29.05.2020
Chroniques La Grande Place ou la Grande Glace?

La Grande Place ou la Grande Glace?

Au printemps 2019, la ville de Rimouski et les propriétaires riverains ont entamé des négociations intensives concernant la servitude de stationnement qui se sont conclues par une entente menant à l’adoption d’une loi privée votée à l’Assemblée nationale. Tout était en place pour la démolition de l’ancien centre commercial La Grande Place prévue dans les mois suivants.

Des propos rassurants

Lors d’une sortie médiatique à l’automne 2019, la vice-présidente Affaires publiques et communications corporatives chez Groupe Sélection, initiateur du projet d’envergure, madame Mylène Dupéré indiquait que le processus de réalisation des plans serait plus long que prévu. Du même coup, la démolition de l’édifice serait retardée à l’été 2020. À l’image des glaces qui se forment sur le fleuve à l’arrivée de la saison hivernale, le projet était figé dans le temps. Plusieurs espèrent que le poids de la neige fera tomber le vétuste édifice du centre-ville mais il a la couenne dure le bâtiment délabré. Les propos de Mme Dupéré se voulaient rassurants d’autant plus que le projet de réaménagement de 50 millions de dollars proposé par Groupe Sélection devra faire l’objet d’une étude dans le cadre d’un PPCMOI (projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble). Encore là, le processus peut être assez long. Mais, selon ses dires : «Groupe Sélection travaille pour le succès de ce projet, et c’est important de le faire en toute transparence».

Parlant de transparence!

Du même souffle, la porte-parole mentionnait : «les derniers plans présentés à la population seront conservés». Je salue les bonnes intentions de Mme Dupéré, mais il serait intéressant de lui rappeler que dans la première phase de réalisation du complexe du Havre de l’Estuaire le produit final ne ressemble qu’en partie aux esquisses initiales proposées. Le design des étages supérieurs des deux tours «Havre de l’Estuaire» n’est pas représentatif de ce qui avait été présenté dans les plans. Il faudra donc rester aux aguets.

Densification et mixité

Lors des soirées de consultation menant à la présentation de l’actuelle phase de développement, les représentants de la firme Sid Lee, la boîte d’architectes associée au projet, nous ont amplement parlé de l’importance de la densification et de la mixité au centre-ville rimouskois. Il est vrai que l’édification des deux tours est venue densifier le secteur en amenant plusieurs personnes retraitées à aménager au centre-ville. Jusque-là aucun problème. Mais un chroniqueur rimouskois, Michel Turcotte, a mentionné dernièrement sur les ondes de la station radiophonique CFYX, que des membres de différentes communautés religieuses pourraient s’installer dans les logements construits lors de cette deuxième phase, et ce, après avoir vendu leurs immeubles. Je n’ai absolument rien contre les retraités, j’en suis un, et les membres des congrégations religieuses mais tenons-nous réellement à ce que le centre-ville devienne un dortoir? D’un autre côté, pouvons-nous reprocher au promoteur Groupe Sélection de vouloir combler ses logements avec des locataires qui paient rubis sur l’ongle?

Vigilance des marchands

J’en appelle donc à la vigilance des marchands, non pas du temple, mais bien près du temple qu’est la Cathédrale désaffectée pour que ceux-ci fassent preuve d’une attention particulière dans le développement du secteur Est de la rue Saint-Germain. La Chambre de commerce et de l’industrie de Rimouski-Neigette (CCIRN) doit également garder l’œil ouvert. L’avenir du centre-ville en dépend. Ce ne sont sûrement pas les deux clientèles précitées qui feront vibrer les «Terrasses urbaines» au cours de l’été.

Un projet complet

Rimouski a besoin d’une véritable stratégie pour son centre-ville, pas un projet en demi-mesures. Il appert que la mixité doit être accrue, par exemple, avec du condominium moyen et haute de gamme, du condominium locatif, des maisons de ville, etc. Et pourquoi pas du logement social de qualité? La diversité doit primer. Les millénariaux, les jeunes familles, les étudiants, etc, doivent se réapproprier le centre-ville. Pour cela, ils doivent être en mesure d’obtenir des services de proximité. À ce titre, le service de l’urbanisme de la Ville a un rôle primordial à jouer dans la définition de la trame urbaine. Comment peut-on prétendre créer un nouveau pôle attractif dans le secteur de la Grande Place sans même avoir une vue d’ensemble sur le centre-ville? Quel est l’avenir de la Cathédrale? De la Place des anciens combattants? L’accessibilité à des stationnements au centre-ville. On parle d’un stationnement sous-terrain à 60 000 $ la case. Qui paiera la note? Pour s’arrimer aux objectifs de la collectivité, il faut d’abord une vision claire de la stratégie retenue pour le centre-ville, avec des interventions sectorielles, réfléchies et priorisées. Rimouski n’a surtout pas besoin d’un «patchwork»!

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