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Chasser sur Anticosti, là où tous les rêves sont permis !

Ernie Wells raconte sa magnifique expédition de 2023
Un beau cerf mâle de presque onze pointes, récolté après quelques heures de traque, sous la pluie battante, dans la forêt anticostienne, et qui a finalement répondu à mes appels sur le « grunt ». (Photo journallesoir.ca- Ernie Wells)

Alors que les cerfs du centre de l’Île d’Anticosti passent l’hiver dans leurs ravages de la sapinière centre-sud, et que d’autres demeurent dans leurs habitats toutes saisons, les chasseurs qui ont connu une saison 2023 exceptionnelle, n’ont qu’un désir, y retourner!

Tout en souhaitant que Dame Nature réserve aux cerfs Menier un hiver aussi clément que celui de l’an dernier, suivi d’un printemps hâtif, deux conditions garantes d’une saison de chasse aussi giboyeuse que la précédente.

D’un bout à l’autre de l’île, d’Ouest en Est, du Nord au Sud, les densités de cervidés ont impressionné des guides aguerris. À la descente de l’avion à l’Aéroport de Rivière-aux-Saumon, dans l’Est, l’un d’eux affirmait qu’il n’avait pas vu autant de cerfs depuis les 12 dernières années.

J’en étais, à la mi-novembre, à mon premier séjour dans le secteur de Rivière-Bell. Le responsable du service à la clientèle de SÉPAQ-Anticosti, Daniel Lévesque, m’a conseillé de découvrir de ce territoire que je ne connaissais pas. Quelle bonne idée !

« Jamais on n’aurait pu imaginer avoir une aussi bonne année de récolte, avec autant de beaux « bucks » matures, en quantité tout au long de la saison. C’est une année de rêve », de commenter le #1 de SÉPAQ-Anticosti, Éric Harnois, croisé à l’aéroport. Les dimensions des couronnes des mâles récoltés ont obligé des ajustements afin de faciliter le transport aérien vers le continent.

C’est parti!

Au premier jour de chasse, après avoir récolté à 450 pieds, au fond d’une vaste plaine, ce qui semblait être une grosse femelle, mais qui devait s’avérer un « spike » respectable, le temps a changé le lendemain.

De Québec; ou de Mirabel, c’est sur les ailes de NOLINOR, à bord d’un Boeing 737-200, que les chasseurs atteignent l’aéroport de Rivière-Aux-Saumons, et de là, ils sont dirigés vers divers secteurs de l’Est de l’Île d’Anticosti, dont celui de Rivière-Bell. (Photo journallesoir.ca- Ernie Wells)

Au petit matin du second jour le 18 novembre, sous une pluie battante et des températures de 4°c à 6°c, laissaient présager une journée de chasse difficile. Mais les mâles matures ne craignent pas la pluie, surtout au pic du rut. La chasse fine est l’option. 

La pluie camoufle les pas et coupe les odeurs. Anormalement courailleux et peu méfiant dans la quête d’une biche chaleureuse, le « buck » vagabonde et commet des erreurs. Les bonnes conditions étaient réunies.

Surpris par un « buck »

Avenza Maps est l’outil requis pour pénétrer la forêt anticostienne. Le chasseur est le « point bleu » sur une carte détaillée du secteur.

Aux abords d’une grande « swamp », à quelques centaines de pieds, à gauche, je suis surpris par un cerf; je ne vois que son dos, qui pénètre calmement dans la lisière de la forêt. Il ne m’a ni senti, ni vu. Je le suis et je le revois clairement 30 minutes plus tard, calme et en mouvement. C’est un gros « buck ».

Je m’arrête et j’utilise mon « grunt call ». Je lance quelques rots. Rien. Je hausse la fréquence et la tonalité. Il a entendu mon « call », c’est clair. Après 10 – 15 minutes, je répète l’appel, mon « grunt » vers le bas, moins fort. J’arrête tout. Je suis immobile. Il pleut à seaux. Une demi-heure passe.

Sur le point d’abandonner, j’aperçois enfin le curieux venant vers moi. Tout d’un coup, sans raison, il bondit à 45 degrés vers la gauche. Je reste silencieux, immobile, dissimulé au travers de petits sapins assez hauts pour rester debout, plus à l’aise.

Le grand mâle se rapproche

Dix minutes passent; une éternité, et il vient dans ma direction. Il rebifurque vers la gauche, comme si d’instinct il doute. Je ne fais aucun bruit, il ne peut me sentir, alors quoi ?

