Chroniques L'École moyenne d'agriculture de Rimouski

L’École moyenne d’agriculture de Rimouski

De 1926 jusqu'à sa fermeture en 1969, l'École moyenne d'agriculture de Rimouski accueillera au total 1529 étudiants. De ce nombre on compte 708 diplômés.

L’histoire commence en mars 1921 lorsque le gouvernement adopte le projet de loi créant les Écoles moyennes d’agriculture au Québec. Le texte stipule que la toute première sera construite à Rimouski. Le ministre de l’Agriculture, Joseph-Édouard Caron écrit :  « Le comté de Rimouski contient une population agricole travaillante et active, il est éloigné des grands centres et n’a pas encore été attaqué par les idées subversives qui envahissent actuellement les villes ». Le 22 mars 1921, le ministre Caron et l’évêque de Rimouski, Mgr Joseph-Romuald Léonard signent une entente pour la construction de cette école d’agriculture à Rimouski.

Le projet est toutefois retardé de deux ans. D’une part les premiers plans sont jugés trop coûteux et d’autre part, il y a des tiraillements entre Mgr Léonard et le Séminaire. Comme l’explique l’historien Noël Bélanger dans le livre Le Séminaire de Rimouski, ses écoles, ses œuvres, « le conseil du Séminaire considère qu’il serait avantageux d’obtenir du gouvernement cette école ». À l’été 1923, des négociations s’amorcent entre le gouvernement et le Séminaire de Rimouski. Elles sont menées par le procureur de la maison d’enseignement, le chanoine Joseph-Alphonse Moreault et son frère, le docteur Louis-Joseph Moreault, maire de Rimouski et député provincial. Au terme de ces pourparlers, le mercredi 31 octobre 1923, le gouvernement du Québec signe un contrat de 25 ans avec la direction du Séminaire de Rimouski pour la gestion de la future École moyenne d’Agriculture de Rimouski. Il est établi que l’institution sera située sur la terre du Séminaire. L’école et la ferme seront sous le contrôle du supérieur et du procureur du Séminaire et le directeur de l’école sera obligatoirement un prêtre du Séminaire.



Dans les mois qui suivent, on amorce la construction de l’école, de la grange, des silos et des dépendances. Les coûts de construction de l’École moyenne d’agriculture sont évalués à 100 000 $ ce qui représenterait un million et demi de dollars en 2021. À cela il faut ajouter tous les autres frais pour l’organisation et l’équipement de la ferme de l’école qui compte 275 arpents en culture au sud de la rue St-Jean-Baptiste. Le cheptel comprend au départ 50 vaches, 300 porcs et 800 poules pondeuses. Le ministère de l’Agriculture accepte aussi de payer les frais de pension et d’admission de 50 élèves par année. De cette façon, les étudiants n’auront qu’à débourser 50 $ pour une année scolaire d’une durée de 10 mois.

Mgr Joseph-Romuald Léonard arrive pour procéder à la bénédiction de l’École moyenne d’agriculture le 26 septembre 1926. Quelques voitures sont stationnées rue St-Jean-Baptiste. BAnQ, Centre d’Archives de Rimouski, Fonds du Séminaire.

Finalement, le 16 septembre 1926, l’École moyenne d’agriculture de Rimouski accueille sa première cohorte de 49 étudiants. Les cours d’une durée de deux ans sont à la fois théoriques et pratiques. L’objectif est de former des agriculteurs qualifiés pour la culture, l’élevage des animaux et l’administration d’une ferme moderne. À ce programme se greffe une formation sociale en vue de préparer une relève pour diriger les mouvements socio-économiques et politiques du milieu. Dix jours après l’ouverture de l’école, le ministre de l’Agriculture, Joseph-Édouard Caron, et l’évêque de Rimouski, Mgr Joseph-Romuald Léonard, procèdent à l’inauguration de l’édifice devant de nombreux dignitaires.


Au fil des années, la ferme de l’École d’agriculture va créer une sorte de symbiose avec les résidents du quartier St-Robert. Plusieurs personnes et surtout des jeunes, vont décrocher de petits boulots, notamment lors de la période des récoltes. Les gens de St-Robert achètent aussi en grand nombre les produits de cette ferme.

