Horizon nature Bas-Saint-Laurent poursuit son mandat de conservation
Une richesse écologique inestimable du Bas-Saint-Laurent est désormais à l’abri. L’organisme Horizon nature Bas-Saint-Laurent vient de faire l’acquisition d’une tourbière de 42 hectares à Saint-Simon-de-Rimouski afin de la transformer en aire protégée.
Marie-Josée Roy, Initiative de journalisme local, Info-Dimanche
Le projet a vu le jour grâce à une initiative de l’organisme de conservation qui consiste à convier les propriétaires terriens de différents secteurs prioritaires à une soirée d’information qui porte sur les richesses écologiques de la région.
Après cette première rencontre à laquelle une vingtaine de propriétaires ont pris part, un seul a répondu à la proposition de vendre son terrain pour le protéger. Stéphane Ouellet, propriétaire de troisième génération de Tourbières Ouellet & Fils, a rapidement contacté l’organisme pour proposer une entente mixte. Le terrain a fait l’objet d’une vente partielle combinée à un don écologique significatif.
« Et puis quand M. Ouellet a reçu ce courrier […] il m’a appelé et puis il m’a dit: ‘’j’aimerais voir avec vous quels sont les outils qu’on pourrait avoir pour protéger ça’’ », explique Mikaël Jaffré, directeur général de Horizon nature Bas-Saint-Laurent.
Quelques autres propriétaires ont plutôt miser sur la déclaration d’intention, qui consiste à «déclarer sur l’honneur qu’ils allaient protéger les milieux naturels qui sont chez eux du mieux qu’ils peuvent». Un engagement qui permet de continuer à utiliser le lieu pour la coupe d’arbres ou toutes autres activités récréatives, mais en restant conscient des éléments d’intérêt écologique qui s’y trouvent.
« Nous, on les accompagne dans ça, on leur explique c’est quoi qu’il y a d’intéressant sur leur lot, et ainsi de suite », mentionne M. Jaffré.

Un écosystème intact
Un tiers de la tourbière acquise ait été exploité par blocs dans les années 1960 et 1970.
« C’est-à-dire que c’est pas du tout comme aujourd’hui où il y a des grands aspirateurs qui passent à travers la tourbe et qui récoltent tout de la surface. À l’époque c’était vraiment à la main on va dire avec des pelles. On allait chercher des blocs de tourbe en profondeur, on faisait comme des tranchées et on récoltait par tranchées », rappelle Mikaël Jaffré.
Une méthode quasi artisanale qui a permis à la flore d’origine de reprendre ses droits au fur et à mesure et tranquillement, de redevenir totalement végétalisée. Les deux tiers restants de la propriété sont demeurés parfaitement intactes.
Ces milieux humides agissent comme de véritables éponges naturelles contre les inondations et rejettent de l’eau en période de sécheresse, d’où l’importance de les sauvegarder. Selon M. Jaffré, l’exploitation des tourbières représente un créneau d’excellence au Québec.
« Sauf qu’on oublie que ce n’est pas juste une ressource, c’est aussi des écosystèmes, des milieux humides qui rendent des services écosystémiques importants […] mais c’est sûr que quand ils sont exploités, c’est jamais comme avant. »
Un refuge pour des espèces en péril
Le site de 42 hectares abrite une biodiversité exceptionnelle, notamment une grande variété d’orchidées sauvages et la Valériane des tourbières. Plus de cinquante espèces d’oiseaux y ont été recensées, dont deux espèces en péril: la paruline du Canada et le Moucherolle à côtés olive, appelé également Pioui.
Le site héberge aussi la Paruline à couronne rousse, une espèce qui dépend entièrement des tourbières intègres, dont la population s’est effondrée à cause de la perte de son habitant dans la région.
«Mais les tourbières, on en retrouve quand même beaucoup dans le nord, mais qu’on retrouve quasiment plus au sud du Saint-Laurent. Pour la MRC des Basques, c’est le seul site connu où cette espèce naît », insiste Mikaël Jaffré.
Une responsabilité à long terme
Une subvention d’environ 80 000 $ de la Fondation pour la biodiversité et la faune du Québec a permis de concrétiser ce projet. Ce montant englobe le coût d’achat versé à l’ancien propriétaire, mais également les frais professionnels pour le notaire, l’évaluateur agréé et le biologiste expert, par exemple.
« Pour toute acquisition, un organisme de conservation a l’obligation de prévoir un montant pour l’entretien à perpétuité. Il ne faudrait pas qu’une fois qu’elle est acquise, qu’on n’ait pas de fonds pour l’entretenir, pour payer les taxes, pour payer l’intendance, pour payer tout ça. »
L’accès public à la tourbière demeure toutefois en réflexion, le temps d’évaluer les coûts pour la maintenance à long terme.
Le don écologique
Horizon nature Bas-Saint-Laurent souhaite profiter de la visibilité de cette acquisition pour encourager d’autres propriétaires soucieux de maintenir la «naturalité» de leurs terres à faire de même. Le directeur général de l’organisme, Mikaël Jaffré, rappelle que le programme des dons écologiques de l’Agence des revenus du Canada offre des incitatifs fiscaux particulièrement avantageux, et souvent méconnus.
« Quelqu’un qui possède un lot d’une valeur de 100 000 $ reçoit plus d’avantages fiscaux en faisant le don de son terrain qu’en donnant 100 000 $ en argent. »
Bien que d’autres grands acteurs comme Conservation de la nature Canada, Canards Illimités Canada ou le Regroupement pour la pérennité de l’ile Verte possèdent déjà des terres protégées dans le Bas-Saint-Laurent, il s’agit de la deuxième aire protégée officielle pour Horizon nature Bas-Saint-Laurent.
L’organisme ne compte pas s’arrêter là. Des confirmations de financement ont déjà été reçues pour deux nouvelles acquisitions prévues en 2026-2027, et plusieurs autres négociations sont actuellement en cours avec des propriétaires de la région.
Marie-Josée Roy, Initiative de journalisme local, Info-Dimanche


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