Nouvelle de 18 h Le prix du bois d’œuvre fait rager des consommateurs

Le prix du bois d’œuvre fait rager des consommateurs

Des problèmes d’approvisionnement en lien avec la crise sanitaire seraient en bonne partie responsables de la hausse importante des prix du bois d’œuvre, déplorée par de nombreux consommateurs depuis un an, ainsi qu’une forte demande du marché.

Le phénomène rappelle celui de la hausse des prix du crabe dont il était question dans nos pages, vendredi dernier. Des poissonniers indiquaient que l’interruption de la pêche du crabe de l’Alaska en raison de la crise du coronavirus avait fait grimper la demande en provenance des États-Unis et de la Chine pour les produits québécois.



« Nous sommes en train de faire des travaux d’amélioration de notre résidence, un peu comme bien des gens en font. Puisque nous sommes tous confinés à cause de la COVID-19, on se demande un peu quoi faire pour passer le temps. Je suis allé voir pour acheter du bois et quand j’ai vu les prix, nos plans ont changé. On a ralenti nos ardeurs et on a coupé le projet de 50%. Un morceau de 2 par 4 pouces par huit pieds est rendu autour de 8 $. Avant la crise, on parlait de 3 $ ou 3,50 $, maximum. À l’œil, les prix ont plus que doublé », raconte un lecteur qui a souhaité témoigner de son expérience au journal, au nom de plusieurs autres.

Une alternative?


« Nous avions aussi des travaux à faire pour notre grange, qui ont été mis de côté pour toutes sortes de raisons, mais qui seraient impensables de faire maintenant, quand c’est rendu qu’une planche d’épinette de 12 pieds coûte aussi 8 $. Ça ne marche pas! Je suis en train de regarder pour une alternative : je cherche des petits producteurs de bois qui ont des moulins à scie. Je pense que les gens vont se tourner vers ça de plus en plus », observe-t-il.

Outils



Le Parti Québécois et le député de Bonaventure, Sylvain Roy, ont proposé il y a deux semaines que le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), Pierre Dufour, « utilise les outils qu’il possède déjà » pour régler des problèmes chroniques qui accablent l’industrie forestière.

« Le principe de la résidualité, enchâssé dans la loi, est simple. Avant d’octroyer des volumes de bois en forêt publique, les industriels doivent d’abord s’approvisionner en forêt privée. Or, même si ce mécanisme est dans la loi depuis 1988, il n’est pas mis en pratique. Pourtant, son utilisation permettrait d’aider nos producteurs privés qui sont prêts à mobiliser du bois et, ainsi, de diminuer la pression sur notre patrimoine collectif, nos forêts publiques », expliquait Sylvain Roy, qui déplore l’inaction du MFFP à cet égard.


Explosion des mises en chantier

« On a pu observer que le prix du bois a augmenté de manière excessive et totalement déraisonnable depuis quelques mois, entre autres à cause de la forte demande provenant des États-Unis. Chez les Américains, l’explosion des mises en chantier, jumelée à une désertion des villes par les familles qui se font construire des maisons hors des grands centres pour faire du télétravail, fait en sorte que notre industrie est sollicitée comme jamais », indiquait aussi le député Roy.

Or, si ce dernier se réjouit de voir l’économie forestière fonctionner si bien, il s’inquiète néanmoins de constater que cela ne semble pas profiter à tous les maillons de la chaîne. « Est-ce que les travailleurs d’usine, les camionneurs forestiers et les producteurs de bois ont profité de l’augmentation ahurissante des prix? Poser la question, c’est y répondre : pas du tout. Si la richesse était mieux distribuée, c’est clair que l’ensemble de l’économie de nos régions en profiterait », a-t-il fait valoir.

Filière négligée

« J’espère que le gouvernement réglera bientôt ces problèmes, qui sont connus et dont on discute depuis longtemps au sein de la filière forestière, mais sur lesquels le ministère des Forêts ne travaille jamais », concluait Sylvain Roy.

Hier, un quotidien, La Tribune, prévoyait que la flambée des prix pourrait durer encore longtemps. Il semble que même du bois qui n’est pas encore bûché soit déjà vendu. On évoque qu’un changement structurel du marché pourrait se produire en profondeur, plutôt que ce soit un phénomène passager.

Réponse d’un quincailler

Le journal a demandé à un quincailler l’explication qu’il fournit aux personnes qui s’étonnent de voir la différence des prix en un an.

« La pandémie a causé des problèmes d’approvisionnement. La rareté des matériaux se fait de plus en plus ressentir, ce qui crée une augmentation significative. Difficile de dire si ça durera longtemps. Nous n’avons pas de boule de cristal. Nous sommes pratiquement autant dans l’inconnu que les consommateurs », dit Yanick Tardif, de Canac à Rimouski, une quincaillerie réputée pour ses prix compétitifs.

Le journal a sollicité les commentaires d’une autre entreprise qui n’avait cependant pas retourné notre appel au moment d’écrire ces lignes.


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