Hubert Reeves : « Tout n’est pas foutu! »
Généreux portrait de l’un des plus grands scientifiques de la francophonie
C’est un trésor que Laurence Honnorat a produit avec cet hommage à l’un des plus grands scientifiques de la francophonie : Hubert Reeves.
L’auteure de ce livre a réussi à brosser un généreux portrait de cette personnalité affable, autant sur le plan intime que professionnel.
Plus de 60 personnes ont été consultées pour l’ouvrage, dans l’entourage familial, mais aussi dans les milieux scientifiques, culturels et philosophiques. Les nombreuses citations et témoignages contenues dans le livre en sont la preuve captivante.
Chaque chapitre enrichit notre compréhension sensible de ce savant et du monde qui nous entoure. On savoure à petites doses, une ou deux pages à la fois. Le propos va à l’essentiel. Il s’agit d’un ouvrage luxueux, avec de superbes photos.
Un géant
Hubert Reeves est un géant. Né à Montréal en 1932, il est décédé à Paris, en 2023, à 91 ans, après une longue carrière bien remplie.
Dans le livre, on remonte à son enfance. C’était un enfant allumé, fasciné par les mystères, les sciences, la musique classique, la nature. Il aimait se baigner dans le fleuve Saint-Laurent.
Après des études en physique et de l’enseignement universitaire, à Montréal et aux États-Unis, c’est la France qui l’a accueilli.
Il s’établit alors dans un coin de campagne à Malicorne où il écrit, entouré de ses grands arbres. Près de son étang, le « banc du temps qui passe » invite les visiteurs à prendre une pause.
Hubert Reeves a cultivé son talent pour la vulgarisation en écrivant une quarantaine de livres et en prononçant une multitude de conférences publiques. Il s’est adressé à un vaste public, des enfants jusqu’aux universitaires.
Son livre Patience dans l’azur, traduit en 25 langues, a été vendu à plus d’un million d’exemplaires. Poussières d’étoiles et Mal de Terre ont aussi connu un grand succès.
Rappelons que Hubert Reeves était venu à Rimouski en 1996, dans une tournée remarquée au Paul-Hubert, au Cégep et à l’UQAR.
Galaxies et écologie
Dans la première partie de sa longue carrière, Hubert Reeves a porté son regard sur le ciel et les galaxies. Il percevait son exploration des grands espaces comme « un dialogue complice entre le regard humain et l’infini ».
Par la suite, dans un changement de cap radical, c’est l’écologie qui est devenue le moteur de sa démarche. Préoccupé par la survie même des humains, il lance un appel à l’action et à l’émotion pour sauver notre fragile environnement. Selon lui, il n’y a pas de Planète B pour remplacer la Planète bleue.
Il donnait de la valeur au « facteur humain », capable de réfléchir et de changer le cours des événements, tout en déplorant notre « résignation silencieuse ».
Homme curieux de nature, fin causeur, Hubert Reeves était doté d’une mémoire phénoménale, autant pour l’astronomie que pour le nom des fleurs et des arbres.
Pour lui, la vie réussie s’articule autour de trois thèmes : créer (l’art), comprendre (la science) et vivre (en conscience avec les autres).
Il est important, signalait-il, de formuler des hypothèses qui permettent à la science d’avancer, « non par certitude, mais par exploration progressive de l’inconnu ».
Un chapitre fascinant porte sur les progrès scientifiques qui ont été réalisés par les humains dans les dernières décennies.
Espérons que Postes Canada émettra un timbre pour souligner la carrière d’Hubert Reeves, l’un des plus grands scientifiques à être né sur le sol canadien.
Sa contribution à la société se retrouve dans la catégorie des Cousteau (océans), Sagan (espace), Jacquard (éducation) et Tazieff (volcans).

Hubert Reeves, « Tout n’est pas foutu! », par Laurence Honnorat, Éditions Télémaque, France, 2025, 352 pages, 42 $.

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