24.09.2020
Chroniques Potentiel humain Oui! vous avez le droit

Oui! vous avez le droit

Note au lecteur : Le niveau de langage de cette chronique peut par moment friser le plancher, lisez comme si vous étiez à l’oral, désolée, mais quand certains se défoulent, il leur est impossible de le faire avec un langage châtié. Avouons-le, ça va mieux avec un langage de chantier!

Alice

Tout va bien aller. Ouais, tout va bien aller. J’veux ben y croire moi aussi, j’ai même mon arc-en-ciel grand format en papier déchiré 7 couleurs dans la fenêtre du salon, mais je dis bien «je veux bien y croire» parce que je n’y arrive tout simplement pas. Pourtant dieu sait que j’essaie. Et tout le monde veut me faire croire que ça va bien aller, ben oui, y a des arcs-en-ciel dans toutes les fenêtres de ma rue. Moooon œil!

Simon

J’ai tu le droit de péter ma coche ? J’ai tu le droit, moi, de péter ma coche?

Je l’sais même pas si je vais avoir une paie jeudi prochain, pis y reste 264$ dans le compte.

Je l’sais même pas si j’va avoir droit aux 2000 piastres du gouvernement parce que mon dossier de chômage a déjà été ouvert en chômage maladie pis que là chu pas malade (ben un peu quand même). J’serais-tu mieux de tomber malade pour vrai?

Je l’sais même pas si ma blonde qui va accoucher le mois prochain va avoir le droit d’aller à l’hôpital. A vas-tu accoucher dans une tente dans le parking?

Pis à trois, le 264 piastres y va finir pas mal plus vite. Il faudrait que je convainque ma blonde d’allaiter, ça coûte cher le Similac.

— Annie!

Juliette

Mon Dieu que les journées sont longues! Mon Dieu, je ne pourrai jamais porter ce foulard-là! Douze pieds, ça commence à faire lourd autour du cou. Douze pieds, je me demande ça ferait combien de tours. Mais je n’ai rien d’autre à faire qu’à tricoter. Heureusement que j’ai pu me faire des provisions de laine avant que Monsieur Legault nous enferme. Heureusement que le petit voisin vient me porter mon épicerie sur la galerie. S’il recommence le Cégep en ligne la semaine prochaine, peut-être qu’il n’aura plus le temps de venir. Mon Dieu! et s’il m’oubliait. Qu’est-ce que je ferais s’il m’oubliait ou s’il retournait vivre chez sa mère. Ah non, il ne peut plus, sa mère habite à Les Méchins, il ne peut plus traverser en Gaspésie. Ouf!

Mais mon Dieu, je suis en train de me réjouir qu’il ne puisse plus voir sa mère moi-là, je suis donc bien égoïste! Ça n’a pas d’allure.

Monsieur Théberge

J’aurai dû garder Carl à l’emploi, là je n’aurai même pas le droit d’avoir la subvention du gouvernement. Mais il n’aurait même pas gagné 2000$ ce mois-ci. Je n’ai plus assez de commandes pour le faire travailler. J’aurais pu me mettre à fabriquer des masques, au moins j’aurais encore une compagnie qui tourne. Des masques! Mais je ne sais même pas comment fabriquer ça moi. Je voudrais bien faire ma part, mais on ne s’improvise pas fabriquant de masques en 2 jours. J’aurais dû vendre nos produits en ligne comme tout le monde… Mais qui a besoin de ça un bracelet en or personnalisé pendant la crise? Mautadit produits de luxe! Ça sert donc bien à rien!

Pour faire des masques, il faut coudre ou coller? Brocher peut-être… Du coton, est-ce que ça serait correct, est-ce que ça laisse passer les virus? Pis le polyester…

Manon

Un arc-en-ciel, un arc-en-ciel! On n’a pas de peinture comme les voisins. Comment ça tout’ les voisins ont de la peinture? Les 7 bonnes couleurs en plus.  Y’en a même pas un à qui y manquait du mauve! Y as-tu du mauve au moins dans un arc-en-ciel? Y en vend même pas de la peinture le Super C, il comprend pas ça le p’tit. Peut-être qu’ils en ont à la pharmacie… mais j’suis tout de même pas pour faire une commande de peinture à pharmacie! Ils vont rire de moi. My God! Le p’tit va encore chigner en se levant de sa sieste. Au moins, j’ai pas besoin de lui faire faire des devoirs. Attends, c’est pas fou ça, peut-être que si j’y apprenais à lire, il serait mieux en maternelle l’année prochaine. Tout à coup qu’on reste enfermé jusqu’en décembre…

Évelyne

Ah hummmmm! Ah hummmmm! Ah qu’on est bien. Enfin du temps pour moi. Depuis le temps que je rêvais de prendre une pause. En plus c’est le printemps. Je vais avoir le temps de voir mes fleurs pousser cette année. De lire enfin les romans qui trainent sur ma table de chevet. Je vais même avoir le temps de ne rien faire. Rien faire, sauf les leçons de yoga en ligne.

Ça pas d’allure, je me réjouis pendant qu’il y a des milliers de personnes qui meurent chaque jour, pendant que des centaines perdent leur travail. Et je me réjouis de ne rien faire. J’ai pas d’allure. Ah hummmmm! Ah hummmmm!

Oui, vous avez le droit de vous inquiéter. Oui, vous avez le droit de vous réjouir, oui. Oui, vous avez le droit de penser à vous, Oui, vous avez le droit de penser aux autres. Oui, vous pouvez vous morfondre de ne pas travailler, de vous ennuyer, d’avoir perdu votre fierté. Oui, vous pouvez vous plaindre de trop travailler, de plus avoir une minute pour vous. Oui, vous pouvez être triste, être à bout, être heureux. Oui, vous pouvez changer d’émotion à chaque jour ou à chaque heure. À chaque minute même! Oui, vous pouvez vous laisser ressentir tout ce qui vous passe par le cœur.

Chaque individu est différent, chaque situation est différente, chaque émotion est légitime. Il n’y a pas de plus petite peine ou de plus grande peine. Il n’y a que des peines légitimes. Il n’y a pas de fausses inquiétudes ou d’inquiétudes réelles. Il n’y a que des inquiétudes légitimes. Il n’y a pas de vraies joies et de fausses joies. Il n’y a que des joies légitimes. Parce qu’elles vous appartiennent.

Vos émotions sont des signaux d’alarme pour vous faire prendre conscience d’un déséquilibre ou d’un écart entre votre situation actuelle et votre intérieur (vos habitudes, vos valeurs, vos croyances, vos rêves, etc.). Elles sont un ami qui vous fait signe.

Laissez-les monter, interrogez-les, reconnaissez-les, accueillez-les, acceptez-les. Remerciez-les comme on remercie un ami de nous avoir annoncé une nouvelle, bonne ou mauvaise.

Ne les repoussez pas, ne les enfouissez pas, ne les niez pas, ne les brimez pas.

Partagez-les, écrivez-les, dessinez-les, confiez-les à votre ami, à votre chien ou à votre miroir.

Donnez-leur le droit de prendre soin de vous. Donnez-leur le droit d’être là simplement et vous verrez, gentiment, elles s’apaiseront.

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