26.11.2020
Chroniques Les débuts du cinéma à Rimouski

Les débuts du cinéma à Rimouski

Neuf ans après la première représentation cinématographique devant public par les frères Lumière à Paris le 28 décembre 1895, les habitants de Rimouski découvrent à leur tour, en décembre 1904, le septième art.

C’est le 29 décembre 1904 que la toute première séance de « vues animées » comme on disait à l’époque, se déroule dans la grande salle du Palais de Justice de Rimouski. Une compagnie itinérante, la U.S. Moving Picture Company, s’arrête pour l’occasion dans notre ville. On présente alors quelques courts documentaires traitant de sujets divers; l’incendie du théâtre de Chicago, la parade de Buffalo Bill et la Procession des roses…

C’est dans la salle à dîner de l’hôtel Lenghan, en face de la gare, que l’on présente des films à partir de 1908.

Quatre ans plus tard, le 16 juin 1908, une autre entreprise, la Compagnie Monte Christo, présente dans la salle à dîner de l’hôtel Lenghan, rue de l’Évêché, la projection de 15 courts métrages. On propose « des vues coloriées d’un réalisme frappant ». Parmi les titres au programme notons : La danseuse japonaise au palais du Mikado, Une coiffeuse japonaise, Des enfants d’école au Japon, Vendeuse de poisson exceptionnelle dans les rues de Paris, Deux enfants terribles et L’armée américaine passée en revue. On est encore bien loin des Oscars… Le prix exigé pour l’admission est de 15 cents ou 35 cents pour un siège réservé.

Le programme de cinéma présenté le 16 juin 1908 à l’hôtel Lenghan de Rimouski.

C’est au photographe Louis-Octave Vallée que l’on doit la construction de la première salle de cinéma à Rimouski. Mais d’abord, Vallée commence lui aussi par organiser des projections dans la grande salle du Palais de Justice de Rimouski. La première se déroule le 31 octobre 1909. Originaire de Sainte-Anne-des-Monts, Louis-Octave Vallée s’installe à Rimouski en 1904. Il ouvre alors un studio de photographie dans la côte de la rue de la Cathédrale, pratiquement en face du Palais de Justice.  

Louis-Octave Vallée en 1900. Photo Stanislas Belle. Musée du Bas-Saint-Laurent, b03948. Reproduction interdite

Pour ses premières représentations au Palais de Justice, Vallée fait venir des films par train de Montréal. Quelques jours après les premières projections, on peut lire la critique suivante dans Le Progrès du Golfe du 5 novembre 1909 : « Les séances données par M. Vallée qui vient d’établir un théâtre de vues animées, dimanche et lundi, au Palais de Justice, ont été un succès complet. Il y avait foule et tous sont revenus enchantés. Les vues exhibées sont belles, morales et intéressantes sous tous les rapports. »

Le succès ne se dément pas tant et si bien que le photographe étend son marché et se rend au Bic, une fois par semaine pour présenter des films. Il ajoute également des représentations à Rimouski comme nous l’apprend Le Progrès du Golfe : « Il y aura une représentation le dimanche à 4 h 30 p.m. afin de permettre aux enfants qui n’ont pas encore la permission de sortir après 7 heures le soir, de passer une agréable récréation ». D’autre part, le journal précise que pour se rendre au désir du public, il y aura à l’avenir deux représentations en soirée à 19 h00 et 20 h 30. Le prix d’entrée est fixé à 10 cents.

Dès le mois de mars 1910, Louis-Octave Vallée décide de construire une salle de cinéma à l’arrière de son studio de photographie. Encore une fois, Le Progrès du Golfe nous renseigne : « On a commencé la construction du théâtre de vues animées qui sera la propriété de M. L. O. Vallée. Ce nouveau théâtre pourra contenir plus de 400 personnes ». Un autre article nous apprend que le nouvel établissement sera connu sous le nom de Théâtre canadien. Le rédacteur du journal est visiblement ravi : « M. L. O. Vallée ne pouvait lui donner un plus beau nom ». L’ouverture officielle du cinéma se déroule le samedi 11 juin 1910. En plus des films, les soirées des 11 et 12 juin comportent une partie spectacle avec musique et chant. La fanfare de Rimouski prête également son concours à la fête. On sait que parmi les films présentés à l’ouverture, il y avait notamment celui montrant le premier vol de l’avion des frères Wright. Vallée ouvre également une salle de cinéma à Edmundston à l’été 1911. Il passe d’ailleurs tout l’été dans cette ville pour s’en occuper.

À Rimouski, l’ouverture du cinéma ne fait pas l’affaire de tous. Le curé de la cathédrale, l’abbé Joseph-Elzéar Pelletier, parlait du Théâtre canadien comme étant « les portes de l’enfer ». Malgré tout, lorsque ses paroissiens organisent dans cette salle le 24 mars 1911, une fête pour souligner son 25e anniversaire d’ordination sacerdotale, le bon curé Pelletier ne se fait pas prier pour s’y rendre !

Le Théâtre canadien ne vivra pas très longtemps. Le 20 décembre 1913, trois ans et demi après son ouverture, il est rasé par un incendie. Cependant, quelques mois auparavant, une autre salle avait ouvert ses portes à Rimouski. Propriété de Romuald d’Anjou, percepteur pour Revenu Québec à Rimouski, le Théâtre populaire se trouvait rue St-Germain Ouest. Une nouvelle compagnie formée de plusieurs actionnaires et appelée Le Bon Théâtre Limitée, fait l’acquisition du Théâtre populaire en décembre 1927. Outre Rimouski, Le Bon Théâtre exploitera deux autres salles à Mont-Joli et Matane. Le 4 août 1930, le Bon Théâtre présente pour la première fois à Rimouski des « vues parlantes ». Évidemment, c’est une petite révolution. Le Progrès du Golfe y fait écho : « Ces représentations jouissent de beaucoup de vogue auprès du public. Tous les soirs, il y a eu foule au théâtre. Le film sonore est évidemment beaucoup plus goûté et recherché par les amateurs de cinéma que le film silencieux ». C’est également Le Bon Théâtre Limitée qui fait construire le cinéma Cartier, rue St-Germain est, en 1937. Cette salle de 600 places sera utilisée pendant plusieurs années, autant pour les spectacles de variétés que pour le cinéma.

Le théâtre Cartier en 1948

En 1942, rue St-Germain ouest, on inaugure Le Rimouskois, salle qui sera rasée par les flammes lors du feu de 1950. L’Auditorium ouvre en 1949 dans le quartier St-Robert puis, en 1955, une salle est aménagée dans l’édifice du Centre des loisirs St-Germain. Le 7e art est alors à son apogée à Rimouski.

Notons en terminant que le propriétaire du premier cinéma rimouskois, Louis-Octave Vallée, est décédé au Foyer de Rimouski en septembre 1961. Il était âgé de 91 ans.

Richard Saindon, bachelier en histoire de l’Université du Québec à Rimouski, a mené pendant 36 ans une carrière de journaliste à la radio et à la télévision de Radio-Canada au Bas-Saint-Laurent. Il est l’auteur de Chronique du Bas-Saint-Laurent publié aux Éditions du Septentrion. Il a également écrit ou coécrit quatre autres livres portant sur l’histoire de Rimouski et de la région. Pendant 15 ans, il a aussi collaboré à la section Tourisme du plusieurs journaux dont La Presse, Le Soleil et Le Quotidien de Chicoutimi.

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