L’abbé Ernest Lepage. Collection Richard Saindon

Un éminent professeur



De 1936 à 1961, l’École moyenne d’agriculture pourra compter sur les services d’un enseignant hors de l’ordinaire, l’éminent botaniste rimouskois, Ernest Lepage. Né dans une famille de cultivateurs de Rimouski en 1905, l’abbé Ernest Lepage a probablement été l’un des scientifiques québécois les plus sous-estimés. Après ses études en théologie, l’abbé Lepage entre à l’École supérieure d’agriculture de La Pocatière où il obtient un baccalauréat en sciences agricoles. Pendant qu’il enseigne à l’École moyenne d’agriculture à Rimouski, il poursuit ses études et décroche une maîtrise de l’Université Laval. De 1931 à 1942, Lepage herborise entre Montmagny et Gaspé et commence à publier ses découvertes dans plusieurs revues scientifiques. Il amorce en 1943 une série d’expéditions à la baie James, à la baie d’Hudson, en Alaska, à la baie d’Ungava et au Labrador. Son herbier, qu’il lègue à l’Université Laval à son décès en 1981, compte 35 000 plantes et lichens dont 150 qu’il a été le premier à identifier. Six portent des noms inspirés du sien. Le scientifique rimouskois a beaucoup fait avancer les connaissances sur la flore des régions subarctiques et arctiques et son œuvre se compare à celle du frère Marie-Victorin. Ses élèves ont pu bénéficier des connaissances d’un véritable maître pour tout ce qui a trait aux végétaux.

La ferme de l’École moyenne d’agriculture en 1948. Collection Mario Canuel

Une catastrophe


La grange étable de l’École moyenne d’agriculture est la proie des flammes dans la soirée du 16 janvier 1954. L’alerte est donnée peu après 21 h 30. Il fait froid et les vents sont forts. Une quarantaine de pompiers sont dépêchés sur les lieux mais la plus proche borne-fontaine se trouve à près de 200 mètres et les pompiers doivent déployer plus de 1000 mètres de tuyaux. La vaste grange en forme de T dont la partie la plus longue fait 43 mètres, sera rasée par l’élément destructeur. Heureusement, on réussit à sauver les quelque 75 bêtes à cornes et huit chevaux ainsi qu’une bonne partie des récoltes engrangées et quelques instruments aratoires. Les pertes sont évaluées à plus de 55 000 $, partiellement couvertes par les assurances.  

La fin

Le 29 janvier 1969, la sous ministre de l’Éducation, Thérèse Bacon, confirme la rumeur qui circulait depuis quelques semaines. Dorénavant, l’enseignement agricole relèvera des écoles polyvalentes, dont l’école Paul-Hubert à Rimouski. En conséquence, le contrat ne sera pas renouvelé avec l’École moyenne d’agriculture en juin 1969.

Nouvelle vocation

En 1967, le Cégep de Rimouski ouvre ses portes dans le vaste bâtiment occupé jusqu’alors par le Séminaire. Toutefois près d’une vingtaine de prêtres, la plupart des anciens enseignants du Séminaire, continuent d’habiter dans une des ailes de l’édifice. Le 19 décembre 1968, le directeur général du Cégep, Jean-Guy Nadeau, informe les prêtres que les chambres seront officiellement réquisitionnées le premier juillet 1969 et que l’année suivante, ces espaces seront convertis en laboratoires.

Comme on sait que l’édifice de l’École d’agriculture sera libre à partir de juin 1969, dès le mois de janvier, 19 prêtres retraités signent une pétition pour demander que ce vaste bâtiment soit réaménagé en résidence pour les prêtres du diocèse de Rimouski. L’organisme ayant hérité des biens fonciers du Séminaire, l’Œuvre Langevin, donne son accord au projet. La proposition est signée par deux des administrateurs de l’Œuvre Langevin, l’ingénieur Claude St-Hilaire et l’architecte Gaston Martin. Ainsi naît la Résidence Lionel-Roy. Les premiers prêtres retraités s’y installent le 4 février 1970, tandis que le vicaire général du diocèse, Mgr Philippe Saintonge bénit les lieux le 5 mars suivant.

Pendant ce temps, le 22 janvier 1968, la Ville de Rimouski achète pour la somme symbolique d’un dollar, la grange de l’École d’agriculture. On prévoit utiliser le bois pour construire un petit centre culturel dans le futur parc Beauséjour dont on vient de commencer l’aménagement. Ce projet de centre culturel est toutefois abandonné et la grange est démolie en 1969.

Au tournant des années 2000, le nombre de prêtres retraités ayant fortement diminué, l’Œuvre Langevin vend la Résidence Lionel-Roy en 2011 au Centre de santé et de services sociaux Rimouski-Neigette qui l’utilise pendant quelques années pour loger certains de ses services administratifs. L’édifice est aujourd’hui désaffecté et pourrait bien, comme tant d’autres, tomber un jour ou l’autre sous le pic des démolisseurs.

Richard Saindon, bachelier en histoire de l’Université du Québec à Rimouski, a mené pendant 36 ans une carrière de journaliste à la radio et à la télévision de Radio-Canada au Bas-Saint-Laurent. Il est l’auteur de Chronique du Bas-Saint-Laurent publié aux Éditions du Septentrion. Il a également écrit ou coécrit quatre autres livres portant sur l’histoire de Rimouski et de la région. Pendant 15 ans, il a aussi collaboré à la section Tourisme du plusieurs journaux dont La Presse, Le Soleil et Le Quotidien de Chicoutimi.


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