Taxe à Rimouski sur les nouveaux logements : des projets menacés
« Énorme ralentissement des mises en chantier », prévient un entrepreneur
Si Rimouski ne revient pas sur sa décision d’exiger jusqu’à 5 738$ par porte pour chaque nouveau logement afin d’augmenter la capacité de ses services d’aqueduc et d’égouts, de nombreux projets immobiliers seront mis sur la glace et entraîneront « un énorme ralentissement des mises en chantier », prévient un entrepreneur immobilier.
Ce dernier, qui souhaite conserver l’anonymat par crainte de représailles de la Ville, estime que le conseil municipal transfère aux entrepreneurs sa responsabilité d’investir dans les infrastructures « pour ne pas avoir l’odieux d’augmenter de nouveau les taxes municipales ».
« Je te donne l’exemple d’un petit investisseur. Il travaillait sur un projet d’immeuble de quatre logements évalué à 1 M$. Son financement avait été accepté, mais il doit fournir une mise de fonds de 250 000$. Avec la nouvelle taxe, cela ajoute 22 000$ à son projet. Ça devient trop cher. Avec les coûts de construction et de main-d’œuvre, le projet ne se réalisera pas », raconte-t-il.
Selon lui, seuls les promoteurs mieux nantis pourront désormais lancer des projets d’envergure à Rimouski. Il estime également que cette contribution jusqu’à 5 738$ par unité, selon les secteurs, sera inévitablement refilée aux locataires et aux acheteurs.
« En plus de fragiliser les projets de plus petite envergure, ce sont les “méchants propriétaires” qui porteront le blâme pour la hausse des loyers ou des prix de vente. La Ville va s’en laver les mains et a préparé son coup en catimini, sans consultation publique avant d’imposer cette taxe », explique-t-il.
« Un couple qui a vécu dans sa maison toute sa vie à Rimouski et qui souhaite acheter un condo plus petit payera la bande la taxe, mais les acheteurs de sa maison provenant de Sherbrooke ne seront pas pénalisés, parce que la maison a été construite avant l’imposition du règlement. C’est un non-sens », ajoute l’entrepreneur rencontré par Le Soir.ca.
Frein au développement immobilier
Au début d’avril, la Chambre de commerce et de l’industrie Rimouski-Neigette a également exprimé publiquement ses inquiétudes quant aux impacts de ce règlement municipal imposant des contributions obligatoires aux promoteurs, qu’elle juge susceptible de freiner le développement immobilier au profit d’autres villes.
Selon l’organisation, plusieurs entrepreneurs ont récemment fait part de leurs préoccupations à la suite de l’annonce de cette mesure visant à financer des dépenses liées à l’assainissement des eaux usées ainsi qu’à l’approvisionnement et à la distribution de l’eau potable.

Concrètement, tout nouveau permis de construction générant des unités, qu’il s’agisse de logements, de chambres ou de locaux commerciaux, serait assujetti à une contribution financière unique exigée avant la délivrance du permis.
L’organisme craint notamment un désengagement de certains promoteurs, en particulier pour les projets de plus petite envergure, ainsi qu’un transfert des coûts vers les locataires, contribuant à une hausse des loyers.
Le moment exigé
La Chambre souligne que l’enjeu ne repose pas uniquement sur le montant de la contribution, variant entre 3 400 $ et 5 738 $ selon les secteurs, mais aussi sur le moment où elle est exigée, avant même le financement ou la construction des projets. À ce titre, le maire de Rimouski, Guy Caron, se dit ouvert à de possibles paiements par versement.
Il s’agit donc d’une sortie de fonds immédiate qui s’ajoute aux coûts déjà élevés liés aux terrains, à la conception et à la construction.
À ce titre, le promoteur et gestionnaire immobilier Must Urbain Rimouski a déjà indiqué que son projet de création de logements dans le bâtiment des Ateliers Saint-Louis pourrait être compromis.
Sa contribution pourrait atteindre environ 200 000 $, ce qui remet en question la faisabilité financière de la reconversion de cet immeuble patrimonial.

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