Gouvernement du Québec
01.12.2020
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La Covid-19 a fait une autre victime : le jugement de Marie-France Bazzo.

-Lettre ouverte de Jacques Bérubé

(N.D.L.R. le journal le soir publie la première lettre ouverte de son histoire. Elle a été écrite par Jacques Bérubé, ex-rédacteur en chef du journal Le Mouton NOIR en réaction à une chronique signée par Marie-France Bazzo, parue dans L’ACTUALITÉ et intitulée: Journal des temps inédits : Détester Montréal. Pour fin de référence, cette chronique a été annexée à la fin de la lettre ouverte de monsieur Bérubé.)

La Covid-19 a fait une autre victime: le jugement de Marie-France Bazzo

HELP! On m’a changé ma Marie-France Bazzo! Ou alors quelqu’un a squatté son ordinateur — Jean-Charles Lajoie ? Sophie Durocher ? un animateur de radio poubelle de Québec ? Ben non, c’est bien Marie-France Bazzo, la Marie-France Bazzo que je trouve intelligente et posée — pas toujours, mais quand c’est le cas, c’est généralement pour une bonne cause! — qui a écrit l’article  Journal des temps inédits : Détester Montréal avec, mise en exergue, la phrase :Les régions ont enfin trouvé un prétexte sanitaire, un exutoire à leur méfiance, devenue haine, envers la grande Montréal.

Même les meilleures peuvent dérailler!

LES régions, montées en un beau gros bloc homogène à l’esprit villageois, qui se méfie et qui hait Montréal. « J’ai ressenti le soupir de satisfaction du Bas-Saint-Laurent jusque dans mon cou, j’ai entendu un cri de triomphe saguenéen monter jusqu’au Stade olympique ». Bravo, Marie-France, je t’accorde ici la médaille d’or du pédalage dans la choucroute — pour reprendre l’un de mes mentors, le Concombre masqué.

Bien sûr, certaines personnes ont émis des propos regrettables, bigots même, le plus souvent dictés par l’ignorance et la peur. Ici, comme à Montréal. Mais des maires aux barricades et des tribunes incendiaires? Je n’en ai ni vus ni entendus. À moins que tu considères comme des manifestations de « haine ostentatoire » de Montréal le fait que certains élus aient demandé, par prudence, que des barrages routiers soient maintenus une ou deux semaines de plus. Généraliser comme tu le fais en disant que les régions haïssent une Montréal infectée et impure, c’est aussi crédible que de dire que tous les Montréalais roulent leurs r.

Marie-France, j’aurais aimé lire dans ton article au moins une ou deux phrases sur les « régionaleux » du domaine de la santé qui sont venus à Montréal aider les médecins, infirmières et autres préposées dans les hôpitaux et CHSLD, au risque de leur santé. Au lieu de ça, tu écris que les régions se détachent des Montréalais, de « leurs » CHSLD, de leurs travailleurs de la santé, souvent immigrants — une pincée de racisme ici — et de leurs minorités culturelles sur l’party — une cuillerée d’intolérance là. Ce bout de ton article pue le préjugé bas de gamme et le mépris! 

Les CHSLD en décrépitude, ce ne sont pas ceux de Montréal, ce sont ceux du Québec tout entier et les aînés qui y souffrent et qui y meurent, ce sont NOS aînés à tous. Le gouffre que tu dis voir s’élargir entre Montréal et les régions, c’est le genre de propos que contient ton texte qui le provoque.

Je travaille dans le milieu de l’économie sociale et depuis le début de la pandémie, de tous les coins du Québec — oui oui, même dans des régions que tu pointes du doigt comme le Saguenay et la Bas-Saint-Laurent, ma région — tout ce milieu se serre les coudes pour soutenir les centaines d’entreprises collectives qui emploient des milliers de personnes qui se retrouvent au cœur d’une crise sanitaire, sociale et économique qui n’a pas de précédent. Alors, quand une personnalité publique comme toi, qui jouit d’une réputation d’intellectuelle engagée, vient lancer de telles énormités, c’est un sacré croc-en jambe à la solidarité!

Ton article est un exemple parfait des réflexions de ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs ponts. En fait, tu es dans tes écrits tout ce que tu prétends que les régions pensent de Montréal : « condescendante, hautaine, trop toutte ». Me revient en tête la chanson Ces gens-là, de Jacques Brel — Eh oui! on a déjà vaguement entendu parler de Brel, en région éloignée…

« Plusieurs Montréalais pourraient ne pas avoir envie de se frotter à cette détestation provinciale (…) Montréal se remettra à voyager, mais peut-être pas de préférence au Québec. Qui a envie d’être pris pour un ennemi? » C’est vraiment la Marie-France Bazzo que je connais et que je respecte qui a écrit une telle menace cheapette de vengeance : « Bon ben, ok d’abord, tant pis, on n’ira pas dépenser notre argent chez vous, en région » ?

Tu termines ta diatribe — ou ton exutoire, pour reprendre tes mots —en affirmant : « C’est ensemble que nous pourrons nous reconstruire. Ou pas. » J’ai presqu’entendu les violons. Mais ici, Marie-France, tu sonnes faux, très faux, car les jugements que tu portes ne m’apparaissent aucunement comme ceux de quelqu’un qui voit les régions dans ce projet de reconstruction.

