22.09.2020

La légende

La chronique suivante portera sur la légende

La légende est souvent confondue avec le conte pourtant très différent. L’origine est peut-être semblable, mais elle se distingue par la croyance.

La structure est plus libre, mais il faut que le conteur soit cru.

Une légende, c’est un récit populaire d’événements généralement transmis de génération en génération par la tradition.

Les légendes sont souvent très locales; on pourrait dire que chaque ville ou localité a sa légende. D’autres sont devenus si populaires qu’ils ont élargi leur territoire, devenant des légendes régionales, nationales et même universelles.

Selon le dictionnaire, la légende est aussi appelée une histoire basée sur des faits ou des personnages réels, mais déformée ou magnifiée par la fantaisie ou l’admiration.

De plus, la légende se réfère toujours à un monde connu. C’est pourquoi nous la qualifions de récit temporisé, localisé et personnifié. En effet, temporisé, car on peut préciser l’époque et même la date : « ça s’est passé au début des années ’20 », me racontait mon grand-père en parlant d’Alexis le trotteur.

La légende est aussi localisée, car on peut la situer dans un lieu en particulier : « il partait d’Hébertville pis y se rendait à Alma en courant».

On dit qu’elle est personnifiée, car on peut s’identifier au personnage principal, c’est un homme comme nous qui avons une vie normale et cela peut parfois être le narrateur lui-même à qui il est arrivé une aventure qu’on ne peut expliquer.

Autrement dit, les légendes sont des histoires étranges que nous ne pouvons expliquer. Elles se sont passées dans notre monde et les personnages concernés sont des êtres humains comme vous et moi. Ce qui la distingue d’une aventure quotidienne est un élément qu’on ne peut expliquer, qui échappe à notre observation. Par exemple, si nous apercevons un fantôme qui rôde dans un pré, cela pourrait donner la légende du fantôme du rang 4, car on ne peut l’expliquer et comprendre cette situation. C’est ce que l’on appelle le surnaturel réel, au contraire du conte dans lequel nous savons bien que tout est faux.

On n’a d’autres choix que d’y croire. De plus, la fin d’une légende est plus ou moins malheureuse à comparer au conte où la fin est bien souvent heureuse.

Ceci résume les notions sur la légende prises lors de nos formations antérieures et que nous utilisons depuis plus de 13 ans dans notre pratique.

Dans la prochaine chronique, nous verrons si vous avez la graine de menteur tel que nous!

Maintenant, je vous présente

La légende que j’ai écrite en 2005 La vengeance du cheval

L’action de passe aux Îles de la Madeleine au début des années 30. Un nommé Alzéard de sur les Caps Ouest, ‘zyeutait’ depuis une semaine, un jeune et beau cheval de race canadienne. Fringuant, pas tellement haut sur pattes, bien bâti et robuste

Tous les jours, Alzéard se rendait voir le cheval en question à l’Étang du Nord, un canton voisin de chez-lui. Il se voyait déjà, faire les labours avec beaucoup de rapidité.

Photo Daniel Projean

Mais un cheval, dans ce temps-là, c’était dispendieux et le propriétaire du cheval lui demandait une vache et un cochon en retour. C’était beaucoup, mais il se disait qu’il pourrait faire un peu d’argent en vendant des patates aux religieuses. Après avoir tout compté, il prend la décision d’acheter son cheval de rêve.

Debout dans sa charrette, Alzéard revient à la maison, heureux avec sa nouvelle acquisition. Il est bien fier de son cheval. Le cheval de couleur beige à son tour, en donne plein la vue à tous les curieux sur la route, d’un pas sûr presque au trot, d’une fougue bien naturelle avec sa crinière blanche, abondante et flottante au vent.

Il lui donna le nom de ¨Prince¨. Il prenait soin de son cheval comme la prunelle de ses yeux.

Il était l’homme le plus heureux de la terre lorsqu’il se rendait à l’étable, visiter son Prince et ça plusieurs fois par jour. Sa femme Gertrude trouvait qu’il délaissait un peu sa famille pour le beau Prince.

Même si la famille passait après le Prince, Gertrude et les enfants, le trouvait beau, doux et affectueux. À tour de rôle, eux aussi allaient le flatter. Il faisait partie maintenant de la famille.

Mais l’hiver est dur … C’est le temps de la crise … Il faut bien donner à manger aux enfants avant le cheval. Par la force des choses, Alzéard avec beaucoup de tristesse a laissé aller son cheval à un nommé Alfé pour quelques dollars.

Alfé, Il était un homme bien spécial, vieux garçon, avec la réputation de boire un peu trop et trop souvent de la «bagosse», une bière qu’il fabriquait lui-même.

