Chroniques Petite histoire du ski à Rimouski

Petite histoire du ski à Rimouski

La pratique du ski à Rimouski remonte à tout près de 100 ans !

Nous savons par des témoignages et des photographies que dès la décennie 1930, et sans doute même avant, des personnes de Rimouski s’adonnaient à la pratique d’un sport connu aujourd’hui sous le nom de ski de randonnée. Le ski alpin pour sa part commence à peu près à la même époque dans des conditions réellement difficiles. Les gens utilisent d’abord la pente à l’Est de l’avenue Belzile ou les côtes du Deuxième Rang. Évidemment, il faut remonter à pied après chaque descente…

Premier chalet du Club de ski de Rimouski. Collection Richard Saindon

Les choses vont s’améliorer considérablement à l’hiver 1947-48 lorsque Gérard DeChamplain installe une remontée mécanique dans la «côte à Nazaire Bégin» située sur la terre de l’agriculteur du même nom dans le quartier Nazareth à l’arrière de l’actuel dépanneur Pétro-Canada. On assiste alors à la formation du Club de ski de Rimouski qui va exploiter le site jusqu’aux environs de 1951. Vers 1952, Jean Fournier installe à peu près au même endroit, une nouvelle remontée mécanique. Il s’agit d’un simple câble entrainé par un moteur que les skieurs peuvent saisir avec leurs mains pour remonter la pente. On l’appelle le « skitow ». Un chalet de 4 X 8 mètres est mis à la disposition de la clientèle composée en bonne partie par les étudiants du Séminaire. Bien que le centre de ski compte quelque 530 membres, Monsieur Fournier met fin aux activités en 1960.



Val Neigette

Il faut dire qu’il y a d’importants projets dans l’air. Depuis 1957, un mordu de ski alpin, Rémi Larose, tente de convaincre quelques personnes de développer un véritable centre de ski dans la région. Natif de Québec et arrivé à Rimouski en 1948 pour enseigner l’éducation physique à l’École de marine, Rémi Larose est un très bon skieur. Outre la petite pente à Rimouski, les véritables adeptes doivent se rendre au mont Castor à Matane pour pratiquer leur sport préféré. Mais à cette époque, le piètre état des routes en hiver représente un obstacle majeur pour de tels déplacements. Avec l’aide de Gérald Lévesque, Monsieur Larose identifie au total 17 sites potentiels dans un rayon de 35 kilomètres de Rimouski. En 1958, le nombre d’emplacements est ramené à trois, et un comité provisoire est mis sur pied. Finalement, à la fin de l’année 1958, le choix des membres du comité se porte unanimement sur le mont Blanc situé à Sainte-Blandine et ce malgré quelques inconvénients dont une forte exposition aux vents dominants de l’ouest. La montagne offre une dénivellation de 190 mètres. Le 2 mai 1960, les Rimouskois Rémi Larose, Jacques Ringuet, Gérald Lévesque, Claude Lepage, Carol Brillant, Joseph Bérubé et Jean-Hugues Bellavance obtiennent une charte leur permettant de développer un centre de ski sur le mont Blanc. Il s’agit d’une corporation sans but lucratif ayant pour nom Le Centre de ski de Rimouski. Après l’achat des terrains, le groupe recrute 200 actionnaires qui versent 50 $ chacun. On procède aussitôt au déboisement d’une première pente sur le versant nord.  


Rémi Larose, l’un des principaux responsables de la fondation du centre de ski du Mont-Blanc à Sainte-Blandine. Photo vers 1968. Musée régional de Rimouski, fonds Rita Chevron, don de Richard Saindon.

