Chroniques L'église et le presbytère de Sacré-Coeur

L’église et le presbytère de Sacré-Coeur

Ces deux bâtiments plus que centenaires forment l'un des beaux ensembles patrimoniaux de la ville.

En 1875, la paroisse mère de Rimouski, Saint-Germain, est amputée d’un immense territoire qui va de la rive ouest de la rivière Rimouski jusqu’aux limites du Bic. Le décret d’érection canonique d’une nouvelle paroisse nommée Notre-Dame-du-Sacré-Cœur est émis le 9 septembre par Mgr Jean Langevin. Quelques jours plus tard, le 16 octobre, l’abbé Charles Guay est nommé curé de la paroisse naissante. Sa première tâche consiste à faire construire une église. Évidemment, lancer un tel projet demande un certain temps et les travaux de construction ne vont s’amorcer qu’au printemps de l’année 1877.

Le curé qui a fait construire l’église de Sacré-Coeur, l’abbé Charles Guay 1845-1922. Archives de l’archidiocèse de Rimouski

L’architecte



C’est l’architecte David Ouellet de Québec qui se voit confier la confection des plans de l’église de Sacré-Cœur. Né à La Malbaie en 1844, Ouellet étudie au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière avant d’apprendre son métier auprès d’un architecte réputé de Québec, François-Xavier Berlinguet. À l’âge de 31 ans, Ouellet ouvre dans la vieille capitale son propre bureau d’architecte ainsi qu’un atelier de sculpture. Le premier contrat qu’il obtient en 1876 consiste à dessiner les plans de l’église Notre-Dame-de-Liesse à Rivière-Ouelle. Il fera par la suite les plans de dizaines d’églises partout au Québec dont un certain nombre au Bas-Saint-Laurent. Outre celles de Rivière-Ouelle et de Sacré-Cœur, on lui doit notamment la magnifique façade de l’église de Sainte-Luce ainsi que les églises de Mont-Carmel et de Saint-Léon-le-Grand. David Ouellet offre des projets clés en main. Il dirige l’ensemble des étapes de production des églises, de la conception des plans jusqu’à la décoration intérieure. Laissant de côté les innovations techniques, il opte pour des méthodes traditionnelles et économiques qui plaisent au clergé.

L’intérieur de l’église Sacré-Coeur. Photo du 27 décembre 1952. BAnQ Rimouski, Fonds Gérard Lacombe P24-S3-SS7-D141

L’église


Pour la paroisse de Notre-Dame-du-Sacré-Cœur, Ouellet propose une église de style néoclassique. Les plans originaux laissent voir une église longue de 27 mètres avec deux sacristies de part et d’autre du chœur. Cependant, l’entrepreneur rimouskois chargé des travaux, Alphonse Matte, recommande plutôt au Conseil de fabrique une église un peu plus longue, soit 30 mètres, mais avec une sacristie érigée dans le prolongement de l’édifice. Monsieur Matte fait valoir une économie sur les coûts de construction et la possibilité de tenir des messes en semaine dans cette sacristie, évitant ainsi de chauffer toute l’église. Le Conseil de fabrique se rend aux arguments de l’entrepreneur, ce qui explique pourquoi l’église de Sacré-Cœur a l’aspect qu’on lui connaît.

Cette église est un édifice rectangulaire dont la tour unique supportant le clocher, fait une avancée en façade. L’intérieur se présente sous la forme d’une nef à trois vaisseaux avec une tribune arrière et un chœur en saillie. La voûte est en forme d’arc surbaissé. Les vitraux sont l’œuvre de la maison Barsetti et Frères de la région de Québec. L’inauguration officielle de l’église se fait le 15 décembre 1878, mais des travaux majeurs de finition et de décoration intérieure sont effectués en 1892-1893. À la suite d’une inspection des lieux en 1893, l’architecte David Ouellet écrit : « L’entrepreneur a su choisir des hommes très compétents dans ces sortes d’ouvrage, de sorte que ces travaux ne pourraient être mieux faits. ». Comme ce fut le cas pour la cathédrale de Rimouski en 1967, l’église de Sacré-Cœur subit d’importantes modifications en 1971. On fait disparaître la chaire, la balustrade et toutes les boiseries ainsi que le maître-autel. On recouvre également, sur les colonnes, le stuc imitant le marbre. En conséquence, l’intérieur devient très dépouillé comme le suggérait le concile Vatican II.



Le presbytère

Presbytère de Notre-Dame-du-Sacré-Coeur. Photo Richard Saindon 1991.

Entre 1878 et 1910, les curés de Sacré-Cœur résident dans une maison privée louée par la fabrique. Cette maison sera plus tard convertie en salle paroissiale. C’est en 1905 que les démarches sont entreprises pour la construction d’un presbytère. Mais alors que la construction de l’église a pris moins de deux ans, il faudra neuf années pour construire le presbytère !  Tout le processus a été extrêmement difficile. Dès le départ, les villageois sont mécontents de la hausse importante des coûts liée aux nombreuses modifications des plans. D’autre part, les matériaux sont de mauvaise qualité et l’on dénombre plusieurs ruptures de contrat avec les entrepreneurs. Finalement, le curé pourra s’installer dans le presbytère en 1910, mais tous les travaux de finition ne seront complétés qu’en 1914.


Le presbytère représente un excellent exemple de l’architecture de style Second Empire dont les principales caractéristiques sont un corps de logis principal surhaussé à deux étages et un toit à la Mansart à quatre versants ou à quatre eaux. L’édifice présente une façade symétrique marquée par l’ordonnance régulière des ouvertures. D’autres particularités sont à signaler. D’abord le balcon qui occupe toute la façade et se prolonge sur le côté en une sorte de petit kiosque en forme d’hexagone. Treize lucarnes à pignon sont réparties sur les quatre faces. Enfin, on remarque au sommet de l’escalier deux groupes de deux colonnes coiffées de chapiteaux ioniques à volutes. Le presbytère de Sacré-Cœur a une valeur patrimoniale exceptionnelle en raison de son excellent état de conservation.

Richard Saindon, bachelier en histoire de l’Université du Québec à Rimouski, a mené pendant 36 ans une carrière de journaliste à la radio et à la télévision de Radio-Canada au Bas-Saint-Laurent. Il est l’auteur de Chronique du Bas-Saint-Laurent publié aux Éditions du Septentrion. Il a également écrit ou coécrit quatre autres livres portant sur l’histoire de Rimouski et de la région. Pendant 15 ans, il a aussi collaboré à la section Tourisme du plusieurs journaux dont La Presse, Le Soleil et Le Quotidien de Chicoutimi.


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