La ville qu’on construit… et celle qu’on attend
L'opinion de Robin Lebel dans Le Soir.ca!
Rimouski traverse actuellement une drôle de période. Une ville qui avance, mais qui avance en zigzag. On dirait un chantier à ciel ouvert où chaque cône orange raconte une histoire différente. Certains y voient le signe d’une ville en mouvement. D’autres, un casse-tête permanent. La vérité, comme souvent, se situe quelque part entre les deux.
Opinion de Robin Lebel
Prenons un pas de recul. Depuis quelques années, Rimouski multiplie les projets d’infrastructures avec les réfections de rues, la modernisation d’installations sportives, la revitalisation de secteurs vieillissants, des ambitions pour le centre-ville, sans oublier les débats récurrents sur le transport et l’aménagement du littoral.
Pris individuellement, chaque projet a du sens. Collectivement, ils soulèvent une question simple : où s’en va Rimouski ?
Parce qu’un chantier, ce n’est jamais juste du béton. C’est une vision. Ou parfois, l’absence de vision.
Sur le terrain, les citoyens le ressentent. Les travaux s’étirent, les détours s’accumulent et les commerces du centre-ville encaissent chaque fermeture de rue comme un nouveau coup de vent dans une tempête déjà bien installée. Rien de nouveau sous le soleil québécois.
Mais ici, dans le Bas-Saint-Laurent, chaque projet résonne un peu plus fort. On n’a pas la densité d’une grande ville pour absorber les contrecoups sans en subir, tôt ou tard, les coûts sur nos comptes de taxes.
Cela dit, il faut aussi le reconnaître. Rimouski change réellement. Et ce changement devient plus visible lorsqu’on lève les yeux pour regarder ce qui se construit.
Les projets de revitalisation, par exemple, ne sont pas que des mots dans un communiqué. Ils redonnent vie à des secteurs qui en avaient besoin.
Rues refaites, trottoirs élargis, espaces repensés : tout cela contribue à une ville plus humaine, plus marchable, plus vivable. On peut critiquer les délais, mais il est difficile de nier l’intention.
ADN collectif
Même constat du côté des infrastructures sportives et communautaires. Dans une région où le sport fait partie de l’ADN collectif, moderniser les installations et ériger un centre multisport, c’est investir dans la jeunesse, la santé et le tissu social. Ce n’est pas toujours spectaculaire, mais c’est essentiel.
Là où le bât blesse, c’est dans la cohérence. Rimouski avance, oui, mais avance-t-elle dans la même direction partout ? On a parfois l’impression d’une ville qui réagit plus qu’elle ne planifie. Une ville qui éteint des feux plutôt que de tracer une route.
Une ville qui veut être moderne, mais qui hésite encore à se définir clairement : maritime, universitaire, technologique, touristique, culturelle ? Peut-être un peu de tout, mais pas encore assez d’un seul pour en faire une véritable signature.

C’est là que les chantiers deviennent symboliques. Ils montrent ce qu’on construit, mais aussi ce qu’on n’ose pas encore construire.
Au-delà des rues et des trottoirs, Rimouski doit se poser des questions de fond. Comment attirer et retenir les jeunes familles ? Comment soutenir les commerces locaux dans un contexte économique fragile ? Comment protéger le littoral sans freiner le développement ? Comment devenir une ville où l’on reste ?
Les réponses ne se trouvent pas uniquement dans l’asphalte. Elles résident dans la vision politique, la participation citoyenne et la capacité de la ville à se projeter dans 10, 20 ou 30 ans.
Refuser de s’éteindre
Il y a toutefois une bonne nouvelle. Les chantiers, malgré tout, sont un signe de vie. Une ville qui ne construit plus est une ville qui s’éteint. Rimouski, elle, refuse de s’éteindre. Elle se transforme, parfois maladroitement, parfois brillamment, mais toujours avec cette énergie propre au Bas-Saint-Laurent : résiliente, tenace, un peu têtue, mais profondément attachée à son avenir.
Alors oui, on peste contre les chantiers l’été. On soupire devant les détours. On se demande si ça va finir un jour. Mais au fond, on sait que Rimouski est en train de se redessiner.
Et que, dans quelques années, on regardera ces travaux comme une étape nécessaire, peut-être même fondatrice, de la ville qu’on veut devenir.

En attendant, on avance. Comme les chantiers : un peu en zigzag, parfois dans l’inconnu, notamment à cause d’un manque de communication parfois embarrassant de la part de nos élus. Mais toujours en regardant vers l’avant.
Au fond, ce sont peut-être aussi les citoyens qui ont été pris de court par la vitesse à laquelle les projets sortent de terre. Et à cela, malgré tout, on peut dire bravo. Preuve que cette réflexion collective nous bouscule, comme contribuables, dans tous les sens.

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