22.10.2020
Chroniques Quel sort réserver à la cathédrale?

Quel sort réserver à la cathédrale?

Là est toute la question! J’entends déjà certains internautes rétorquer : «Sacrez-moi ça à terre et faites-en un parking». Mais est-ce vraiment la solution souhaitée par la majorité des rimouskois? Je suis convaincu que non. L’édifice iconique est fermé depuis 2014 mais il demeure le pilier du centre-ville divisant l’Est de l’Ouest. Dans un temps pas si lointain, le clocher de la cathédrale incarnait le cœur de la vie paroissiale. Au son de ses cloches, des enfants y étaient baptisés, des couples y convolaient en justes noces, des funérailles y étaient célébrées. Aujourd’hui, l’édifice est vide de ses fidèles et mais il ne sombre pas pour autant dans l’oubli. Il ne se passe pas une semaine sans que les médias rimouskois rédigent une nouvelle concernant le bâtiment religieux. Et voici que j’en rajoute!

Des statistiques inquiétantes

Actuellement, 108 églises sont fermées au Québec, souvent depuis plusieurs années. Une recension effectuée en mai 2019 par le Conseil du patrimoine religieux a révélé que 612 des 2746 églises qui avaient été répertoriées au Québec en 2003 avaient depuis été démolies, fermées ou recyclées. Autrement dit, 22 % du parc immobilier religieux a disparu sur une période de 16 ans. Des statistiques qui m’ont incité à fouiller davantage le dossier de la cathédrale en lisant l’imposante documentation que l’on retrouve sur le site Internet du Diocèse de Rimouski.

L’Archevêque s’impatiente

D’autant plus, qu’on apprenait dernièrement dans une correspondance en provenance de l’Archevêché dont le journal Le soir a obtenu copie, les propos de Mgr Denis Grondin démontrait une certaine impatience suite aux demandes répétées de la fabrique Saint-Germain-de-Rimouski : «… l’heure n’est plus aux réunions, ni aux études d’avant-projet, mais bien au temps de passer à l’action. Les membres de la fabrique ne voulant pas assumer leur rôle d’administrateurs comme le prévoit la loi, nous sommes donc dans l’obligation, dans un esprit de préservation des biens, de prendre cette décision à leur place».

Un décret qui coupe les ponts

Peut-on blâmer les marguilliers en place pour leur inaction? Dans un communiqué émis le 20 avril 2018, Mgr Grondin annonçait qu’un décret venait définir le territoire de la paroisse Saint-Germain : «À compter de ce jour, la paroisse se limite uniquement à la cathédrale, le presbytère et les terrains adjacents. La paroisse Saint-Germain est aujourd’hui une paroisse sans paroissien, sans prêtre et sans lieu de culte, du moins tant que la cathédrale ne sera pas disponible pour dispenser des services». Depuis, les quatre marguilliers, encore en poste, se démènent comme des diables dans l’eau bénite. Ils revendiquent entre autres le droit de propriété sur le stationnement de la Place des Anciens combattants. Ils exigent que la Ville de Rimouski déneige la rue des Marguilliers. Ils demandent d’avoir accès au centre civique pour réparer la fournaise, etc. Force est d’admettre que la fabrique Saint-Germain représente un caillou dans le soulier à la fois pour l’Archevêché et les autorités municipales. Mais comment résoudre ce dialogue de sourds?

Le rapport Pelchat recommande

Pourtant, à l’automne 2018, Mgr Grondin avait mandaté Mgr Marc Pelchat, à titre de médiateur, pour qu’il rencontre les différents partis intéressés. Dans une analyse documentée, Mgr Pelchat y allait d’une douzaine de recommandations. La neuvième recommandation donne une piste de solution au conflit qui persiste entre les entités impliquées : «Procéder à la dissolution de la paroisse et de la fabrique Saint-Germain et à la prise de possession de la cathédrale par la Corporation archiépiscopale dans un premier temps et, dans un deuxième temps, une cession à un nouveau propriétaire (Ville de Rimouski ou corporation sans but lucratif) ou l’établissement d’une forme de copropriété par l’archidiocèse et la Ville de Rimouski ou avec toute autre corporation sans but lucratif cautionnée par la Ville). Au Québec, il y a plusieurs cas où la cathédrale est la propriété de la corporation épiscopale sans être une paroisse (Montréal, Saint-Jean-Longueuil, Sherbrooke)».

Le temps passe et presse

Qu’en est-il advenu du rapport de Mgr Pelchat? Depuis, c’est silence radio de la part de l’Archevêché. À l’automne 2019, on nous annonçait qu’un comité de gouvernance serait bientôt formé pour assurer l’avenir de la cathédrale. Qu’en est-il de ce comité?

La démolition guette le bâtiment?

Faudrait-il rappeler aux personnes concernées qu’il est minuit moins une pour l’avenir de l’édifice? Peut-on penser que la ville de Rimouski et/ou le Ministère de la Sécurité publique du Québec pourraient demander la démolition du bâtiment vétuste étant donné son état de dangerosité? D’ailleurs, en juin 2017, Monsieur Kurt Vignola, alors mandaté par l’Archevêché pour consulter la population sur l’avenir de la cathédrale, avait émis trois scénarios potentiels. J’invite les lecteurs à aller lire le rapport étoffé sur le site Internet du Diocèse de Rimouski. Ce qui étonne le plus, c’est le troisième scénario recommandé par Monsieur Vignola. Était-il prémonitoire? «Scénario 3 : La démolition de la cathédrale de Rimouski devrait être envisagée après un délai raisonnable de trois à cinq ans si aucun projet viable ne se manifeste. Bien que cette solution soit rejetée par les répondants au sondage, elle deviendrait inévitable si aucune possibilité réelle ne se matérialisait pour sauvegarder le bâtiment. Dans le cas de la démolition, la transformation de l’édifice en vestige urbain devrait être la seule option envisagée. Un vestige urbain consiste en une démolition partielle qui assurerait un rôle mémoriel de témoin de l’échec de la collectivité à préserver son patrimoine. Ce vestige pourrait faire partie d’une place publique, qui manque au centre-ville. C’est la fabrique Saint-Germain et le diocèse qui assumeraient les coûts d’une démolition et du nettoyage du site. Cependant, un organisme sans but lucratif devrait être constitué pour financer son caractère patrimonial. Cet organisme mettrait en place un plan de préservation et de mise en valeur du vestige urbain. La ville de Rimouski devrait également assurer une part du soutien financier, minimalement par la mise en place d’un programme de financement de l’apparence extérieure du vestige».

Cinq ans plus tard

L’échéance de cinq ans recommandée par Monsieur Vignola est maintenant dépassée. Depuis la fermeture de la Cathédrale en 2014, avec toutes les informations véhiculées, on se croirait assister à un mauvais film de série B. Serait-il temps que certains acteurs soient retirés du générique avant que nous soyons obligés de sonner le glas de la cathédrale?

Michel Francoeur est un Rimouskois pure laine. Retraité du Mouvement Desjardins, il s’implique bénévolement, depuis plusieurs années, au sein de différents conseils d’administration de Fondations et dans plusieurs organismes oeuvrant dans la communauté. Son engagement : rendre Rimouski plus attractive pour ses citoyens et plus attrayante pour les touristes. Pour ce faire, il pose les vraies questions et il n’a surtout pas la «langue de bois»!

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