Chroniques Petite histoire de la compagnie Price à Rimouski

Petite histoire de la compagnie Price à Rimouski

De 1830 à 1964, la compagnie Price a construit plusieurs usines sur les rives de la rivière Rimouski et ce jusqu'à deux kilomètres de son embouchure. Voici en résumé, l'histoire de ce complexe industriel.

Grâce à des contrats notariés, on connaît l’existence d’exploitations forestières bien organisées aux abords de la rivière Rimouski aussi loin qu’en 1781. Ces actes démontrent également qu’en 1790, le seigneur Louis Lepage possède de petites scieries. Mais les choses deviennent plus sérieuses au début du 19e siècle lorsque l’Angleterre se tourne vers ses colonies nord-américaines pour son approvisionnement en bois en accordant également des tarifs préférentiels. L’exceptionnel peuplement de pins rouges du bassin de la rivière Rimouski a tôt fait d’attirer les investisseurs.


Aux environs de 1820, des entrepreneurs de Québec, William Thobbs, William Harvey et Joshua Whitney achètent et louent des terres près de l’embouchure de la rivière pour expédier du bois brut ou fini. À l’automne 1825, Harvey amorce la construction d’une scierie plus importante comportant une écluse. L’entrée en service de ce moulin en 1826 provoque une hausse significative du volume de bois coupé et l’organisation des premiers véritables chantiers forestiers sur la rivière Rimouski.



Du bois de grande dimension

Les pièces de bois convoitées sont imposantes. Pour être acceptés à la scierie, les billots de pin doivent avoir une longueur de 12 pieds et demi (3,66 mètres) et un diamètre de 13 pouces (33 centimètres) au petit bout, sous l’écorce ! Avec ces billes, la scierie produit des madriers de 12 pieds de long par 11 pouces de large et d’une épaisseur de trois pouces. Lorsque le pin commence à se faire rare, on se tourne vers les gros peuplements d’épinettes.


En 1829, un entrepreneur de Lévis, Hippolyte-Michel Larrivée, achète la plupart des installations de sciage des bassins des rivières Rimouski et Métis. Il construit la même année à Rimouski une scierie dans un bâtiment de 40 pieds sur 28 pieds en aval de la chute de la Pulpe. Il fait aménager chemins, dalles, estacades et écluses sur la rivière et modifie l’embouchure par la construction de trois quais de bois. Le contrat pour l’écluse est signé le 22 octobre 1829. Deux entrepreneurs, Jean-Baptiste Lévesque et David Pelletier se voient confier la tâche « de parachever la chaussée pour laquelle barrer entièrement la rivière. » Il est précisé que l’ouvrage doit avoir 13 pieds et 4 pouces de hauteur. Toujours le 22 octobre 1829, un autre contrat enregistré chez le notaire rimouskois Pierre Gauvreau, nous apprend que Larrivée commande à Jacob Sinclair la construction de six chalands pour transporter le bois. Trois de ces bateaux à fond plat doivent avoir une longueur de 50 pieds sur 13 pieds de largeur et trois autres de 38 pieds de longueur sur 16 pieds de largeur.

L’ère de la compagnie Price



En 1830, un riche commerçant et exportateur de bois vers l’Angleterre, William Price, achète toutes les installations de Larrivée. Puis, en l’espace de 10 ans, Price fait l’acquisition des scieries de L’Isle-Verte, Trois-Pistoles, Bic, Matane et Cap-Chat. La colonisation de l’intérieur des terres n’étant pas encore commencée, Price se fait concéder les forêts du domaine public contre de faibles droits de coupe. C’est ainsi qu’il afferme la moitié des forêts du comté de Rimouski !

Les installations de la Price à La Pulpe en 1927. Collection Richard Saindon

Pour remplir ses contrats en Angleterre, Price commence à exploiter la forêt plus loin vers le sud, jusqu’au secteur du lac Macpès. La rivière Rimouski et certains affluents comme la rivière Touladi, sont de plus en plus utilisés pour le flottage du bois, une pratique qui se poursuivra jusqu’à la fin de la décennie 1950.


Le téléphérique servant à l’acheminement des ballots de pâte de La Pulpe vers l’embouchure de la rivière. Collection Richard Saindon

Pendant un siècle, la Price développe ses installations sur la rivière Rimouski. La première scierie est transformée en 1890 en fabrique de bardeaux. Elle sera opérationnelle jusqu’en 1931. En 1900, une nouvelle usine de sciage est construite à l’embouchure de la rivière. Elle procure du travail à 225 personnes de mai à décembre. De 1902 à 1927, une fabrique de pâte à papier est en exploitation à 1,8 km de l’embouchure. L’endroit est depuis connu sous le nom de La Pulpe. On construit même un téléphérique pour acheminer les lourds ballots de pâte à l’embouchure de la rivière avant de les expédier par bateau à Port-Alfred. De 1939 à 1950, la compagnie exploite également une fabrique de boîtes de bois annexée à un atelier de planage. Enfin, de 1934 à 1938, un moulin à bouleaux est en activité au Fonds d’Ormes au sud de Saint-Narcisse. L’usine emploie 250 hommes et produit du bois de fuseau pour l’industrie textile.

La grande scierie Price de Rimouski en 1948. Collection Richard Saindon
Des hommes chargent des madriers à bord des barges au quai de la Price à l’embouchure de la rivière en 1948. Collection Richard Saindon

En plus des usines, il faut ajouter les emplois en forêt. Chaque automne, la Price attribue des contrats de coupe à des individus et à des entrepreneurs. L’historienne Louise Proulx a recensé dans le bassin de la rivière Rimouski, 68 camps d’entrepreneurs. Les plus gros comptent 25 hommes et leur période d’utilisation varie de deux à quatre ans. La compagnie a aussi ses propres camps.

Après la destruction de son usine principale lors du grand feu de 1950, la compagnie Price reconstruit une scierie de plus petite dimension. Mais bientôt, faute d’approvisionnement, car la Price n’a jamais procédé au reboisement de la moindre parcelle de terre, la compagnie ferme définitivement cette scierie en 1964, mettant fin à une présence de 134 ans dans le bassin de la rivière Rimouski.

Richard Saindon, bachelier en histoire de l’Université du Québec à Rimouski, a mené pendant 36 ans une carrière de journaliste à la radio et à la télévision de Radio-Canada au Bas-Saint-Laurent. Il est l’auteur de Chronique du Bas-Saint-Laurent publié aux Éditions du Septentrion. Il a également écrit ou coécrit quatre autres livres portant sur l’histoire de Rimouski et de la région. Pendant 15 ans, il a aussi collaboré à la section Tourisme du plusieurs journaux dont La Presse, Le Soleil et Le Quotidien de Chicoutimi.


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