Actualités Société À quelques heures de la Saint-Valentin, on réclame «le droit à l’amour»

À quelques heures de la Saint-Valentin, on réclame «le droit à l’amour»

Le Collectif pour un Québec sans pauvreté et le Front commun des personnes assistées sociales du Québec se trouvaient aux côtés des partis d’opposition pour faire front commun  sur  « le droit à l’amour », hier, à l’aube de la Saint-Valentin.

Ils demandent « le droit à l’amour » pour les personnes bénéficiaires de l’aide sociale, en couple ou non, afin qu’ils puissent vivre sous le même toit sans que leur prestation d’aide sociale soit réduite ou coupée.



Cette initiative avait été mise de l’avant par le député de Rimouski, Harold LeBel, l’année dernière, en déposant une pétition avec différents intervenants, dont Action populaire Rimouski-Neigette.

« Les personnes prestataires de l’aide sociale et de la solidarité sociale subissent des coupes importantes de leurs prestations lorsqu’ils vivent sous le même toit, pouvant aller jusqu’à 24 % pour l’aide sociale et jusqu’à 27 % pour la solidarité sociale. Pour l’aide sociale, par mois, une personne seule reçoit 708 $ versus 1 072 $ pour un couple. C’est une différence de 344 $ mensuellement », mentionne un communiqué conjoint.


Conflits

Pour la solidarité sociale, par mois, une personne seule reçoit 1 111 $ versus 1 625 $ pour un couple. C’est une différence de 597 $ mensuellement. De plus, comme il est prévu que ce soit une seule personne du ménage qui puisse recevoir la prestation, cela peut causer des conflits qui peuvent mener à de l’exploitation financière.



Lors d’un point de presse, toutes et tous dénonçaient, hier, les enquêtes du ministère et les mesures de contrôle jugées « excessives », à savoir si oui ou non les personnes sont en couple. De plus, ces personnes, démunies et en situation précaire, sont souvent victimes « d’harcèlement » et doivent débourser des sommes astronomiques, notamment, en procédures judiciaires et certificats médicaux afin de justifier leur situation.

Ouverture


À pareille date l’année dernière, le ministre de l’Emploi, du Travail et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, avait démontré son ouverture à analyser les situations particulières de vie maritale où il y a une relation d’aidant aidé et qu’il explorerait des solutions pour les personnes qui vivent en couple. Force est de constater que les bottines n’ont pas suivies les babines. Serait-il maintenant possible de faire preuve d’humanisme et de laisser le droit à l’amour et de vivre ensemble ?

Exemple choquant

« L’application de la notion de vie maritale à l’aide sociale est un exemple choquant des vices qui gangrènent le système d’assistance sociale québécois. D’un côté, le gouvernement refuse de donner aux personnes assez d’argent pour bien vivre, car cela pourrait prétendument les décourager d’intégrer le marché du travail. De l’autre, dès que les personnes essaient de s’entraider pour survivre, il cherche à les pénaliser par tous les moyens, notamment en recourant à une notion aussi arbitraire que la vie maritale. Qu’est-ce que cela peut bien changer pour l’État que deux colocs soient de simples amis ou des amoureux ? Et pourquoi faudrait-il toujours enfoncer les gens davantage dans la misère pour les aider à s’en sortir ? C’est un non-sens absolu », explique Serge Petitclerc, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

Violence institutionnelle

« Malheureusement, on dit aux personnes assistées sociales que si elles sont en couple, leur chèque va être amputé en partie ou au complet. C’est une violence institutionnelle grave qui isole, qui appauvrit, qui limite l’autonomie des personnes et qui les empêche de se sortir de situations de violence conjugale. Ça va complètement à l’encontre des objectifs de l’aide sociale. Notre revendication est simple : un chèque par personne. C’est une question d’autonomie et de dignité », commente Stéphane Handfield, porte-parole du Front commun des personnes assistées sociales du Québec.

Dépendre d’une autre personne

« Je n’avais pas droit à l’aide sociale parce que mon conjoint (commis d’épicerie) gagnait plus que le montant d’un chèque pour un couple à l’aide sociale. Il était hors de question de dépendre d’une autre personne et de lui confier le contrôle sur ma vie. Nous avions la permission d’être en couple, tant qu’on n’habite pas ensemble. J’étais coincée entre les lois. D’un côté le bail où je suis coresponsable du loyer, mais sans avoir le droit d’y habiter. Je devais aussi payer pour me loger ailleurs », témoigne Mélanie Ratté, militante à l’Action plus Brome-Missisquoi.

Initiatives démesurées

« L’amour ne devrait jamais pénaliser la vie de qui que ce soit. Je trouve démesurées, voire abusives, les initiatives du ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale envers les couples qui dépendent totalement des prestations d’aide ou de solidarité sociale. Le ministre doit s’inspirer de l’individualisation du revenu de base et étendre la mesure à tous les prestataires d’aide de dernier recours, dès maintenant. Le ministre Boulet s’est d’ailleurs engagé à reconduire le Plan de lutte contre la pauvreté mis en place par le gouvernement libéral », renchérit Paule Robitaille, députée de Bourassa-Sauvé et porte-parole du Parti libéral du Québec en matière de Solidarité sociale et de lutte contre la pauvreté.

Grands oubliés

« Les personnes assistées sociales font partie des grands oubliés de la pandémie : elles sont carrément tombées entre les craques du sofa et n’ont pas eu d’aide pour faire face à la crise sanitaire. Depuis un an, François Legault appelle les Québécois à faire preuve de solidarité. Il serait temps qu’il montre l’exemple et qu’il change une fois pour toutes les règles archaïques qui empêchent les personnes assistées sociales de cohabiter avec leur conjoint. À l’heure où les prix des loyers grimpent en flèche, c’est un petit geste qui pourrait faire une grande différence », ajoute Alexandre Leduc, député d’Hochelaga-Maisonneuve et porte-parole de Québec solidaire en matière de Solidarité sociale.

« Il est difficile de croire qu’en vivant avec un conjoint ou un colocataire, le revenu personnel de l’aide sociale est superflu, comme si ces personnes n’avaient pas besoin de subvenir à leurs besoins et ceux de leur famille. C’est inhumain et déconnecté de la réalité des personnes assistées sociales », conclut Martin Ouellet, député de René-Lévesque et porte-parole du Parti Québécois en matière de Solidarité sociale et de lutte contre la pauvreté.


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