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Baies de genièvre : le Bas-Saint-Laurent veut être le roi du Québec

Le projet de recherche lancé par Biopterre commence à porter fruit
La région du Bas-Saint-Laurent veut devenir la principale productrice de baies de genièvre au Québec. (Photo Wikipédia)

Le Bas-Saint-Laurent veut devenir la principale région productrice de baies de genièvre au Québec. Le projet de recherche lancé par Biopterre commence à porter fruit.

Le développement de la culture du genévrier entre dans une nouvelle phase avec des projets de pépinières. Il y a de fortes chances que les amateurs puissent déguster d’ici quelques années un gin aromatisé aux baies de genévriers cultivées dans la région.

La multiplication des microdistilleries a amené, il y a une dizaine d’années, le centre de recherche Biopterre de La Pocatière à rêver de cultiver le genévrier.

Le codirecteur de l’innovation et du transfert de technologie, Maxim Tardif, rappelle que les gins produits au Québec utilisent des baies importées d’Europe. « Les distilleries mettent des aromates de toutes sortes dans leur gin, mais le principal ingrédient est pas d’ici, alors qu’on en a dans notre cour. »

Le projet suscite beaucoup d’intérêt. Le copropriétaire de Distillerie Mitis, Yan Lévesque, est associé à la démarche.

« La quasi-totalité des distilleries vont s’approvisionner dans les Balkans, pour avoir une uniformité de baies et de produits. Avec le climat qu’on a, avec nos sols, l’expérience avec Biopterre, c’est de voir si on peut rapatrier et faire une production commerciale ici. »

Récolter les baies de genévrier sauvages est difficile et hors de prix, explique monsieur Lévesque. D’où l’idée de cultiver les deux variétés indigènes au Québec. Le but pour les distilleries est de se distinguer.

« Dans le Bas-Saint-Laurent, il y a différents producteurs, avec des terroirs diffé-rents, des façons différentes de cultiver le genévrier, donc des saveurs différentes. »

Du rêve à la production

Une fois le test du goût passé avec succès, des producteurs ont accep-té de tester la culture de ce conifère dans leurs champs.

Dans Rimouski-Neigette, Karine Lebeau, des Jardins d’la terre du bout du rang, à Esprit-Saint, veille sur 600 plants de genévrier. « On avait l’espace pour cette recherche-là. Puis, moi je suis une fan de gin! » Les conifères ont maintenant sept ans et les premières récoltes approchent.

Karine Lebeau constate par contre qu’il reste encore beaucoup de questions à résoudre.

Karine Lebeau, des Jardins d’la terre du bout du rang, à Esprit-Saint (Photo courtoisie)

« On est vrai-ment en mode recherche, on est en train de s’adapter. Ce sera quoi le meilleur moment de récolte, le contrôle des prédateurs? Pour ce qui est des plants, la croissance puis la productivité, ça va super bien. »

Adapter une variété sauvage à une culture agricole est un défi en soi. Il faudra voir si la plante conservera toutes ses saveurs.

Les Jardins d’la terre du bout du rang se lancent tout de même dans la production de plants par bouturage. « Si on se ramasse avec de la demande. C’est d’être prêt à répondre à l’engouement. On rajoute une serre pour la production de plants cette année. » Karine Lebeau admet que le marché des distilleries sera insuffisant pour soutenir une production commerciale.

« Il y a une escouade alimentaire, formée de transformateurs, de chefs de la région, de distillateurs pour mettre en valeur les baies, les huiles, même les branches. C’est plus que seulement les besoins des distilleries. C’est comme un trésor à l’état sauvage que l’on essaie de mettre en culture. »

Faire preuve de patience

La culture du genévrier demande beaucoup de temps. Il faut de sept à 10 ans avant de récolter les premiers cônes.

En fait, ce sont des galbules et non des baies, qui vont mûrir sur les plants pendant trois ans. Les rendements seront donc décisifs pour la viabilité du projet, explique Maxime Tardif, de Biopterre.

Le codirecteur de l’innovation et du transfert de technologie du centre de recherche Biopterre de La Pocatière, Maxim Tardif (Photo courtoisie)

« Il y a une notion de risque avec le genévrier. On se bat contre des marchés mondiaux. Dans les Balkans, ils récoltent à la main pour quelques cents la livre. Nous on connaît pas encore les rendements par plant ou à l’hectare. C’est difficile à récolter. On a plein de défis. »

Mais le chercheur y croit fermement. Le projet a déjà franchi plusieurs étapes.

« On est pionnier au Québec. Mais faut aller au-delà des besoins des distilleries pour développer un marché. »

En plus de l’utilisation de la plante en cuisine, un autre volet s’intéresse aux huiles et aux parfums. S’ajoute maintenant le volet pépiniéristes pour soutenir l’effort des producteurs.

« Faut vraiment essayer d’avoir une vision régionale, mais aussi de prendre le marché québécois et même canadien », estime monsieur Tardif.

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