Le pacte des autocrates
Nous mettre en garde face aux tyrans
Pendant que le bouffon mafieux fricote un beau gros chaos pour l’ensemble des pays occidentaux « amis », les dictateurs de la planète s’associent avec entrain pour faire avaler leur gueuleton au monde entier.
Le livre Le pacte des autocrates n’offre rien de très réjouissant pour l’avenir, si ce n’est de nous mettre en garde face aux tyrans. Les auteurs sont Isabelle Mandraud, journaliste internationale au journal Le Monde, et Julien Théron, professeur en sciences politiques dans des universités à Paris.
Ils nous apprennent que 70% de la population mondiale vit maintenant sous des gouvernements autoritaires, soit plus de cinq milliards de personnes.
La Russie et la Chine sont bien sûr les deux plus puissants de ces pays, mais on peut nommer aussi la Turquie, l’Égypte, l’Iran, la Corée du Nord, le Venezuela et l’Inde.
Et s’ajoutent, surtout dans les dernières années, une enfilade de pays qui ont tendance à créer des collaborations politiques et économiques avec d’autres pays autocratiques. Tous semblent s’en accommoder mieux qu’avec les pays occidentaux.
Ces pays se trouvent notamment en Europe (Hongrie, Serbie), en Afrique (Guinée, Soudan, République centrafricaine, Mali), dans les Amériques (Argentine, Cuba, Nicaragua), en Asie (Birmanie, Pakistan) ou ailleurs au monde : Arabie saoudite, Qatar, Bahreïn, Kazakhstan, Tadjikistan, Biélorussie, etc.
Cercles fermés
Même les peu respectables Talibans, qui ont pris le pouvoir en Afghanistan depuis le départ des Américains, sont invités dans ces cercles fermés.
Ces pays autocratiques ont des intérêts et des comportements très variés (certains sont même en conflit), mais ils réussissent à créer des opportunités et des stratégies communes.
En février 2022, les présidents Poutine de la Russie et Xi de la Chine ont consolidé une alliance amicale, à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver à Pékin.
C’était quelques jours à peine avant que la Russie envahisse l’Ukraine, sans que la Chine ne s’y oppose vraiment. C’était, selon les auteurs du livre, un moment clé de ce pacte qui pourrait transformer le monde.
Avant tout, les dirigeants de ces pays font valoir leurs relations commerciales. Ils signent des accords entre eux, sans consulter leur population. Ils se réunissent en congrès.
Ils s’échangent des céréales, des minéraux ou du matériel militaire. Ils votent ensemble aux Nations-Unies, s’engagent à se défendre mutuellement. Ils accusent l’Occident de tous les maux.
Et en général, ils sont très tolérants sur les pratiques de corruption ou sur les accrocs que les uns et les autres font subir aux citoyens qui s’opposent à leurs politiques.
La Chine, par exemple, s’est implantée ailleurs en promettant de nouvelles routes, des ports, des stades sportifs ou bien du matériel de surveillance et des drones.
La Russie appuie les régimes autoritaires en fournissant des soldats et des armes qui font régner l’ordre dans les cités, créant un semblant de paix. En échange, les ressources souterraines (bauxite, or, diamants) sont exploitées généreusement et les populations locales ont intérêt à réprimer toute contestation.
Entre les années 2000 et 2019, le commerce entre la Chine et l’Amérique latine est passé de 12 milliards $ à 330 milliards $. 44 % des armes qui circulent en Afrique sont importées de la Russie.
Le livre contient une vingtaine de pages de références, ce qui indique le sérieux de cette enquête. Nous vivons dans un monde inquiétant pour la démocratie.

Le pacte des autocrates, par Isabelle Mandraud et Julien Théron, Éditions Robert Laffont, 2023, 216 pages.
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