Actualités > Propos inappropriés dans La Matapédia : tendance qui inquiète
Actualités

Propos inappropriés dans La Matapédia : tendance qui inquiète

Envers les nouveaux arrivants sur le groupe Facebook « Spotted amqui »

Une résidente de Lac-au-Saumon prend position pour dénoncer un phénomène dont elle a été témoin récemment sur les réseaux sociaux, plus précisément le groupe Facebook « Spotted amqui », où elle dit avoir remarqué une vague de propos inappropriés, tenus à l’égard des nouveaux arrivants.

Par Véronique Bossé, Initiative de journalisme local- L’Avant-Poste

« Ce groupe est assez populaire, il contient près de 10 000 membres. En général, ce type de groupe est utilisé depuis les années 2010 pour échanger en tant que communauté. C’est un peu comme un cercle social », explique madame Morin-Michaud. 

Or, elle estime que le groupe s’est éloigné de cette vocation. 

« Il est devenu une plateforme où l’on voit régulièrement circuler des publications visant les nouveaux arrivants et l’immigration, souvent dans un ton extrêmement négatif, voire hostile, créant une espèce d’incitation à la haine. Et lorsque des citoyens essaient d’apporter un autre point de vue, de nuancer certaines affirmations ou simplement de rappeler le rôle que jouent les travailleurs immigrants dans notre économie régionale, les échanges peuvent rapidement devenir agressifs », se désole-t-elle, en ajoutant qu’il n’est pas rare de voir des membres être muselés.

La Saumonoise souhaite établir la différence entre la liberté d’expression et ce phénomène.

« On invoque beaucoup la liberté d’expression. Et je suis tout à fait en faveur de la liberté d’expression. Je pense qu’une communauté saine doit pouvoir discuter de sujets difficiles, y compris de l’immigration, de la gestion gouvernementale, de nos services publics, de la pénurie de main-d’œuvre et des problèmes que certaines personnes peuvent réellement vivre. Mais la liberté d’expression ne devrait pas signifier que certaines personnes ont le droit de parler et que les autres doivent se taire. »

Quand le débat n’en est plus un

Madame Morin-Michaud précise que le débat ne lui fait pas peur, au contraire.

« Ce qui me dérange particulièrement, ce n’est donc pas qu’on puisse critiquer l’immigration. On a parfaitement le droit de débattre de nos politiques d’immigration. Ce qui me préoccupe, c’est lorsqu’on commence à généraliser, à déshumaniser ou à présenter un groupe entier de personnes comme étant responsable de tous les problèmes de notre région. Et surtout lorsque des citoyens qui tentent de répondre à ces propos se font insulter, traiter de « moutons », bloquer ou bannir simplement parce qu’ils ne partagent pas la même opinion. À ce moment-là, ce n’est plus vraiment un débat. »

Un survol de publications publiées dans la semaine du 17 au 21 août – sur Spotted amqui ou non, mais toujours relatives avec La Matapédia – donne un aperçu du phénomène.

Des internautes répondent avec hostilité à des publications qui, pourtant, appellent au respect. Certains se disent ouvertement racistes et qualifient les nouveaux arrivants de minorités nuisibles. D’autres se défendent en prônant la liberté d’expression. 

Pour Catherine Morin-Michaud, ce type de comportement nuit à la région. 

« La Matapédia est une région éloignée. Nous faisons face à des enjeux démographiques importants et à une pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs. Nous avons besoin de travailleurs. Nous avons besoin de familles. […] Les nouveaux arrivants ne sont pas uniquement des statistiques dans un rapport gouvernemental. Ce sont des collègues, des voisins, des entrepreneurs, des professionnels, des parents, des amis. Ce sont des personnes qui travaillent dans nos entreprises, qui utilisent nos commerces et qui contribuent à faire fonctionner notre région. »

Elle est aussi d’avis que le racisme envoie une image faussée de La Matapédia.

« Notre région est capable de beaucoup mieux. Je connais une autre image d’Amqui. Je connais une communauté capable de se mobiliser, de s’entraider et de se serrer les coudes lorsqu’une personne traverse une épreuve. On l’a vu lors du terrible drame qui a frappé Amqui en 2023. Dans une période extrêmement douloureuse, les gens se sont rassemblés. Des citoyens se sont soutenus. La communauté a démontré une grande solidarité. C’est cette image-là que je veux voir lorsque je pense à Amqui. »

La Matapédia connaît-elle une recrudescence du racisme?

C’est la question qui a été posée à la préfète de la MRC, Chantale Lavoie, en lien avec les propos tenus sur les réseaux sociaux. 

« On ne peut pas savoir parce que ce n’est pas facile à analyser. Je n’ai pas vu la conversation qui est survenue sur Internet. J’ignore combien d’individus sont intervenus, les propos exacts, mais c’est sûr que ça ne représente pas notre population en général. Je ne suis pas en mesure de dire si le racisme augmente. Les plateformes comme celles-là font en sorte que des personnes y libèrent des choses, des frustrations, qui utilisent des mots qu’ils n’utiliseraient pas nécessairement en personne. »

La préfète de la MRC de La Matapédia, Chantale Lavoie. (Photo courtoisie)

De son point de vue, Mme Lavoie pense que les choses se sont améliorées au cours des dernières années.

« Si on prend l’exemple de la pandémie : il y avait des complotistes. C’était une minorité de la population, qui prenait beaucoup d’espace sur la place publique. »

Ainsi, les plus bruyants ne seraient pas nécessairement les plus nombreux. La préfète précise toutefois que son observation n’a aucune valeur scientifique, puisqu’elle ne peut analyser le phénomène.

Facebook Twitter Reddit