Le terrible étau des Kurdes
Bande dessinée de l’auteure Kudret Gunes
L’actualité internationale se concentre surtout au Moyen-Orient ces temps-ci, et il ne faut pas oublier que les populations kurdes vivent à proximité de cette zone infernale. La bande dessinée intitulée La liberté dans le sang s’applique à raconter le terrible étau dans lequel les Kurdes se retrouvent.
L’auteure Kudret Gunes, née en Turquie, et le dessinateur français Christophe Girard nous font vivre l’histoire d’une femme qui est appelée à participer à la guérilla qui se déroule au Moyen-Orient.
En 2025, madame Gunes a été accusée par un tribunal en Turquie pour «apologie au PKK» (éloge du Parti des travailleurs du Kurdistan, considéré comme mouvement terroriste en Turquie).
Dans l’histoire de ce livre, le personnage principal, Rojin, est une jeune femme qui a grandi en France, d’un père kurde et d’une mère française, décédée accidentellement.
Habitant à Paris, Rojin est inquiétée par les islamistes qui voudraient en faire une épouse soumise. Ceux-ci admirent sa beauté métissée et ils éprouvent du plaisir à se confronter à une fille qui résiste…
Elle réussit à leur échapper et elle décide alors de se diriger vers la Turquie, le pays de son père, dans l’intention de combattre l’État islamique (Daech).
Il est nécessaire d’expliquer qu’en 1923, le territoire des peuples kurdes a été partagé entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie.
Les Kurdes sont plus de 40 millions dans le monde, mais une grande partie, plus de 15 millions, se trouvent dans l’est de la Turquie, où les autorités turques leur mènent la vie dure. Ils ne sont même pas autorisés à parler leur langue…
Résistance
Mais les Kurdes continuent de résister. Ils souhaiteraient bien sûr être regroupés dans un même pays, le Kurdistan, mais les quatre pays où ils sont implantés ne veulent surtout pas perdre une partie de leur territoire respectif.
Selon les régions, sous l’influence de la géographie et de l’histoire, la langue kurde s’exprime dans différents dialectes et s’écrit dans trois alphabets différents : latin, cyrillique et arabe. Les Kurdes ne sont ni arabes, ni juifs, mais ils pratiquent la religion musulmane sunnite.
Rojin se retrouve donc à Diyarbakir, ville située dans l’est de la Turquie. C’est là qu’elle retrouve sa tante et qu’elle apprend que son cousin Erdal a disparu. La police le recherche, le considérant comme un déserteur.
Après un séjour désagréable dans une prison turque, Rojin décide d’aller combattre en Syrie, en espérant retrouver son cousin.
Dans le nord de la Syrie, elle arrive au cœur de l’enfer où l’État islamique refoule les Kurdes avec une brutalité pire que celle des Turcs. Rojin s’implique dans la résistance armée.
Au terme d’une escarmouche, elle est faite prisonnière à Raqqa, où on tente de la vendre pour sa beauté. Elle réussit à s’échapper avant d’être exploitée dans un harem.
Blessée, elle parvient finalement à revenir à Paris, grâce à un ami journaliste. Après s’être fait soigner, elle apprend qu’elle est enceinte, en plus d’être toujours menacée par Daech…
Malgré des sauts parfois décousus dans l’histoire, cette bande dessinée aide à mieux saisir la complexité des embûches vécues par les Kurdes, dans un monde désespérément turbulent.

La liberté dans le sang, par Kudret Gunes et Christophe Girard, Marabulles, 2024, 160 pages.
Pour lire d’autres chroniques sur la lecture : https://journallesoir.ca/category/lecture/

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