30.11.2020
Gouvernement du Québec
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Faire amende honorable

Décidément, il ne faut pas jouer avec les nerfs des « régionaux » par les temps qui courent. C’est peut-être la pandémie qui nous rend un peu plus sensibles qu’à l’habitude, mais ce n’est pas le moment de piler sur le gros orteil des régions. Jic Lajoie a été le premier à le découvrir à ses dépens et d’autres personnalités publiques ont dû rebrousser chemin à la suite de déclarations désobligeantes envers les régions et sa populace. La dernière à faire amende honorable dans cette longue lignée est Marie-France Bazzo qui, après avoir déversé son fiel sur les régions et constatant la tempête qu’elle avait soulevée, a définitivement tempéré ses propos en s’excusant dans un nouveau billet intitulé Les régions et Montréal, la suite. En voici le contenu :

Journal des temps inédits : Les régions et Montréal, la suite

  • Marie-France Bazzo, L’Actualité

Nous, Montréalais et habitants des régions, devrions travailler à vaincre notre méfiance-indifférence mutuelle. Car c’est ensemble, partout, que nous ferons société.

J’ai écrit samedi le billet Détester Montréal, qui a fait énormément réagir à l’extérieur du grand Montréal. J’y parlais du schisme révélé par la crise de la COVID entre Montréal et les régions, de la peur de ces dernières à l’idée de recevoir les Montréalais cet été, et d’une détestation de la métropole qui avait toujours existé mais qui avait pris de l’ampleur. Oui, j’étais fâchée noir en écrivant, et j’y suis allée un peu fort. Je m’en excuse. Je déteste la méfiance quand elle vire à la pétition mesquine, à la délation et au repli sur soi.

Mais, oui, je vous ai lus, j’ai eu des conversations avec certains d’entre vous, et voudrais revenir sur certains points. Et non, le confinement ne me rend pas amère : il se passe idéalement, dans d’excellentes conditions, et j’aime ma vie de ville et de quartier. Oui, je crois avoir mis le doigt sur « la » ligne de fracture la plus sensible au Québec en ce moment : la disparité MTL et régions. Il y en a d’autres : riches et pauvres, nationalistes et mondialistes, mais celle-ci est la plus douloureuse et j’ai fouillé dedans samedi. Il est clair que le bobo est hyper sensible depuis toujours, mais particulièrement enflammé ces temps-ci.

Dans vos commentaires et nos discussions, j’ai bien compris la peur et sa raison d’être. Plusieurs régions du Québec ont échappé à la pandémie et veulent s’en protéger. C’est tout à fait légitime. Vous me disiez : « Nous sommes accueillants, c’est dans notre ADN. Les touristes montréalais représentent 40 à 60 % de notre économie. Mais prenons notre temps… » Je l’ai bien entendu, je trouve aussi que nous déconfinons parfois trop allègrement, par bout. Il y a eu aussi ce point de vue d’André St-Pierre, du Bic, qui me remettait en pleine face ce que vivent quotidiennement les régions : « C’est déplaisant d’avoir l’impression que les décisions se prennent loin de vous, par des gens déconnectés car trop loin de la réalité du terrain ? Bienvenue dans nos vies ! » Touché. À travers ma discussion avec Michel-Félix Tremblay de Matane, j’ai bien perçu ce sentiment de fierté d’être de quelque part, fierté qui anime une nouvelle génération qui a choisi de rester et d’embrasser son territoire.

Ces points de vue sont riches et viennent tempérer les pétitions haineuses, la méfiance atavique de certains. Car cela aussi existe, il serait absurde de le nier. Il y a toujours eu un fossé entre Montréal et le reste du Québec ; c’est même le pain et le beurre de certains. La ville est perçue comme extérieure au Québec. La pandémie est venue donner un prétexte supplémentaire à nourrir ce clivage. Certes, Montréal est aussi à blâmer, elle ne se prend pas pour un 7Up flatte, et tourne le dos au reste du Québec, ne serait-ce que par sa démographie et ses comportements politiques.

MAIS. Montréal est aussi le Québec, un Québec que vous n’aimez pas toujours, dans lequel vous ne vous reconnaissez pas, mais qui est aussi le Québec.

MAIS. Montréal ne s’intéresse pas assez au territoire, à l’ensemble du Québec, au risque de s’en déconnecter de plus en plus, de méconnaître les initiatives excitantes et sincères qui jaillissent un peu partout.

MAIS. Une fois la peur actuelle légitime résorbée, nous devrions travailler à vaincre notre méfiance-indifférence mutuelle. Car c’est ensemble, partout, que nous ferons société.

Le Québec est vaste, mal connu et mal habité par la plupart d’entre nous, et je ne parle pas que des Montréalais. Nous peinons à situer les villages sur la carte, nous le parcourons fort peu. Nous nous aimons mal. Nous n’avons pas de vraie politique du territoire. À défaut de marcher ensemble dans la même direction, nous nous regardons de part et d’autre d’une faille qui nous divise. Il faut absolument réduire la distance entre nos réalités si diverses. Apprendre à nous connaître. Cette blessure nous empêche de devenir plus forts. Merci de m’avoir fait faire un bout de chemin. Le Québec est beau de partout, il éclate de talents. Il a besoin de tout son monde, de tous ses paysages, du plus reculé à ses plus cosmopolites. Tout ça, c’est NOUS.

Je comprends mieux votre peur. J’espère que vous comprenez mieux mon inquiétude face à la faille…

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