Nouvelle de 17 h La frustration accumulée guide les appels à la vengeance

La frustration accumulée guide les appels à la vengeance

Le vaccin arrive à temps pour éviter que la crise dégénère

La santé mentale collective des Québécois s’est beaucoup dégradée au cours des dernières semaines, notamment à Rimouski, toujours en raison de la pression exercée par la crise sanitaire sur chacun d’entre nous.

Dans le cadre d’une série d’articles avec la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier sur les impacts de la crise sanitaire, le journal le soir tente d’expliquer pourquoi une partie de la population a souhaité clouer au pilori publiquement deux entreprises soupçonnées d’être à l’origine d’importantes éclosions à Rimouski, alors qu’une autre partie s’est montrée plus indulgente, alléguant que chacun d’entre nous a sans doute, au moins une fois, transgressé les mesures sanitaires.



On a peut-être atteint le fond du baril en termes de climat social, alors que les opinions sont de plus en plus tranchées. Mais heureusement qu’il y a le vaccin et qu’il arrive à ce moment-ci, car Dieu sait où cela aurait pu nous mener.

Attaques violentes


« La tendance à pointer du doigt un coupable, un besoin qu’on voit beaucoup en ce moment, témoigne de la frustration accumulée depuis le début de la crise sanitaire », affirme la psychologue.

« Cela a lieu dans tellement de situations en ce moment! On est vraiment rendus dans les attaques très violentes. Il y a beaucoup, beaucoup d’agressivité, surtout via les réseaux sociaux. C’est assez marqué. Je ne peux pas prédire ce qui va se passer dans les prochains mois, mais le niveau de frustration et d’irritation par rapport à la pandémie, par rapport aux autres, est très élevé. On voit que tranquillement on s’en va vers mieux avec le vaccin, mais en même temps il y a une grande fatigue psychologique au sein de la population. On est à bout de ressources, on a beaucoup plus de difficulté à gérer nos émotions. On est donc beaucoup plus irritable collectivement. On est beaucoup plus impatient, aussi, envers les autres », constate madame Beaulieu-Pelletier.



Le discours se polarise

« Le discours se polarise. On a vu une recrudescence de la haine sur les réseaux sociaux en septembre et une autre vient de se produire. Les échanges sont de plus en plus vifs. De plus en plus cru, aussi. C’est normal qu’on voie ça en ce moment, dans le sens où on est dans une année où on se sent très impuissant. On n’a pas de contrôle sur ce qui se passe, même sur nos vies. Il y a plein de contraintes à suivre. Identifier un coupable permet de sortir sa frustration. Quand on pointe du doigt quelqu’un, c’est toute la frustration d’un an qu’on arrive à chasser, d’une certaine façon », remarque-t-elle.


La psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier. (Photo: courtoisie)

Les coupables changent

« Le fait de pointer du doigt a aussi une autre « fonction » : elle permet de trouver un responsable, donc de retrouver un certain contrôle. J’ai remarqué que les coupables changent au fil de semaines, un moment donné. Ce furent tour à tour les voyageurs, les grandes entreprises, les jeunes, la Santé publique. Les coupables changent! C’est comme si les gens tentaient de reprendre le contrôle sur la situation. On n’en a pas beaucoup. Si je suis capable de dire « les jeunes en ce moment c’est par eux autres que ça passe les éclosions », la suite du raisonnement est « visons-les, trouvons comment contrôler ça et ça va aller mieux », mais ce n’est pas si simple parce qu’il y a plusieurs causes à la pandémie. Ça permet quand même d’évacuer la frustration », commente madame Beaulieu-Pelletier.

Le vaccin

« Le vaccin est la lueur d’espoir. C’est vraiment ce qui nous permet de nous accrocher. C’est la différence entre maintenant et au début de la crise, avec le « Ça va bien aller » qui se voulait magique. Ce « Ça va bien aller », on ne savait pas à quel point ça nous permettrait de dire « Ça va bien aller ». Là, on le sait, même si on ne peut pas être sûr à 100% avec les variants, qu’avec la vaccination, plus ça avance et plus ça nous permet d’espérer un certain contrôle sur nos vies. Mais il faut faire attention avec le concept de retour à la réalité, parce que je ne suis pas sûre qu’on va revenir exactement comme au début. Espérons simplement de retrouver une vie tout court », poursuit la psychologue.

Résilience

Il faudra là encore faire preuve de résilience, conclut madame Beaulieu-Pelletier : « C’est certain. Quand on fait face à des changements, on peut avoir différentes réactions. En ce moment, on fait face à un gros changement social. Face à ces changements, certains vont s’y adapter rapidement, même en ne sachant pas ce qui s’en vient exactement. Pour d’autres, ce sera un peu plus long. Il y en a qui vont avoir peur, d’autres vont douter, mais vont probablement développer quand même un aspect positif, même si ça peut être plus long. Il y aura cette attitude, mais il y en a d’autres qui vont rester braqués longtemps. Il y en a qui vont trouver ces changements très blessants et  qui n’auront pas nécessairement les ressources pour voir comment utiliser ce moment pour avancer vers quelque chose qui pourra être positif. Tout ça est présent en même temps à l’intérieur de chacun de nous. »


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