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Traduction Google : traduire ou trahir ?

Logiciel gratuit et sans publicité lancé en 2006
Google Traduction a été lancé en 2006 (Photo Shutterstock)

Peut-on se fier au logiciel de traduction Google ? Ce logiciel a été lancé en 2006, il y a déjà 20 ans. Jamais nous n’aurions pensé, il y a quelques décennies, qu’un tel programme informatisé pourrait réussir à traduire instantanément, d’une langue à l’autre, à peu près tous les textes qu’on lui proposerait.

Ce service de traduction automatique est non seulement très surprenant, mais en plus, il est gratuit sur internet et il n’affiche aucune publicité. Il peut traduire un texte ou une page web en quelques secondes, dans plus d’une centaine de langues.

Le programme est basé sur un corpus de textes multilingues de plus d’un million de mots et de différents corpus d’une multitude de mots dans chacune des langues.

Google utilise principalement le vocabulaire des documents de l’Organisation des Nations Unies, avec ses six langues officielles, pour faire fonctionner son logiciel.

Le logiciel est-il parfait ? Il est rapide et performant, assurément. Pour des phrases assez simples et sans trop d’ambiguïtés, on peut s’y fier.

Cependant, lorsqu’il y a des tournures syntaxiques ou des expressions familières, qui peuvent être très variées d’une langue à l’autre, c’est préférable d’être très prudent! Surtout quand les deux langues sont très éloignées l’une de l’autre dans leurs origines…

Enquête

Pour faire face au défi, j’ai mené une petite enquête amusante afin de vérifier le degré de fiabilité de Google Traduction. Il s’agissait de proposer quelques phrases typiques et ensuite de faire « retraduire » celles-ci en français!

Voici donc trois phrases qui ont été soumises au logiciel.
A/ La première est tout élémentaire : «J’ai mangé une délicieuse pomme rouge hier matin.»

B/ La deuxième est un peu plus compliquée : «Même s’il réussit à tirer son épingle du jeu la plupart du temps, il avait d’autres chats à fouetter. »

C/ La troisième se situe à un niveau de langage populaire et très québécois : «Arrête de tataouiner, cimonak, pis va débarrer la porte, ta blonde s’en vient icitte!»

Voici les résultats.

A/ Pour la première phrase, quand on traduit dans une autre langue et qu’on la fait retraduire immédiatement en français, la traduction est restée la même dans la plupart des cas. En espagnol et en indonésien, on arrive à : «j’ai eu une délicieuse pomme…» au lieu de «j’ai mangé…». Dans quelques langues, c’est le mot «sucrée» qui surgit, au lieu de «délicieuse», sans doute une influence de «sweet». Mais dans l’ensemble, la nouvelle phrase demeure presque parfaitement fidèle à l’originale. Note : 9,5 sur 10.

B/ La deuxième phrase permet de constater comment le logiciel fonctionne avec des expressions propres à une langue, du genre : «tirer son épingle du jeu» et «d’autres chats à fouetter». Il les élimine, tout simplement… Après avoir été traduite dans une autre langue (peu importe laquelle…) et retraduite en français, la phrase est devenue : « Même s’il réussissait la plupart du temps, il avait autre chose à faire » ou bien « Bien qu’il ait réussi pendant longtemps, il lui restait encore beaucoup à faire. » C’est quand même une belle performance, même s’il manque beaucoup de saveur… Note : 6,5 sur 10.

C/ Dans la troisième phrase, le «tataouinage» et le «débarrer» ont pris d’autres habits,mais on constate que la signification générale peut varier selon la langue dans laquelle elle a été traduite. Lorsqu’on la redemande en français, on peut obtenir : «Arrête de bavarder…» ou «Arrête de parler…». Le mot «cimonak» est resté tel quel dans certains cas, mais dans d’autres, il est devenu «Simon…», «Simonk…» ou «Tsimonak…». «Va débarrer la porte…» a été traduit par : «Va dévisser la porte…», «Ouvre la porte…», «Visse la porte…» ou même «Lâcher la porte…». Et «ta blonde s’en vient icitte…» est devenu : «ta copine vient ici», «ta copine est là», «ta fille vient ici», et aussi «votre petit ami vient ici»… Note : 4,5 sur 10.

Haute voltige

Ensuite, pour se lancer un peu dans la haute voltige, chacune des trois phrases a été traduite à répétition dans dix langues différentes, au hasard, l’une après l’autre, pour voir si au dénouement de ces dix traductions consécutives la phrase garderait tout son sens d’origine lorsque redevenue en français.

A/ Effectivement, après un cheminement dans dix traductions, la première phrase est restée très fidèle à celle du départ. Elle est devenue : «J’ai mangé une belle pomme rouge hier matin.» Surprenant !

B/ La deuxième phrase, après une série de dix traductions au hasard, a également réussie à rester compréhensible : «Bien qu’il réussisse depuis longtemps, il a encore quelque chose à faire.»

C/ Enfin, après l’épreuve de dix traduction successives, on pouvait s’attendre au pire pour la troisième phrase, avec son allure très familière.

En réalité, la phrase est devenue : « Ne parlez pas. Simonak. Allez à la porte. Votre petit amie est ici »

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