Un autre de mes mentors, Frank Zappa, a dit : « L’esprit, c’est comme un parachute, ça ne fonctionne que s’il est ouvert! ». Ta vision de Montréal envers les régions est périmée. Et la vision que tu prétends être celle des régions envers Montréal l’est encore plus. Et grand bien nous en fasse. À tous.

Marie-France, dans des versions préliminaires de ce texte, j’employais certains mots durs à ton égard, des mots qui m’étaient dictés par l’indignation et la colère que me provoquait la lecture de ton article. Je me suis tempéré. J’aurais aimé que tu puisses en faire autant. Et j’espère qu’aujourd’hui, tu regrettes, ne serait-ce qu’un peu, une partie de ce que tu as écrit.

Sinon, ne crains rien, nous saurons très bien reconstruire sans toi.

Jacques Bérubé

Ex-rédacteur en cher du journal Le Mouton NOIR, Rimouski

Ref: Chronique de Marie-France Bazzo parue dans l’ACTUALITÉ le 16 mai 2020

Journal des temps inédits : Détester Montréal

Les régions ont enfin trouvé un prétexte sanitaire, un exutoire à leur méfiance, devenue haine, envers la grande Montréal.

Donc, M. Legault est venu à Montréal au 62e jour du confinement et a décrété que si elle ne portait pas le masque à Montréal-Nord et dans le métro, la pas fine, elle ne serait pas déconfinée à la Saint-Jean. J’ai ressenti le soupir de satisfaction du Bas-Saint-Laurent jusque dans mon cou, j’ai entendu un cri de triomphe saguenéen monter jusqu’au Stade olympique.

Depuis que le premier ministre a commencé à évoquer un déconfinement en deux temps, il y a quelques semaines, on sent bien ce gouffre qui s’élargit entre Montréal et les régions. Montréal, le cœur de la pandémie au Canada, une des villes les plus touchées au monde par habitant. Montréal la sale, l’étrange, la olé olé, et maintenant, Montréal l’infectée, avec ses CHSLD en décrépitude, ses immigrants souvent travailleurs du milieu de la santé, ses minorités religieuses su’l party…

Le Dr Arruda le pressentait en parlant des trois Québec : celui des CHSLD, celui des régions et celui de Montréal. Pour une foule de raisons, les régions ont été relativement épargnées par le virus et tiennent à le rester. La concentration de foyers de contagion en ville s’explique en partie par des raisons sociodémographiques : le (très) grand Montréal attire près de la moitié de la population du Québec ; les familles qui ont voyagé pendant la semaine de relâche y sont nombreuses ; les vieux, les travailleurs du système de santé, les pauvres y sont concentrés. Les autorités locales ont géré très mollement la crise. Le gouvernement caquiste, peu représenté dans le 514, ne s’y est pas intéressé assez tôt. Le résultat est là, catastrophique, terrible, honteux, et il faudra un jour tenter de le comprendre dans ses moindres détails.

Alors, les régions, qui ont toujours jugé Montréal condescendante, hautaine, trop toutte, ont enfin trouvé un prétexte sanitaire, un exutoire à leur méfiance, devenue haine : « Montréal est infectée ! Qu’elle reste chez elle ! » Maires aux barricades, pétitions enflammées, tribunes médiatiques incendiaires : c’est maintenant le schisme.

En fait, Montréal n’a jamais été sciemment arrogante. C’est juste que, comme toutes les grandes métropoles, elle croit se suffire à elle-même. Il est vrai qu’on y trouve de tout, en abondance, du meilleur au pire. Elle est le poumon économique, financier, culturel du Québec. Le reste du Québec a pris ce fait pour du mépris envers ses valeurs, son mode de vie. Des majorettes radiophoniques de Labeaumeland on fait leur carrière là-dessus.

Les différences entre métropoles et provinces existent partout dans le monde, parfois folkloriques, parfois clivantes, mais les nôtres deviennent haineuses, en ce moment. Comme si Montréal n’était pas le Québec. Comme si les filles et fils de l’Abitibi venus à Montréal pour y étudier (et y rester), comme si la diaspora des Îles, les Beaucerons d’origine n’étaient pas devenus aussi des Montréalais. Le vieux fond de méfiance villageoise, la mentalité d’assiégés entretenue par les radios poubelles, accélérée par la crainte (normale et légitime) de la contamination, voit son heure de triomphe arrivée. « Montréal l’impure ne viendra pas chez nous ». La haine est ostentatoire.

Mais cette haine est aussi un piège. Sans touristes étrangers et bannissant bruyamment les Montréalais, les régions, pourtant historiquement accueillantes, vont souffrir économiquement. Lorsque la pandémie s’atténuera, plusieurs Montréalais pourraient ne pas avoir envie de se frotter à cette détestation provinciale. Assurément, le 514/450 se relèvera. Il y a ici une telle force, un tel dynamisme, tant de ressources. Montréal se remettra à voyager, mais peut-être pas de préférence au Québec. Qui a envie d’être pris pour un ennemi ?

Au fond, ce que révèle cette détestation de Montréal, c’est que le Québec ne s’aime pas. Nous sommes TOUS QuébécoisC’est ensemble que nous pourrons nous reconstruire. Ou pas.

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