L’incendie de la Perrelle Lumber
Les Rimouskois connaissent assez bien la compagnie Price, l'un des principaux employeurs de la ville jusque dans les années 1950. Mais il y avait une autre scierie d'importance à Rimouski au 20e siècle; la Perrelle Lumber.
Ce complexe industriel de trouvait à l’intersection des rues Rouleau et Évêché. C’est l’homme d’affaires Prudent Gagnon qui jette les bases de cette scierie en 1903, mais il doit déclarer faillite en 1907. Les affaires sont reprises par Adélard Pineau avec plus ou moins de succès. En 1910, la scierie Pineau est rachetée par une nouvelle entreprise fondée par des notables ayant à leur tête le docteur Louis-François Lepage; la Compagnie industrielle de Rimouski. Après une faillite causée par un incendie en 1918, la scierie est reprise en 1920 par des capitaux américains et devient la Rimouski Lumber. Quelques années plus tard, le gérant de la compagnie, Philip De Laperrelle s’en porte acquéreur. L’usine, connue dorénavant sous le nom de La Perrelle Lumber, devient le deuxième employeur en importance de la ville avec plus de 125 travailleurs. La scierie comme telle se trouve du côté sud de la rue de l’Évêché, entre Rouleau et Lavoie, tandis que la cour à bois se situe au sud de la rue St-Jean-Baptiste. De 1920 à 1936, le gérant des installations est George-E. Wightman et la plupart des employés habitent le quartier St-Robert qui commence à se développer.

La Perrelle Lumber produit pour le marché local des matériaux de construction et du bardeau de cèdre. Plus tard, après s’être spécialisée dans le planage, cette scierie rimouskoise exportera dans diverses régions du Canada de même qu’aux États-Unis. Elle deviendra aussi une filiale d’une entreprise du Nouveau-Brunswick.
Les relations de travail ne sont pas faciles. Le 8 avril 1938, la Perrelle Lumber utilise une tactique très discutable pour imposer une diminution de salaire à son personnel. Ce jour-là, les 125 employés sont congédiés. Ils gagnent à ce moment 20 cents de l’heure et les journées sont de 10 heures. Quelques jours plus tard, la compagnie annonce qu’elle est prête à réembaucher tout son monde à 18 cents de l’heure soit 1.80 $ par jour ! Tous sauf un reviennent alors au travail… Puis, le 10 juin 1942, les 125 employés déclenchent une grève parce que la compagnie refuse d’appliquer une ordonnance du Conseil régional du travail lui enjoignant de verser un salaire minimum de 25 cents l’heure. Ils ont eu gain de cause après deux journées de grève.
L’incendie

Les installations de la Perrelle Lumber sont détruites par un incendie le 14 septembre 1945. Les flammes se déclarent vers 17 h 00 à la suite d’un court-circuit dans le moteur d’un planeur. Le feu se communique avec une grande rapidité à l’ensemble de l’usine, à des maisons voisines, à la cour à bois et à des wagons de chemin de fer. Les pompiers de Rimouski sont impuissants. Ils font même appel à leurs collègues de l’aéroport militaire de Mont-Joli, mais il n’y a rien à faire. Au plus fort du sinistre, la chaleur se dégageant du brasier est telle que les rails des deux voies ferrées rougissent ! Le bilan est lourd. En plus du complexe de sciage et de planage, le feu détruit 18 wagons de chemin de fer chargés de bois ainsi que quatre maisons, jetant 10 familles à la rue. Les pertes sont évaluées à 500 000 $ ce qui représenterait un montant de 7,5 M $ aujourd’hui.

L’incendie de la Perrelle Lumber révèle aussi d’importantes lacunes dans la protection contre les incendies à Rimouski. Quelques jours après le sinistre, on peut d’ailleurs lire dans le Progrès du Golfe : « Il ressort de l’épreuve du 14 septembre que des améliorations s’imposent à notre matériel ou équipement de protection contre le feu à Rimouski, ce qui évidemment nécessiterait d’importants déboursés et se traduirait par une augmentation de taxes. Les contribuables manifestent à cet égard un désintéressement et une apathie déconcertants. » Malheureusement, rien ne sera fait pour remédier à la situation et moins de cinq ans plus tard, ces lacunes seront encore plus criantes lors de l’incendie qui va raser le tiers de la ville…