Alzéard a remarqué qu’Alfé était un peu éméché pour conduire son traîneau, mais il se dit qu’Alfé savait ce qu’il faisait.

Tout le long de la route, Alfé n’a pas cessé de donner des coups de cravache à son cheval et de crier à tu-tête une série de jurons pour le faire avancer plus rapidement.

À mi-chemin, l’envie de … le prend et arrête son cheval … Il vient pour prendre les cordeaux, il a remarqué des petites tresses dans la crinière du cheval. Il est dans tous ses états… Quel malheur !

Il faut dire que dans ce temps-là, lorsqu’un cheval avait une crinière tressée, cela signifiait l’œuvre des lutins et que si quelqu’un osait les couper, la malchance frappait le propriétaire dans les jours suivants.

Alphée s’arrachait les cheveux. Il n’était pas question pour lui de prendre soin de ce cheval de malheur. Il était certain que les lutins sont de la partie et il n’a pas envie qu’ils lui jettent un certain sort.

Arrivé chez-lui…il l’a dételé, mis dans la grange sans trop de précautions.

Tous les jours, il laissait derrière la porte de l’étable, un seau d’eau et un peu d’avoine …il se disait ; les lutins feront le reste …

Les lutins ont bien fait leur possible … Quelques-uns brossaient son poil et les autres lui donnaient tant bien que mal un peu d’eau et un peu d’avoine.

Les lutins travaillaient sans arrêt et toujours en chantant : « Le cow-boy fait le tour de la montagne. La montagne fait le tour du cow-boy ». L’écho se faisait entendre jusqu’aux oreilles d’Alfé jour et nuit. Il était vraiment pris par la peur …et se « soûlait» de plus en plus. Mais il arriva ce qu’il devait arriver …

Le cheval lui, malgré les bons soins des lutins, dépérissait chaque jour.

Entre deux verres de« Bagosse», Alfé se disait – Comment faire pour me débarrasser de ce maudit cheval – là ?

À un moment donné, Alfé a sorti le cheval tout amaigri de l’étable. Avec peine et misère, le cheval a pris tout le reste de ses forces pour se rendre dans le fond de l’enclos.

Le cheval avait de la difficulté à prendre son souffle. Il s’écrasa…

Alfé, ne savait plus quoi faire. Il essayait de le relever, rien à faire …

Mais ses voisins voyaient ce qui se passait et les «palabres» ont commencé … (expression des Iles pour signifier racontars)

La nouvelle arriva vite aux oreilles d’Alzéard. Désespéré, il regrette d’avoir vendu son cheval. Il se disait : – Faut que je revoie mon Prince.

Il ressentait du regret et de la colère envers Alphé. Il avait peur de mal réagir en le rencontrant alors il demande à Azade, son ami de l’accompagner chez Alphé sur l’île voisine, à quelques kilomètres de là.

Avant de partir, il a mis quelques petites carottes dans ses poches. Il connaissait bien les préférences de son Prince.

Tout le long du voyage une seule pensée lui venait en tête, son beau Prince. II ne pouvait pas l’imaginer entrain de mourir.

Arrivé sur les lieux, Alfé vient rejoindre Alzéard et son ami Azade sur le bord de la clôture près de l’étable. Il a encore l’haleine de boisson. Il répète sans arrêt à Alzéard – Je ne comprends pas pourquoi mon cheval est aussi malade. Naturellement qu’il ne parlait pas des lutins.

À leur grande surprise, le cheval se leva d’un bond et aux pas de course, il revient tout droit à l’étable. A -t-il reconnu Alzéard ? Alzéard l’approche pour le flatter, mais le cheval le repousse avec sa tête, se place tout droit devant Alphé et le regarde avec des yeux saillants. Il lève sa patte droite et donne un coup de sabot juste dans le bas du ventre d’Alfé. Aussitôt, Alfé tombe dans les pommes. Une seconde après, c’est le cheval tomba à son tour, raide mort.

Alphé est mort d’hémorragie une semaine plus tard. Tout juste avant de trépasser, il a fait venir Alzéard à son chevet et lui a révélé ce qui s’était réellement passé.

Alzéard, lui, a pleuré son beau Prince pendant des années…

Si jamais vous passez près de la tombe d’Alfé, vous entendrez encore des murmures : « Le cow-boy fait le tour de la montagne …La montagne fait le tour du cow-boy …»

La morale de cette histoire, méfiez-vous de la «Bagosse», la bière des Iles, et des lutins…

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Histoire racontée par une dame de 97 ans et confirmée par sa fille Bernadette.

J’ai posé plusieurs questions sur le cheval à des gens du canton et tous se souviennent de l’histoire de Prince racontée par leurs grands-parents.

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