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Nouvelle de 18 h

Des millions de dollars par mois perdus dans la région, faute de travailleurs

Des travailleurs de l’industrie alimentaire. (Photo: Unsplash photos)

Le constat est clair : les manufacturiers du Bas-Saint-Laurent ratent des occasions d’affaires importantes, faute de travailleurs. Cela occasionne des pertes de millions de dollars par mois pour la région.

C’est ce que constate, dans le cadre de sa vaste tournée virtuelle de consultation régionale concernant la pénurie de main-d’œuvre, l’organisme Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) qui a rencontré cette semaine des entreprises manufacturières du Bas-Saint-Laurent.

 « Cette rencontre de consultation a permis de mettre en lumière les impacts concrets de cette pénurie pour les manufacturiers du Bas-Saint-Laurent. Le bassin de travailleurs est vieillissant. Plusieurs départs à la retraite sont prévus dans les prochaines années. Les quarts de soir et de fin de semaine sont très difficiles à combler. Ce manque de travailleurs empêche la croissance des entreprises, nuit à l’innovation et freine une augmentation des exportations. La vitalité des PME manufacturières de la région est en jeu », affirme Véronique Proulx, présidente-directrice générale de MEQ.

Plus de 10 000 emplois

Selon le Portrait manufacturier des régions du Québec, en 2019, il y avait 345 établissements manufacturiers et 10 800 emplois manufacturiers dans le Bas-Saint-Laurent.

Selon MEQ, les manufacturiers du Bas-Saint-Laurent sont mobilisés pour trouver des solutions, dont:

 – Mieux faire connaître le secteur manufacturier auprès des jeunes. Lors de cette rencontre, il a été question de mieux faire connaitre le secteur manufacturier afin de démystifier ce qui se fait dans ces entreprises et déconstruire les préjugés. Cela permettrait notamment d’attirer davantage de jeunes dans ce secteur. Il faut d’ailleurs faire davantage de promotion des emplois manufacturiers auprès des jeunes.

 – Assouplissements des règles en matière d’immigration pour mieux répondre aux besoins des entreprises. Les entreprises présentes ont mis de l’avant toute la complexité, les coûts et la lourdeur administrative du programme des travailleurs étrangers temporaires. Il a été suggéré de simplifier ce programme, de réduire les délais et d’au moins doubler la limite de 10% par usine imposée aux employeurs quant au pourcentage de travailleurs étrangers temporaires qu’ils peuvent embaucher au sein de leur effectif.

Alléger

« De plus, il faut s’assurer d’alléger les processus, surtout dans un contexte où il y a deux paliers de gouvernement qui se renvoient la balle. Par ailleurs, pour ces entreprises, l’immigration temporaire n’est pas une solution durable et il faut s’assurer de favoriser l’installation sur le long terme tout en misant sur l’intégration de ces personnes immigrantes », remarque MEQ, ajoutant qu’il faut :

 – Favoriser l’automatisation et la robotisation. Plusieurs des entreprises présentes ont opté pour l’automatisation et la robotisation. Elles ont déployé des efforts et des investissements considérables pour s’équiper et améliorer leur productivité. Par contre, leurs besoins de travailleurs demeurent et ont même augmenté. Elles recherchent plus de travailleurs occupant des postes spécialisés pour opérer les équipements. De plus, l’automatisation et la robotisation ont également leurs limites, surtout lorsque des produits sont faits sur mesure, par exemple.

– Mettre en place et bonifier les incitatifs financiers pour les travailleurs expérimentés. Dans un contexte de vieillissement de la population, il y a lieu de mettre en place et de bonifier les incitatifs financiers pour les travailleurs plus âgés, de manière à les encourager à rester sur le marché du travail. Il pourrait notamment être question de bonifier le crédit d’impôt aux travailleurs expérimentés, afin qu’il représente un réel incitatif de retour à l’emploi.

– L’accès à des services de garde, notamment avec des horaires flexibles, a été souligné comme étant un aspect favorisant davantage l’attraction et la rétention, surtout des femmes, dans le secteur manufacturier.

« Le gouvernement du Québec souhaite avoir plus de produits fabriqués au Québec et c’est une bonne nouvelle! Toutefois, si l’on veut fabriquer davantage ici, il faut s’assurer de donner les outils nécessaires aux entreprises manufacturières afin qu’elles puissent augmenter leur productivité et les rendre plus compétitives. Pour y parvenir, le gouvernement doit prioriser des actions spécifiques à notre secteur notamment en nous donnant accès aux travailleurs dont nous avons tant besoin », note madame Proulx.

L’enjeu du jour

 Pour le président, directeur général de la Société de promotion économique de Rimouski, Martin Beaulieu, le sujet est préoccupant non seulement pour les entreprises manufacturières, mais aussi pour toutes les entreprises.

« La main-d’œuvre, c’est l’enjeu du jour pour les entrepreneurs. Différents leviers sont actionnés pour contrer le problème : recours à la technologie, ajustements des quarts de travail, primes, salaires plus généreux, afin de conserver la main-d’œuvre. Il y a des entrepreneurs, qui travaillent sur « la marque entreprise» qui les distinguent par le traitement qu’ils accordent à leurs employés : les avantages qu’ils leur donnent, le sentiment d’appartenance, les valeurs de l’entreprise. Il faut être plus à l’écoute de ses employés et leur donner des bénéfices qui font une différence pour assurer leur rétention. »

Un recul

La crise sanitaire a provoqué un recul dans le recrutement de la main d’œuvre, en mettant un frein à une des solutions préconisées pour combattre la pénurie de main-d’œuvre, le recours aux travailleurs d’expérience, les retraités qui acceptent de travailler souvent 20 heures par semaine pour arrondir leurs fins de mois. Une autre solution avancée par des spécialistes de la main-d’œuvre il y a deux ou trois ans était le recours aux personnes ayant un léger handicap.

« Pour les gens qui ont un léger handicap, il existe plusieurs programmes d’intégration au travail qui semblent efficaces, mais sur le plan des travailleurs d’expérience, un des problèmes est que la crise sanitaire a fait perdre beaucoup d’employés de cette catégorie à nos entreprises. Une bonne partie de cette catégorie de travailleurs a décidé de cesser de travailler, parfois par crainte de la propagation de la COVID-19. L’incitatif fiscal n’est pas à point et si on a 62 ans ou 65 ans et qu’on est obligé de travailler dans une quincaillerie avec un masque, ce n’est pas super attrayant. Ce sont aussi des travailleurs qui ne sont pas assez valorisés. Il faut espérer qu’il y aura un retour de la part de certains. Aussi, il y a un phénomène qui peut paraître marginal et qui est bien là : il y a des gens qui étaient dans d’autres secteurs et sont allés travailler en santé, dans les centres d’hébergement et les cliniques de vaccination. On avait une pénurie de main-d’œuvre et en plus, il y a des déplacements », constate monsieur Beaulieu.

Logements et garderies

Il est clair qu’il faut plus de logements et plus de garderies à Rimouski pour attirer et conserver de nouveaux ménages qui apporteront de nouveaux travailleurs.

« Pour les garderies et des logements, il faut rester positif : il y a des projets qui s’en viennent. Pour le logement, j’ai l’impression que la pénurie sera réglée l’an prochain. »

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