Prédictions 2026 : les illusions de l’avenir
L'opinion de Robin Lebel
Les prédictions les plus farfelues et les plus dangereuses de 2026 se concrétiseront-elles vraiment ?
On dirait que chaque fois qu’un événement secoue un peu la planète, une tempête, une élection, un volcan qui éternue, quelqu’un surgit d’un forum obscur pour déclarer, triomphant : « Ça avait été prédit ! Nostradamus l’avait dit ! Untel l’avait vu venir ! »
Comme si l’humanité avait développé une dépendance à ces prophètes recyclés, ces diseurs de malheur qui reviennent chaque année comme un vieux feuilleton qu’on n’arrive pas à annuler.
Connaissez-vous Baba Vanga? Il s’agit d’une voyante bulgare, née en 1911 à Strumica, en Macédoine du Nord et morte en 1996 à Pétritch, en Bulgarie. Peu connue dans les pays occidentaux, elle était considée comme une véritable « icône » dans les pays de l’ex-bloc communiste.
Devenue aveugle à l’âge de 12 ans, elle aurait notamment « prédit » l’élection d’un président afro-américain, la date de décès de Staline, les attentats du 11 septembre 2001 et la « présence d’extraterrestres parmi les êtres humains ». Le fait qu’elle ait réellement fait ces prédictions est néanmoins contesté.
Cette prophétesse a été ressortie du grenier numérique, brandie comme preuve ultime que tout ce qui arrive était écrit quelque part dans un cahier poussiéreux.
Le scénario reste toujours le même : une personne âgée, malade, à bout de souffle, qui aurait murmuré des avertissements avant de mourir.
Et hop, on ressort ça en 2026 comme s’il s’agissait d’une révélation toute fraîche. Un vrai disque rayé qu’on nous repasse encore et encore.
Ce qui fascine, ce ne sont pas tant les prédictions elles-mêmes, souvent vagues, élastiques, interprétables à volonté, que la manière dont on s’y accroche. Plus une prophétie demeure floue, plus elle devient adaptable.
Une phrase ambiguë peut soudain expliquer un tremblement de terre, une crise économique ou la disparition d’un influenceur. Il suffit d’un peu d’imagination et d’un bon montage TikTok pour transformer une banalité en vision mystique.
Pourtant, quand on regarde froidement, aucune de ces prédictions ne résiste à l’analyse. Elles sont souvent reformulées après coup, interprétées à la loupe, remodelées pour coller à l’actualité.
C’est comme lire l’horoscope du jour et se convaincre que tout était prévu parce qu’on a renversé son café le matin. L’esprit humain adore trouver du sens, même là où il n’y en a pas.
Pouvoir d’influence
Ce qui rend ces prophéties dangereuses, ce n’est pas leur contenu, mais leur pouvoir d’influence. Elles créent un climat où la peur devient un argument, où la fatalité remplace la réflexion.
On finit par croire que tout est écrit d’avance, que nos choix ne comptent plus, que l’avenir constitue un scénario déjà tourné. Et ça, c’est le terrain idéal pour les charlatans, les gourous improvisés et les vendeurs de solutions miracles.
Nostradamus, Baba Vanga ou n’importe quel « prophète » recyclé : on les ressort dès qu’on cherche un frisson. Ils servent de décor à nos angoisses modernes.

Ils rassurent certains, inquiètent d’autres, mais surtout, ils évitent de poser la vraie question : pourquoi avons-nous tant besoin de croire que quelqu’un, quelque part, sait ce qui va arriver ?
Peut-être parce que l’incertitude effraie. Peut-être parce que l’avenir représente un territoire trop vaste, trop mouvant, trop imprévisible. Alors on se tourne vers des figures qui prétendent l’avoir cartographié, même si leur carte ressemble davantage à un gribouillis qu’à un plan.
Décisions humaines
La vérité, c’est que 2026 ne sera pas façonnée par des prophéties, mais par des décisions humaines, des erreurs, des coups de génie et des imprévus. Rien n’est écrit. Rien n’est garanti. Et c’est précisément ce qui rend l’avenir intéressant.
Les prédictions continueront de circuler, bien sûr. Elles font partie du folklore moderne. Mais on peut choisir de les regarder pour ce qu’elles sont : des histoires. Parfois amusantes, parfois inquiétantes, mais rarement fiables.
Et si on cessait de donner autant de pouvoir à ces vieux disques rayés ? Si on se fiait davantage à notre jugement, à notre capacité d’agir, à notre intelligence collective ? L’avenir paraîtrait peut-être moins effrayant… et beaucoup plus libre.
Au fait, est-ce vrai que Donald Trump sera destitué avant la fin de l’année ?

