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Après six ans d’attente, les frères Bélanger réalisent leur rêve

Leur érablière se nommera Sapera à Amqui
Olivier et François Bélanger lanceront l’érablière Sapera à Amqui, à la limite de Val-Brillant. (Photo Véronique Bossé, Initiative de journalisme local- L’Avant-Poste)

Olivier et François Bélanger sont sur le point de voir leur projet d’érablière se concrétiser, après l’avoir espéré pendant six ans.

Par Véronique Bossé, Initiative de journalisme local- L’Avant-Poste

En effet, pendant six ans, les deux frères ont participé au tirage qui leur donnerait l’occasion de se lancer, en obtenant un contingent avec les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ). Ils ont finalement été sélectionnés l’année dernière.

« Pour vendre notre sirop, ça prend un contingent avec les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), pour le vendre en gros contenant, en barils et tout ça. Sinon, il faut l’écouler dans un marché au détail, ce qui fait en sorte que pour 25 000 entailles, ce n’est pas viable. Ça prend donc un contingent. On l’obtient soit par un tirage au sort ou par des demandes d’agrandissement ou de démarrage. On a cadré dans la relève étant donné qu’on avait moins de 40 ans, alors ça nous a pris 6 ans avant de sortir au tirage », explique François.

Il explique que le maximum d’un contingent est de 25 000 entailles.

« On a 25 000 entailles ici. Sur notre plan d’érablière, on a une possibilité de 40 000 entailles, mais le maximum pour démarrer c’est 25 000, alors c’est avec ça qu’on commence. »

L’objectif des frères Bélanger est d’obtenir 10 000 entailles supplémentaires dans environ trois ans.

Leur érablière, qui se nommera Sapera, est située à Amqui, à la limite de Val-Brillant. Ils ont acquis un bloc de neuf lots pour leur projet. 

« Nous avons tous le flanc de la montagne et tout se rend jusqu’à la cabane à sucre avec une seule station de pompage. C’est l’avantage de notre site, parce qu’il y a des places en Beauce où c’est tellement droit que ça leur prend cinq, six ou parfois même sept stations pour moins de 5000 entailles. C’est beaucoup de frais supplémentaires, tandis que dans notre cas, tout va se rendre au même endroit. »

Histoire de famille

Olivier et François Bélanger représentent la troisième génération d’acériculteur de leur famille.

« Notre père est acériculteur. Son père l’était aussi. Notre grand-père avait une toute petite érablière, tandis que notre père s’est trouvé un secteur qu’il a exploité pour construire quelque chose de plus gros. L’objectif est d’être sa relève, mais comme François et moi avions l’occasion de démarrer notre propre projet en même temps, lorsqu’on reprendra le flambeau de notre père éventuellement, nous aurons une érablière encore plus grosse. »

Les deux frères se sont donc orientés en foresterie, à l’Université Laval, pour devenir ingénieurs forestiers.

François est le directeur général du Groupement coopératif agroforestier de la Ristigouche, tandis qu’Olivier est directeur à Somival, la pépinière à Lac-au-Saumon qui appartient à la Société d’exploitation des ressources de la Vallée.

« Nos emplois nous ont donné une belle expérience en gestion d’entreprise. Ça nous prépare aussi à ce genre de projets. On a aussi vu notre famille travailler dans le sirop d’érable toute sa vie, alors c’est aussi une passion pour nous. L’agriculture n’est pas un domaine facile, alors c’est surtout par passion qu’on se lance là-dedans aussi », témoigne François.

Il a toujours été clair pour les deux frères que leur érablière serait située dans La Matapédia, sur le lot où ils se font présentement construire. 

Plus qu’une simple cabane à sucre

Les deux frères insistent sur le fait que Sapera aura également un centre de bouillage.

« Dans le cadre du projet vitalité de la MRC [de La Matapédia], on veut faire un centre de bouillage. Oui, il y aura aussi une cabane à sucre, mais ce sera vraiment un centre de bouillage. Notre objectif est de transformer l’eau d’érable de plusieurs producteurs de la région, que ce soit des personnes en démarrage ou des personnes en voie de retraite et cetera », explique François.

Son frère, Olivier, mentionne que leur projet permet la mise en place d’un nouveau modèle d’affaires. 

« Démarrer une cabane à sucre, avec toutes les installations que ça prend pour faire du sirop en 2026, c’est difficile quand tu as un contingent de moins de 25 000 entailles. On sait que plusieurs personnes visent des projets plus petits, par exemple avec 5000 ou 10 000 entailles. Ça reste que d’installer une cabane, un évaporateur et tous les équipements nécessaires, c’est moins viable pour les producteurs qui ont un contingent un peu plus petit. »

Il ajoute qu’un nouveau modèle d’affaires émerge. 

« Il y a des gens qui ne veulent pas de cabane ni d’évaporateur, mais qui installent des tuyaux dans le bois, qui récoltent leur eau, la concentrent eux-mêmes et la vendent à un centre de bouillage. Nous, on veut être ce centre de bouillage qui permettra à d’autres modèles d’entreprises de se créer dans la région. »

Le Québec est le premier producteur au monde de sirop d’érable avec 71 % de la production totale. (Photo courtoisie)

Grâce à l’emplacement central de leur exploitation, les deux frères pourront avoir des clients d’un peu partout dans la MRC, de Sayabec à Causapscal et de Saint-Léon-le-Grand à Saint-Tharcisius. Les clients potentiels sont d’ailleurs invités à prendre contact avec les frères Bélanger. 

« Nos clients seraient des gens qui rêvent de se bâtir une érablière, mais qui n’ont pas les fonds ou qui ne peuvent pas emprunter pour construire l’entièreté de leurs installations. Ils peuvent alors débuter avec le modèle de vendeur d’eau, en récoltant leur eau d’érable et en la vendant. Il y a aussi plusieurs producteurs qui approchent de la retraite et il arrive que surviennent des enjeux de transferts d’entreprises ou de pénurie de main-d’œuvre. Alors, on veut offrir un service de transition qui aiderait ces producteurs, le temps qu’ils se trouvent un acheteur », explique Olivier.

Les fondateurs et copropriétaires de Sapera ont également l’ambition d’aider d’autres producteurs à devenir autonomes. François Bélanger précise que les contrats pourront ainsi être décidés d’année en année. 

« Une personne qui commence dans le milieu pourra éventuellement avoir une mise de fonds pour être en mesure d’acheter les équipements qu’il lui faut. »

Dépendamment de la quantité de demandes qu’ils auront, ils pourraient être appelés à faire un tri.

« Plus nous aurons de clients, plus nous aurons de traçabilité à faire. On veut aussi être biologique. Alors, pour ne pas nuire à notre certification, nous aurons besoin de clients très consciencieux qui ont à cœur la santé et la production de leur érablière. »

Et maintenant?

La construction de la cabane à sucre se poursuit. La structure est montée, la tôle du toit est posée.

« Ils sont en train de poser la tôle extérieure. La prochaine étape est la finition extérieure et intérieure, l’électricité, la plomberie. Il y a des équipements qui ont commencé à rentrer. Alors, on les installe au fur et à mesure », explique Olivier.

L’objectif est d’être en production dès cet hiver.

« On a acquis l’osmose, l’évaporateur et les silos. Tout rentre au compte-gouttes, alors les prochaines étapes seront de s’assurer que tout est arrivé et bien installé en vue de notre prochaine saison », conclut François.

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