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Le problème d’Air Canada

L'opinion de Mario Bélanger
Le président et chef de la direction d’Air Canada, Michael Rousseau (Photo courtoisie)

Oui, ça peut sembler curieux. J’essaie de comprendre, psychologiquement, pourquoi la grogne contre le président et chef de la direction d’Air Canada, Michael Rousseau, est soudainement sortie, comme un coup de tonnerre généralisé, alors qu’un terrible accident d’avion a causé la mort de deux jeunes pilotes.

Selon le National Post, ça manque de respect cette agitation publique sur une question de langue d’usage alors qu’on fait face à une tragédie. So disgusting!

On ne l’a vraiment pas vu comme ça au Québec.

D’abord, il y a eu l’accident d’avion. Tout le monde a été consterné.

Dans la population, les gens sont vraiment très en peine, bouleversés par la situation, mais on sait qu’on ne peut rien faire pour changer ce qui est arrivé, plus rien à faire pour effacer le drame. On couve sa peine, impuissants devant cet horrible événement.

C’est précisément là que Rousseau arrive avec son épouvantable manque de respect et de compassion pour la famille et les proches des disparus, en s’adressant à eux en anglais. Comme si c’était tout à fait normal.

Attention! Ce gars-là provient d’une famille francophone de l’Ontario et il est complètement assimilé. (Le risque d’assimilation, ça fait partie de nos obsessions, au Québec)

Ce gars-là habite à Montréal, ville majoritairement francophone, il est marié avec une francophone, il refuse de dire deux phrases en français. Il a pourtant eu dans sa vie toutes les occasions de se débrouiller dans cette langue.

Ce gars-là n’est pas un illustre inconnu qui pourrait s’organiser uniquement en anglais dans la vie.

Rousseau a un poste de direction d’une grande entreprise qui est tenue de fonctionner dans les deux langues officielles. Il est grassement payé. Mais il refuse d’apprendre quelques phrases en français.

En plus, ce gars-là avait publiquement promis, il y a quatre ans, de fournir des efforts pour s’exprimer en français.

Il ne l’a pas fait, visiblement. (Carney n’est pas toujours à l’aise en français, mais il fournit des efforts sincères et il se débrouille bien, finalement!).

C’est pathologique

Rousseau est un menteur. C’est pathologique. Il est dans un poste d’autorité de premier plan, c’est lui le porte-parole principal, et il est incapable (il refuse) d’offrir deux phrases de condoléances en français à une famille endeuillée. C’était la goutte qui a fait déborder le vase.

En tant que porte-parole d’une grande compagnie bilingue, Rousseau, visiblement, ridiculise l’importance du français en tant que langue officielle. (On se demande pourquoi le Conseil d’administration d’Air Canada a choisi à sa tête quelqu’un d’aussi peu réceptif par rapport à la langue et à la culture francophone? Grande question!)

Dans la population au Québec, c’est le ras-le-bol face à l’hypocrisie, déjà alimentée par l’incompétence en français de la gouverneure-générale et de bien d’autres cas de promesses d’apprendre le français, jamais tenues…

Les Québécois ont à la mémoire les milliers de plaintes acheminées à cette compagnie sur son manque de respect pour une des langues officielles.

Alors, il faut comprendre : quand Rousseau a fait sa sortie, in English only, face à une population très affectée et impuissante face à ce drame sur le tarmac de LaGuardia, c’est comme si une bombe à retardement avait sauté soudainement.

La langue, au Québec, c’est une question très sensible. Tant que les chroniqueurs canadiens-anglais ne l’apprendront pas, ce sera difficile de recoller les morceaux de cette courtepointe qu’est le Canada…

Quand est-ce que le Canada anglais va se rendre compte de ça et le prendre au sérieux ? Au prochain référendum, je pense que les «I love you» au Québec, en provenance des anglophones qui viennent se promener en grand nombre au centre-ville de Montréal, aux frais d’Air Canada, n’auront pas le même impact qu’en 1995.

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