L’absence d’abattoir freine les petits éleveurs
Solutions coûteuses pour mettre leur production sur le marché
Au Bas-Saint-Laurent, l’absence d’abattoir pour la volaille oblige les petits producteurs à trouver des solutions coûteuses pour mettre leur production sur le marché. C’est le cas de la ferme La Caboche de Mont-Lebel.
L’entreprise familiale a investi dans une remorque pour transporter poulets et canards jusqu’à un abattoir situé à l’Île d’Orléans, à plus de 700 kilomètres aller-retour.
Elle doit ainsi innover pour maintenir ses coûts au plus bas, tout en préservant la qualité et le bien-être animal.
La Caboche –Ferme traditionnelle est l’un des rares élevages de volailles de la région.
Elle produit 2 000 poulets de chair et 400 canards par année, élevés dans de grands enclos et selon des méthodes naturelles. Certifiée biologique, la petite ferme place le bien-être animal au cœur de ses priorités.
« Nous voulions offrir une alimentation saine et la partager. Pour y arriver, il faut fournir des efforts. Nos animaux sont en santé, vivent au naturel et sont moins stressés. Pas besoin d’antibiotiques dans leur alimentation », indique le copropriétaire de l’entreprise, Sylvain Jr Henrie.
Vrai casse-tête
Le plus grand défi reste la mise en marché, à commencer par l’abattage. Aucun abattoir spécialisé dans la volaille n’existe au Bas-Saint-Laurent. « C’est comme l’histoire de la poule et de l’œuf : il n’y a pas d’abattoir parce qu’il n’y a pas assez d’éleveurs et il n’y a pas d’éleveurs parce qu’il n’y a pas d’abattoir », mentionne monsieur Henrie.
Pour contourner le problème, la ferme a investi 40 000 $ dans une remorque réfrigérée. En étalant sa production, l’entreprise effectue trois trajets par année vers l’Île d’Orléans, parfois en partageant les coûts avec d’autres producteurs.

La remorque offre également un espace confortable pour les oiseaux, mais le transport sur de telles distances va à l’encontre de l’idée de marchés de proximité et de réduction de l’empreinte écologique.
Modèle assumé par ses propriétaires
Le principal investissement de La Caboche reste le travail. Produire des animaux en liberté, sans cage, exige beaucoup d’efforts. Pour y parvenir, la ferme s’est équipée d’outils à la fine pointe, tout en préservant la qualité et le bien-être des animaux.
« Pour nous, c’est une question de valeurs. On travaille fort, oui. Certains diront qu’on se donne beaucoup de misère, mais c’est une façon d’ajouter de la valeur à nos produits. Il y a une demande pour des viandes de qualité produites localement, et nos efforts sont reconnus par la clientèle qui comprend qu’elle doit payer un peu plus cher », explique le copropriétaire de l’entreprise, Sylvian Jr Henrie.
La ferme a aussi diversifié sa production. Elle abrite 825 poules pondeuses, élevées en liberté dans un espace deux fois supérieur à la norme, qui produisent 5 000 œufs par semaine, nettoyés et emballés
localement. Les œufs biologiques sont vendus dans les supermarchés et divers points de vente de la région. La Caboche produit également du porc biologique élevé en liberté et du bœuf au pâturage.
Le couple Henrie constate que leur approche suscite un intérêt grandissant. Des jeunes aspirant à une agriculture différente visitent régulièrement La Caboche. « Certains viennent même d’autres régions pour voir ce que nous faisons et comment nous réussissons à en vivre. »
Selon eux, il y a de la place pour de petits élevages respectueux de l’environnement et soucieux du bien-être animal.
« Nos poules, nos bœufs, nos canards sont dehors. Ils mangent de l’herbe et des grains biologiques. C’est plus de travail, mais pour nous, c’est une question de respect de la nature et des humains. »

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