 a permis de déterminer l’âge du site, soit 8 150 ans en 1991. Le site plano de Rimouski devenait du coup l’un des rares qui soient datés en Amérique du Nord. 

Pointes de flèches trouvées sur le site de Rimouski. Photo du livre Il y a 8000 ans Rimouski, paléoécologie et archéologie d’un site de la culture Plano. Collection Paléo-Québec 1994.

 
Qui étaient ces gens

L’origine exacte des Planos reste un mystère à ce jour. Les spécialistes croient que leurs ancêtres seraient arrivés en Amérique via le détroit de Béring il y a environ 13 000 ans. Au cours des trois millénaires suivants, ces Paléoindiens ont émigrés sur tout le continent. Une chose est certaine, il y a environ 10 000 ans, ils ont développé une technique de taille de la pierre qui permet aujourd’hui de les identifier et de les relier à une même culture. Même si les premiers sites Planos ont été trouvés dans le sud et l’ouest de l’Amérique, (notamment à Plano au Texas d’où leur nom), c’est au Québec qu’ils sont maintenant les plus abondants. On connaît notamment une douzaine de vestiges de campements des Planos en Gaspésie et un autre à Price. Dans son volumineux rapport de recherche publié en 1994, le professeur Claude Chapdelaine précise que la plupart des pierres utilisées pour tailler les pointes de flèches et autres outils trouvés sur le site de Rimouski provenaient de Sainte-Anne-des-Monts. Une autre aurait été tirée d’une carrière de Lac Mégantic. Il y avait donc des échanges et des contacts entre ces nomades il y a plus de huit millénaires, ou encore, le groupe de Rimouski faisait preuve d’une grande mobilité. Cette dernière hypothèse est celle privilégiée par Chapdelaine. On croit également que les membres du clan de Rimouski devaient chasser le caribou. Des protéines de sang de cervidés ont été relevées sur cinq outils. Tous les indices, si minimes soient-ils, sont utilisés pour en apprendre davantage. Mais selon Monsieur Chapdelaine, les Planos pouvaient aussi exploiter les eaux poissonneuses de la rivière Rimouski et même les mammifères marins de la mer de Goldhwait. Le chercheur émet l’avis que les Paléoindiens de l’est du Canada utilisaient probablement des embarcations pour faciliter leurs déplacements et l’exploitation des ressources maritimes.

D’autres découvertes permettront peut-être un jour d’en apprendre davantage sur ces gens qui vivaient chez-nous durant la préhistoire, dans un environnement hostile. Une chose est certaine, ce sujet d’étude est absolument fascinant.

Richard Saindon, bachelier en histoire de l’Université du Québec à Rimouski, a mené pendant 36 ans une carrière de journaliste à la radio et à la télévision de Radio-Canada au Bas-Saint-Laurent. Il est l’auteur de Chronique du Bas-Saint-Laurent publié aux Éditions du Septentrion. Il a également écrit ou coécrit quatre autres livres portant sur l’histoire de Rimouski et de la région. Pendant 15 ans, il a aussi collaboré à la section Tourisme du plusieurs journaux dont La Presse, Le Soleil et Le Quotidien de Chicoutimi.

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