29.10.2020
Chroniques Le R-100 à Rimouski

Le R-100 à Rimouski

Le 31 juillet 1930, le célèbre dirigeable britannique R-100 passe à Rimouski. Ceux et celles qui ont eu la chance de voir le gigantesque ballon n'ont jamais oublié ce moment.

En cette dernière journée de juillet 1930, les habitants des villes et villages de tout le Bas-Saint-Laurent scrutent anxieusement le ciel dans l’espoir de voir apparaître le dirigeable d’un poids de 156 tonnes et d’un diamètre de 41 mètres ! Indéniablement, le R-100 est le sujet de conversation de l’heure. La populaire chanteuse québécoise, Madame Bolduc, en a même fait un succès sur disque. Voici le refrain de sa chanson :

M’as t’changer d’nom mon Jean

Pis m’as t’app’ler l’R-100 Ti-Rouge l’R-100, Ti-Gus l’R-100, Ti-Pit l’R-100

Moi j’trouve ça du bon sens

C’est les culottes l’R-100, les pyjamas l’R-100 brassières l’R-100, jarr’tières l’R-100

Tout le monde parle de l’R-100

Le R-100 survolant Pointe-au-Père le 31 juillet 1930. Photographe inconnu, archives de l’archidiocèse de Rimouski.

Voyons d’abord ce qu’était exactement le R-100. En 1922, le gouvernement britannique lance un programme de transport par dirigeables. Il a deux objectifs : rapprocher l’Angleterre de ses colonies et permettre à l’Empire britannique de demeurer concurrentiel sur le plan commercial face aux Etats-Unis. En 1924 on commence les plans des deux plus gros dirigeables au monde, le R-100 et le R-101. Deux entreprises obtiennent les contrats. Après de multiples retards, le R-101 vole pour la première fois en octobre 1929 et le R-100 deux mois plus tard. Long de 219 m, le R-100 peut accueillir 100 passagers et 37 membres d’équipage. Il y a aussi une salle à manger pour 56 convives et un balcon d’observation. Pour actionner ses 6 moteurs de 12 cylindres d’une puissance de 650 chevaux chacun, le R-100 emporte 65 000 litres de carburant. Son rayon d’action est de 5 600 km, sa vitesse maximale est d’environ 135 km/h et il peut transporter une charge utile de 45 tonnes.

Dans la nuit du 28 au 29 juillet 1930, le R-100 se détache de son mat à Cardington dans le sud de l’Angleterre et met le cap sur Liverpool puis sur l’Irlande. La traversée de l’Atlantique se passe bien et à 8h00 du matin, le 31 juillet, le R-100 survole l’île d’Anticosti. L’aéronef se dirige ensuite vers la rive sud du Saint-Laurent qu’il va longer jusqu’à sa destination, l’aéroport de St-Hubert près de Montréal.    

À 11h54, le R-100 se trouve à la verticale du phare de Pointe-au-Père. Les conditions météorologiques se prêtent admirablement à l’observation du dirigeable. La foule est nombreuse. Les pères Eudistes, responsables de la paroisse et du sanctuaire de Sainte-Anne-de-la-Pointe-au-Père, se sont regroupés sur la galerie du presbytère pour admirer cette merveille de la technologie. À midi 15, le R-100 passe lentement entre Rimouski et l’île St-Barnabé. Des centaines de personnes sont massées sur le quai de Rimouski et tous les navires actionnent leurs sirènes pour saluer le passage du dirigeable. Il en sera ainsi partout le long du fleuve. Quelques heures plus tard, on l’observe en face de La Pocatière. Le reste du voyage est plus mouvementé. Vers 20h30, entre Québec et Montréal, le R-100 rencontre de violentes cellules orageuses. La tempête fait varier l’altitude du dirigeable de 450 m à 1250 m et l’orage provoque également des déchirures dans l’enveloppe du dirigeable, dont certaines doivent être réparées en vol. Le lendemain, le R-100 s’amarre au mât spécialement construit à l’aéroport de Saint-Hubert où il attire une foule évaluée à million de personnes ! En fait les gens célébraient une prouesse du génie humain, la réalisation d’un aéronef d’une splendeur qui défiait alors leur imagination. Mais on le sait, les choses vont parfois très vite. Ainsi 39 ans à peine après ce fameux vol du R-100, l’homme marchait sur la lune !

Le R-100 en face de La Pocatière. Photo Société historique de la Côte-du-Sud.

Par contre, en raison de leur fragilité, les deux dirigeables anglais connaissent une bien courte carrière. Le R-101 s’écrase en France en octobre 1930 tuant 48 des 54 occupants tandis que le R-100 est expédié à la casse en décembre 1931.

Richard Saindon, bachelier en histoire de l’Université du Québec à Rimouski, a mené pendant 36 ans une carrière de journaliste à la radio et à la télévision de Radio-Canada au Bas-Saint-Laurent. Il est l’auteur de Chronique du Bas-Saint-Laurent publié aux Éditions du Septentrion. Il a également écrit ou coécrit quatre autres livres portant sur l’histoire de Rimouski et de la région. Pendant 15 ans, il a aussi collaboré à la section Tourisme du plusieurs journaux dont La Presse, Le Soleil et Le Quotidien de Chicoutimi.

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