Alexandre Texier : la carte cachée du Canadien
L'opinion de Robin Lebel
Alexandre Texier nous en met plein la vue depuis son arrivée à Montréal. Le premier à avoir cru en lui, avant tout le monde, c’est Martin St-Louis. Pourtant, bien des panélistes le voyaient comme un feu de paille, une étincelle passagère.
Opinion de Robel Lebel- Le Soir.ca
Le Snake Boivert, fidèle à lui-même, avait même prédit qu’il ne ferait pas long feu dans l’alignement du Canadien.
Rappelons que le même Snake affirmait, en septembre 2025, que Juraj Slavkovsky ne deviendrait jamais un joueur d’impact parce que ses passes étaient « faites à l’aveuglette, improvisées et imprécises ».
On connaît la suite. Le grand Slavkovsky fait aujourd’hui mentir toutes ces analyses de salon. Et Texier, lui aussi, force les sceptiques à ravaler leurs prédictions.
Benoît Brunet n’y croyait pas davantage, mais le jeune Français, dans un environnement qui lui ressemble enfin, déploie un hockey d’une maturité étonnante.
Vision du jeu supérieure, passes chirurgicales, intelligence offensive… il a récolté trois points, mercredi soir, dans la victoire du Canadien contre les Flames de Calgary. Il aurait pu en ajouter deux ou trois de plus si Cole Caufield avait eu un peu plus le compas dans l’œil.
L’exil d’un jeune Européen
On oublie trop vite ce que représente l’exil pour un jeune Européen qui débarque en Amérique du Nord. Texier est arrivé aux États-Unis sans parler un mot d’anglais. Il ne comprenait ni les consignes des entraîneurs ni les exercices à l’entraînement.
L’isolement a suivi, puis les allers-retours d’une équipe à l’autre. Jusqu’à ce moment brutal, en novembre dernier, où les Blues de St. Louis l’ont libéré sans condition. Une claque. Une remise en question.
Pourtant, le voilà aujourd’hui à Montréal, dans l’uniforme du Canadien, en train de vivre un véritable conte de fées.
Son éclosion tardive rappelle celle d’un autre joueur qu’on disait « ordinaire » à ses débuts : le légendaire Phil Esposito. Né en 1942, signé par Chicago en 1963, Esposito n’arrivait pas à s’imposer. Après quatre saisons plafonnant autour d’une vingtaine de buts, les Blackhawks l’échangent aux Bruins en 1967.
La suite appartient à l’histoire : 35 buts dès sa première saison à Boston, puis des campagnes de 50 buts, et même une incroyable saison de 76 buts, un sommet inimaginable à l’époque.
Je ne rêve pas d’un tel scénario pour Texier. Personne ne marque 76 buts par accident. Mais peut-on croire à des saisons de 30 buts à Montréal ? Oui, c’est permis. Oui, c’est plausible. Le talent est là, la confiance aussi, et l’environnement semble enfin aligné avec ce qu’il est.
Où logera la coqueluche ?
Reste une question qui fera jaser dans les prochaines semaines : lorsque les blessés reviendront, où logera la nouvelle coqueluche française dans l’alignement ?
Le Canadien ne perd plus, et les absents observent tout ce qui se passe. Eux aussi se posent des questions. C’est là que Texier devient fascinant : il ne force rien, il s’impose simplement par la qualité de son jeu.
Ce genre de joueur, dans une équipe qui se cherche encore une identité offensive, finit toujours par trouver sa place.
Texier n’est peut-être pas un miracle, mais il est la preuve vivante qu’un joueur peut renaître lorsqu’on lui offre confiance, stabilité et un rôle clair. Montréal lui donne tout cela.
Lui, en retour, offre au Canadien un souffle inattendu, presque poétique : celui d’un joueur qu’on croyait perdu et qui, soudain, éclaire la glace comme s’il avait toujours été destiné à y briller.

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