28.11.2020
Gouvernement du Québec
Chroniques La baie de Rimouski, remblayage et projets farfelus

La baie de Rimouski, remblayage et projets farfelus

Depuis plus de 150 ans, la baie de Rimouski a connu plusieurs outrages. En plus des déversement d'égout, il y a eu des travaux majeurs de remblayage. Malgré tout, comme vous allez le constater, le pire a sans doute été évité.

Dès le 19e siècle, les commerçants et propriétaires d’immeubles situés du côté nord de la rue St-Germain commencent à empiéter dans la baie en construisant des quais pour recevoir des marchandises par barques et des murs pour se protéger des inondations. Il faut dire qu’à cette époque, lors des grandes marées, les vagues viennent lécher le parvis de la cathédrale. À quelques reprises, lors des tempêtes d’automne, l’eau pénètre jusqu’à la rue St-Pierre.

Au début des années 1930, le maire Louis-Joseph Moreault souhaite aménager un parc en face de la cathédrale. Une entente est même signée avec le gouvernement du Québec le 26 juillet 1933, mais le projet n’a pas de suite. Son successeur, James Jessop passe à l’action. Il veut faire un parc urbain le long du fleuve avec des promenades et des jardins. C’est en 1938 que s’amorcent des travaux majeurs de remblayage en face de l’actuel Institut maritime du Québec. Mais le maire Jessop meurt le 14 janvier 1939 et son projet de parc est immédiatement abandonné.

Après le grand feu de mai 1950, le conseiller municipal Albert Dionne, fort d’une promesse du premier ministre canadien Louis Saint-Laurent, fait approuver son projet de construction d’un grand boulevard riverain qui entraîne, pendant plus de 15 ans, le remblaiement des battures sur une largeur atteignant parfois 500 mètres. Le problème c’est qu’on utilise tout et n’importe quoi pour le remplissage. L’emplacement actuel de la Grande-Place était un dépotoir en 1963-64 tandis que plus à l’ouest, vieux pneus, carcasses de voitures et autres rebuts sont enfouis.

Des projets pour la baie

Dès la décennie 1940, les projets fourmillent pour combler les terrains en bordure du fleuve, pour empiéter encore plus loin dans la baie et même pour utiliser l’île Saint-Barnabé à des fins industrielles ! De fait, durant les années 1940, une petite scierie a été aménagée dans l’île Saint-Barnabé, et une partie du bois a été coupé. La compagnie Price a même songé y installer une grande usine, mais heureusement, le projet en est resté là.

Première maquette d’un projet de centre commercial surmonté d’une tour d’habitation avant la Grande-Place. Collection Richard Saindon

Au début des années 1960, un premier projet de centre commercial en bordure du fleuve voit le jour. Il se compose de vastes locaux surmontés d’une tour d’habitation de forme ronde. Une maquette est produite, mais les promoteurs ne vont pas plus loin. Un projet plus élaboré, celui de La Grande-Place lui succède et les travaux sont lancés à l’été 1968.

En février 1962, l’urbaniste-conseil de la ville, Jean Cimon, propose de faire un grand parc industriel avec tous les terrains se trouvant à l’est de la rue Belzile, jusqu’à la jonction du boulevard Jessop. Ce projet reçoit un accueil très favorable de la Commission d’urbanisme et d’embellissement de Rimouski. Même la presse locale jubile. Ainsi le journal L’Écho du Bas-St-Laurent titre : « Rimouski se donne une nouvelle façade sur le fleuve ». Finalement, une seule industrie, Lenkurt Electric, (édifice aujourd’hui propriété de Telus), va s’installer à cet endroit. La façade maritime de Rimouski aurait pu avoir un tout autre aspect…

Plan d’urbanisme pour un parc industriel en bordure du fleuve à l’est de l’avenue Belzile. Publié dans l’Écho du Bas-Saint-Laurent, 21 février 1962.

Le 4 juillet 1966, le Conseil municipal de Rimouski dévoile à la population un grand projet d’aménagement de l’île Saint-Barnabé et du littoral entre l’embouchure de la rivière et le Rocher-Blanc. L’île Saint-Barnabé serait alors reliée à la terre ferme par deux jetées sans voies carrossables ; l’une à partir du Rocher-Blanc et l’autre à partir du quai de Rimouski-Est ! L’objectif principal est de créer une marina, dotée d’un immense bassin artificiel favorisant des activités de nautisme entre l’île et Rimouski, sans l’influence des marées. Un autre projet, dérivé du premier, prévoit une jetée construite avec voie carrossable passant à la pointe est de l’Îlet à Canuel et le développement touristique des plages du côté sud de l’île Saint-Barnabé.

Projet de jetée vers l’île St-Barnabé. Progrès du Golfe 18 août 1966 p.1

Dans les années 1980, deux autres projets vont encore plus loin pour changer l’aspect de la baie. En 1981, l’architecte Ludger Caron présente les plans d’un complexe culturel et commercial aménagé directement dans la baie, au nord du boulevard René-Lepage. Il propose de remplir une zone de 153 000 m3 dans le fleuve entre les rues Saint-Louis et Julien-Réhel pour la construction d’une salle de spectacles, d’un hôtel, d’un restaurant et d’un petit centre commercial relié par un tunnel à la Grande Place. Le projet reçoit un accueil enthousiaste de l’éditorialiste de Progrès-Écho, Roland Bellavance qui le qualifie « d’idée brillante ». Puis, en 1985, l’ex-conseiller municipal, Jean-Yves Parent, propose au Conseil municipal un projet consistant à prolonger l’avenue de la Cathédrale jusqu’à l’île Saint-Barnabé. Il suggère du coup de déménager l’aéroport municipal dans l’île et de déplacer la voie ferrée du centre-ville pour la faire passer sur une digue entre l’île et la terre ferme.

Voilà un aperçu des projets concernant la baie de Rimouski et l’île Saint-Barnabé que l’on peut trouver en parcourant les vieux journaux. On peut affirmer, à la lumière des règlements en matière de protection de l’environnement, que ces idées ne pourraient se concrétiser aujourd’hui.

Richard Saindon, bachelier en histoire de l’Université du Québec à Rimouski, a mené pendant 36 ans une carrière de journaliste à la radio et à la télévision de Radio-Canada au Bas-Saint-Laurent. Il est l’auteur de Chronique du Bas-Saint-Laurent publié aux Éditions du Septentrion. Il a également écrit ou coécrit quatre autres livres portant sur l’histoire de Rimouski et de la région. Pendant 15 ans, il a aussi collaboré à la section Tourisme du plusieurs journaux dont La Presse, Le Soleil et Le Quotidien de Chicoutimi.

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