Chroniques > Bienvenue dans le Parc du Bas-Saint-Laurent
Chroniques

Bienvenue dans le Parc du Bas-Saint-Laurent

Avions-nous raison de nous objecter à la levée des barrages routiers? (Photo: Pierre Michaud-archives)

Voici un récit fictif qui aurait pu devenir la pure vérité. Nous sommes le 18 mai 2020 et il est minuit une minute, la Sûreté du Québec lève la barrière érigée à La Pocatière pour permettre à nouveau l’accès au Bas-Saint-Laurent. Mais les policiers sont aussitôt remplacés par des habitants de la région où l’on peut reconnaître dans le groupe, des maires, des préfets, des députés et même des médecins spécialistes qui sont en beau maudit.

Ils érigent une nouvelle barricade et le siège s’amorce et il s’annonce très long. Pas question que les gens des autres régions du Québec viennent nous contaminer. Sur un immense panneau fond de route installé près de la barricade, on peut lire l’inscription suivante : «Bienvenue dans le Parc du Bas-Saint-Laurent. Prière de ne pas nourrir les animaux et les humains, ils sont auto-suffisants.» Étant donné que les nuits s’annoncent frisquettes, on positionne également d’immenses «drums» dans lesquels on fait brûler des copies des pétitions signées par près de 25 000 bas laurentiens qui contestaient la levée de la barrière.

Une file d’attente jusqu’à Montmagny

Les habitants présents pensaient bien que la file d’attente s’étirerait jusqu’à Montmagny, celle-ci étant composée de «contaminés» en provenance des grands centres urbains. Mais mal leur en prit, pas un chat  s’amène durant les premières heures du siège. À quatre heures du matin, une famille de mouffettes se pointe. Elle arrive de Saint-Jean-Port-Joli et tente de rejoindre Saint-Pascal-de-Kamouraska. Voyant l’obstacle, elle décide d’emprunter le fossé. Sur la barricade, personne n’intervient de crainte de représailles de la part des petites bestioles.

Un corridor pour joindre le village gaulois

Six heures du matin. Après avoir vu passer quelques marmottes et volatiles, les premiers humains arrivent au nouveau poste frontalier. La petite famille s’amène dans le district Le Bic où elle a loué un chalet. On lui explique que Rimouski est le seul endroit qui accepte des intrus au Bas-Saint-Laurent et que la seule façon d’y accéder est d’emprunter le corridor fluvial de passage. Pour ce faire, les touristes doivent se diriger vers le fleuve non loin et emprunter un canot d’écorce pour se rendre au village gaulois. Et alors là, pas question de faire une halte à la Fromagerie des Basques.

Accueil mitigé à Rimouski

Après avoir ramé pendant quelques heures, notre famille arrive enfin à destination, la Rivière-Hâtée. Elle est accueillie par le maire Marc Parent sans tambour ni trompette. Contrairement à Abraracourcix, chef du village gaulois dans les célèbres récits d’Astérix, le maire de Rimouski est le seul parmi ses pairs au Bas-Saint-Laurent qui n’a pas peur que le ciel lui tombe sur la tête. Selon lui, il faut démontrer de l’ouverture et de la solidarité envers les autres régions du Québec.

Cette prise de position ne lui fera pas gagner un concours de popularité auprès de ses concitoyens qui le fustigent sur toutes les tribunes. L’accueil pouvait sembler courtois jusqu’au moment où derrière un arbre sort la conseillère du district Le Bic, Virginie Proulx. Celle-ci avait manifesté sa dissidence suite à la position prise par le Maire, prétextant ne pas avoir été consultée. C’est sûr, la chicane va encore pogner, mais faites pas ça devant la p’tite famille quand même!

La réouverture, deux semaines plus tard

Revenons à la réalité, deux semaines plus tard, qui avait tort, qui avait raison face à la levée de la barrière? Le Maire de Rimouski ou l’ensemble des autres élus? Je vous laisse juger. Pour l’instant, l’hécatombe prévue ne s’est pas matérialisée. En fin de compte, le Parc du Bas-Saint-Laurent ne verra pas le jour et c’est très bien comme ça.

Facebook Twitter Reddit