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Survivre à François Legault : d’importants défis attendent la CAQ

Redorer le blason d’un parti usé et impopulaire
Le premier ministre du Québec, François Legault (au centre), en compagnie de plusieurs ministres. (Photo La Presse Canadienne- Jacques Boissinot)

À moins de neuf mois des élections, le prochain leader de la Coalition avenir Québec (CAQ) aura fort à faire pour tenter de redorer le blason d’un parti usé et impopulaire. Il devra également rassembler des troupes provenant de divers horizons et idéologies derrière une position claire sur un enjeu qui teintera la prochaine campagne électorale: la place du Québec dans la fédération.

Par Stéphane Blais- La Presse Canadienne

L’un des plus gros défis qui attend le nouveau chef ou la nouvelle cheffe de la CAQ sera de prendre position sur l’avenir du Québec à l’intérieur du Canada, selon le politicologue Simon Dabin.

« Tout semble montrer que les prochaines élections vont être rythmées» par cette question et le prochain chef de la CAQ devra « tenir ensemble des députés qui ont des opinions diverses et variées sur un certain nombre de sujets », dont la place du Québec dans le Canada, avance le chargé de cours à l’Université de Montréal.

François Legault est un ancien souverainiste et la CAQ est composée d’un mélange d’anciens séparatistes, de fédéralistes et de députés dont on ignore la position passée ou future sur l’indépendance du Québec.

« Le positionnement autonomiste de la CAQ, une position qui avait du sens il y a encore huit ans, va être compliqué à défendre dans une campagne » où la souveraineté risque d’être au cœur des débats, selon Simon Dabin.

L’autonomisme fait référence à l’idée que le Québec forme une nation distincte du reste du Canada, qui cherche à faire des gains pour la province tout en restant au sein de la fédération.

La Coalition avenir Québec s’est toujours définie comme une troisième voie entre le fédéralisme des libéraux et l’indépendantisme du Parti québécois.

À 11 % dans les intentions de vote

La survie de la CAQ, à 11 % dans les intentions de vote dans les derniers sondages, pourrait dépendre de son prochain leader et Frédérick Bastien, professeur en science politique à l’Université de Montréal, rappelle que le chef qui a démissionné mercredi «n’est pas n’importe quel chef, c’est le fondateur du parti».

Or, la capacité d’un parti politique à «survivre» à son premier chef est une étape importante dans « l’institutionnalisation d’un parti, dans son développement et sa pérennité ».

Est-ce que la CAQ demeurera un parti important sans François Legault? « C’est difficile à prédire et ça dépend de la personne qui lui succédera », répond Frédérick Bastien.

Selon André Lamoureux, qui enseigne au département de science politique à l’UQAM, « le passage du pouvoir à la CAQ pourrait s’effectuer du côté de Sonia LeBel ou de Simon Jolin-Barrette », respectivement ministre de l’Éducation et ministre de la Justice.

Simon Dabin a également évoqué ces deux noms comme possibles successeurs de François Legault.

Peu importe si le prochain premier ministre provient de l’intérieur ou de l’extérieur de la formation de François Legault, remettre à flot le navire de la Coalition avenir Québec avant les prochaines élections s’annonce difficile, presque insurmontable, selon les politicologues questionnés par La Presse Canadienne.

Le premier ministre du Québec, François Legault (Photo courtoisie Émile Nadeau)

« Il peut toujours y avoir des surprises en politique, mais, pour l’instant, je ne vois personne qui pourrait » jouer le rôle de « sauveur », soutient André Lamoureux.

« On a perdu de l’argent, des centaines de millions pour ne pas dire des milliards de dollars dans des projets qui n’ont pas abouti » et « il y a eu les enquêtes du commissaire à l’éthique, le troisième lien, l’imbroglio à la SAAQ, alors tout ça fait que la confiance est tombée ».

Si, toutefois, c’est une personne de l’extérieur « qui a un bon capital, un tirant d’eau, une certaine notoriété, un bon réseau, là, ce serait possible de remonter la pente », selon Frédérick Bastien.

« Pas au point de former un troisième gouvernement majoritaire, mais assez pour ne pas être rayé de la carte. »

Démissions à la veille d’élections

Si le passé est garant de l’avenir, note le politicologue Simon Dabin, il est difficile pour un politicien de gagner des élections après avoir remplacé un premier ministre démissionnaire.

« Lors de la démission de René Lévesque, Pierre Marc Johnson l’a remplacé et le PQ a perdu les élections en 1985 » et, « lors de la démission de Robert Bourassa, un autre Johnson, Daniel, l’a remplacé » pour ensuite mordre la poussière aux élections suivantes, souligne l’enseignant.

L’élection de Mark Carney à la tête du Parti libéral du Canada était toutefois une exception, souligne Frédérick Bastien.

Le premier ministre Mark Carney rencontre des électeurs. (Photo courtoisie)

« Mais celui-ci a profité aussi d’une certaine faiblesse de son principal adversaire face à un enjeu très précis », imposé par l’élection de Donald Trump.

« C’était une situation exceptionnelle et ce serait un peu étonnant que ça se reproduise à nouveau », ajoute le professeur Bastien.

Choisir un remplaçant rapidement

Le Conseil exécutif national du parti doit se réunir ce mercredi en soirée pour commencer à échafauder les règles de la course.

« Ils ont très peu de temps avant les élections et deux éléments seront à surveiller », indique le professeur Bastien.

« D’abord, il y a le calendrier, jusqu’à quel point ce sera une course précipitée, comme c’est le cas au PLQ en ce moment? Ou alors, est-ce qu’on prendra un petit peu plus de temps pour aller jusqu’en mai ou juin? »

Ensuite, ajoute le professeur, il faut surveiller quelles seront les conditions de la course.

« Est-ce qu’on fixera des conditions difficiles à atteindre pour chercher à réduire au maximum le nombre de candidats possibles? Par exemple, quel sera le montant d’argent à déposer pour pouvoir être candidat? Combien de signatures faudrait-il avoir recueillies? »

Les prochaines élections générales provinciales sont prévues le 5 octobre 2026 au Québec.

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