De longues minutes passent. Je l’aperçois de nouveau, plus déterminé, il marche vers moi, balançant sa tête de chaque côté de son gros « body ». Je distingue sa large couronne. Impressionnante. Je le vois, je le vois plus. Je le vois, c’est un « big buck », ce qui confirme sa méfiance.

Sa curiosité est plus forte que lui. Je suis un intrus sur son territoire. Puis rien, il est où? Je ne détourne pas mon regard. Puis à quelque 75 pieds, il sort sa tête bien panachée au travers des arbres. Il regarde en ma direction. Je suis prêt, immobile, en joue.

Mon tir est fatal, il s’affaisse dans ses pistes. Quel beau chevreuil, quel « feeling » et quelle belle expérience de chasse.

Pas de magie tout est réel!

Il n’y a rien de magique sur l’île d’Henri Menier. Rien de fictif, tout est vrai, concret, réel. Pas d’actions symboliques réglées d’avance, ni d’effets irrationnels. Mais des rêves, il y en a en masse. « Tous les rêves sont permis sur Anticosti », reconnaît aussi Daniel Lévesque.

Je lui ai raconté la quête de mon « buck ». Au-delà de la récolte, sur Anticosti, le chasseur apprend à chasser… le cerf.  

Pas de magie, oui de la chance dans certains cas. Anticosti, c’est une « école » où l’on peut observer le cerf dans son habitat, ses comportements, en apprendre de ses réactions dans diverses situations, comment il réagit, c’est expérimenter différentes techniques de chasse et les adapter au fur et à mesure que la saison avance.

Une des multiples plaines typiques de l’île d’Anticosti, ici avec un petit lac en son centre, où le chasseur évolue en quête d’un cerf Menier. (Photo journallesoir.ca- Ernie Wells)

J’étais à Rivière-Bell à la mi-novembre, dans le pic du rut. Le « grunt call » était l’outil à privilégier. Le « rattling » attire des « bucks » matures en pré-rut et en post-rut. Au sommet du désir incontrôlable de s’accoupler, le grand mâle vagabonde à la recherche d’une biche accueillante.

La saison avance, le temps file, l’accouplement presse, pas le temps de se battre et de croiser son panache. Un seul séjour sur Anticosti vaut 10 années de chasse sur le continent, et bien davantage.

Rivière-Bell

Le chasseur expérimenté comme le novice, évolue sur un territoire très accessible composé de plusieurs chemins forestiers, de divers terrains de chasse; bord de mer, sentiers en forêt mature, vastes plaines, et « swamps » surprenantes.

En pavillon-auberge et en chalets, en plan américain guidé, repas fournis dignes des plus grandes tables, un guide pour 4 chasseurs, pick-up et VTT, Rivière-Bell accueille 28 chasseurs par séjour qui se succèdent en alternance dans sept secteurs, pendant cinq jours en début de saison et quatre jours en novembre.

Les chasseurs de 2023 ont été nombreux à réserver les mêmes dates pour 2024. À la fin de la dernière saison, le taux de « rebooking » était en avance sur 2023. Pour se renseigner sur les secteurs disponibles, parce qu’il en reste en plan américain en septembre et en octobre, on compose le 1 800 463-0863. Mais le contact humain est toujours préférable.

Le pavillon-auberge de Rivière-Bell compte aussi deux chalets, qui logent 28 chasseurs en tout. (Photo SÉPAQ-Anticosti)

SÉPAQ-Anticosti participe aux salons spécialisés de chasse et de pêche au cours de l’hiver. C’est le meilleur endroit pour rencontrer les guides et des représentants qui connaissent les territoires, les types de chasse et les secteurs disponibles pour 2024. 

Si en ce début d’année j’avais un souhait à formuler pour tout chasseur de chevreuil, c’est de découvrir le territoire de Rivière-Bell, de SÉPAQ-Anticosti. Et il y en a d’autres.

Mais quand je me remémore cette expédition de novembre 2023, avec mes trois autres partenaires qui ont tous prélevé leurs deux cerfs, c’est comme un rêve, mais bien réel, qui est passé trop vite, et qui demeure bien ancré dans ma mémoire.

Sans oublier que lorsqu’on chasse sur Anticosti, après une première récolte, ce n’est pas fini, il en reste une autre. Imaginez !

Et de plus, la chasse de groupe permet à un chasseur d’une même expédition, qui a complété son quota de deux chevreuils ; mâle, femelle ou veau, de chasser pour un compagnon afin de compléter sa chasse.

Et tout ça, ce n’est que sur l’Île d’Anticosti que ça se passe, où tout est vrai!

À lire aussi : Anticosti : un livre pour tout savoir sur l’île

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