Les premières années

Grâce à la mise de fonds des actionnaires, un premier chalet est construit au pied du mont Blanc au coût de 2 213 $ et une remontée mécanique est installée. Encore une fois, il s’agit d’un câble. Cette remontée qui avait coûté 1 500 $, était l’œuvre de Benoît Jean, Claude Legendre et Joseph Boucher. Le Centre de ski du Mont-Blanc accueille ses premiers skieurs pour la saison 1960-1961 et l’inauguration officielle se déroule le 29 janvier 1961. Le Conseil d’administration formé en 1960 regroupe la plupart des membres du comité provisoire. On retrouve l’homme d’affaires Carol Brillant à la présidence, le médecin Jacques Ringuet à la vice-présidence tandis que Gérald Lévesque agit comme trésorier et Jean-Marc Tremblay est nommé secrétaire. Les directeurs sont Rémi Larose, Joseph Bérubé, Jean-Marie Marquis, Gilles Simard, Ludovic Duchesne et Raymond Bissonnette. L’influence de Carol Brillant, fils du multimillionnaire Jules-A. Brillant, permettra au groupe d’obtenir des prêts des institutions bancaires et beaucoup de matériel au prix coûtant car les revenus des premières saisons sont encore modestes. Précisons qu’en 1962, un adulte devait débourser 10 $ pour devenir membre. Pour skier, la tarification était d’un dollar par jour pour les membres et de deux dollars pour un non membre…



La station du Mont-Blanc à Sainte-Blandine au début des années 1960. La photo est prise à partir de la pente école qui se trouvait en face. Les terrains de la pente école ont fait place rapidement à un développement résidentiel. Photo Martine Ouellet groupe Facebook Souvenirs de Rimouski.

Développements

En 1962, le Conseil d’administration fait un emprunt de 32 000 $ pour l’achat d’un remonte pente de type « T-Bar » et l’acquisition d’un véhicule à chenilles. On déboise également deux autres pentes. Éventuellement, le nombre de pentes sera porté à 25. En 1965, il devient nécessaire de construire un chalet plus grand. Les plans et devis sont réalisés par l’architecte Gaston Martin. Le projet représente un déboursé de 45 535 $ et la construction s’amorce à l’automne 1966. Le nouveau chalet est officiellement inauguré en janvier 1967. Parallèlement, la station amorce le développement d’un réseau de sentiers de ski de randonnée qui atteindra plusieurs dizaines de kilomètres.


Le 7 novembre 1966, un tracteur à chenilles vient de déplacer le premier chalet du Mont-Blanc, pour permettre d’amorcer la construction d’un chalet beaucoup plus vaste. Photo Rita Chevron, collection du Musée régional de Rimouski, don de Richard Saindon.

En novembre 1980, le système d’éclairage des pentes entre en fonction. Un premier dispositif assez rudimentaire d’éclairage avait été installé au début des années 1960. L’homme d’affaires Carol Brillant avait acheté un immense phare servant à l’éclairage du Rocher Percé mais qui ne servait plus car il était nuisible aux oiseaux. Cette lumière avait été fixée sur le toit du chalet pour éclairer une partie de la pente principale. Notons au passage que c’est en 1968 que le centre de ski change de nom pour devenir Val-Neigette.

En 1982, à la suite de difficultés financières importantes, l’ancienne corporation qui gérait Val-Neigette, le Centre de ski de Rimouski Incorporée, est dissoute et une centaine de membres se regroupent en vertu de la loi sur les associations coopératives pour former un nouvel organisme ; le Centre coopératif de loisirs et de sports de Val-Neigette. Cette coopérative sera en mesure d’aller chercher d’importantes subventions du gouvernement du Québec en plus de recevoir 2,4 M $ du gouvernement fédéral. L’argent a notamment été utilisé pour l’agrandissement du chalet qui double de superficie en 1984, la réalisation du système d’enneigement artificiel en 1988, l’achat d’équipements et la construction d’une remontée mécanique quadruple.

La fin

En 2009, la station Val-Neigette passe aux mains de Raynald Dufour. Cependant, l’achalandage diminue et, quelques années plus tard, le nouveau propriétaire est aux prises avec un déficit majeur. En conséquence, Val-Neigette ferme définitivement ses pentes le 9 avril 2018. Il y a eu quelques projets de relance depuis, mais aucun ne s’est encore concrétisé.

Richard Saindon, bachelier en histoire de l’Université du Québec à Rimouski, a mené pendant 36 ans une carrière de journaliste à la radio et à la télévision de Radio-Canada au Bas-Saint-Laurent. Il est l’auteur de Chronique du Bas-Saint-Laurent publié aux Éditions du Septentrion. Il a également écrit ou coécrit quatre autres livres portant sur l’histoire de Rimouski et de la région. Pendant 15 ans, il a aussi collaboré à la section Tourisme du plusieurs journaux dont La Presse, Le Soleil et Le Quotidien de Chicoutimi.


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