Art et science unis par la bioluminescence
Clôture de l’exposition « Nous sommes tou·te·s signaux »
Pour clôturer l’exposition Nous sommes tou·te·s signaux, une rencontre interdisciplinaire pour explorer les liens entre la création artistique et la recherche océanographique s’est tenue, le 20 août, dans les locaux du Centre d’artistes Caravansérail de Rimouski.
L’événement a réuni l’artiste en arts visuels Amélie Brindamour ainsi que la professeure et chercheuse Déborah Benkort de l’Institut des sciences de la mer (ISMER) de l’UQAR pour discuter du phénomène mystérieux de la bioluminescence.
Ce phénomène, par lequel certains organismes marins génèrent leur propre lumière, constitue l’un des spectacles les plus fascinants de la nature. Comme l’explique Déborah Benkort, cette capacité repose sur une réaction chimique fascinante : « C’est une molécule qui s’appelle la luciférine, qui s’oxyde avec l’oxygène au moyen d’une enzyme qui s’appelle la luciférase. »
Quand la nature devient lumière
Cette réaction chimique produit une lumière d’une efficacité remarquable : 80 % de lumière pour seulement 20 % de chaleur, surpassant ainsi largement la productivité de nos ampoules conventionnelles. Cette lumière froide remplit diverses fonctions dans le monde marin : défense contre les prédateurs, attraction des partenaires reproducteurs ou communication entre espèces.
Des phytoplanctons aux poissons, en passant par les champignons terrestres, la bioluminescence traverse les règnes du vivant avec une diversité particulièrement riche dans les écosystèmes.
L’art comme traducteur scientifique
Pour Amélie Brindamour, cette fascination pour les phénomènes naturels devient source d’inspiration créative. Ses installations électroniques transforment les signaux biologiques en expériences sensorielles. Dans l’une de ses œuvres, un capteur de rythme cardiaque active l’éclairage d’un mycélium cultivé, mimant les communications biochimiques des champignons forestiers. Une autre installation s’inspire des structures luminescentes complexes des pieuvres, traduisant les variations tonales de la voix humaine en signaux lumineux.

« Comme humain, on est très sensible au langage et à l’écriture comme moyens de communication, indique l’artiste, qui a développé ce projet en collaboration étroite avec des laboratoires et avec des étudiants en électronique du Cégep de Rivière-du-Loup. Je trouvais ça intéressant de transformer ces moyens de communication en signaux lumineux. »
Modéliser l’invisible
Du côté scientifique, Déborah Benkort utilise la modélisation numérique pour comprendre les écosystèmes marins, notamment face aux changements climatiques. Ses recherches explorent comment les modifications environnementales se répercutent sur la chaîne alimentaire, depuis le phytoplancton jusqu’aux espèces supérieures.
Pour la scientifique, il s’agit d’un travail d’autant plus crucial que de nouveaux défis émergent pour celle qui s’intéresse aux éoliennes en mer. Selon elle, ces structures, malgré leur caractère écologique, pourraient modifier les courants marins et affecter la production planctonique.
« Si on modifie la base de notre chaîne alimentaire, qui est le phytoplancton, on peut modifier le zooplancton qui, lui, modifiera les espèces qui vont suivre », anticipe la chercheuse.
Collaboration fructueuse
Cette rencontre entre Amélie Brindamour et Déborah Benkort a mis en lumière l’intérêt grandissant pour les collaborations entre l’art et la science. L’artiste y voit une approche de « science-fiction », en partant de données scientifiques exactes pour développer des questionnements spéculatifs et philosophiques. L’océanographe apprécie cette complémentarité.
« C’est une belle façon d’exprimer la science et de faire passer des informations scientifiques pour toucher plus de monde. »
Les deux domaines partagent finalement plus de points en commun qu’il n’y paraît : la créativité, l’imagination et la capacité à explorer l’inconnu. Que ce soit par la création d’outils de recherche inédits ou par la transformation de phénomènes naturels en installations artistiques, les scientifiques et les artistes peuvent repousser ensemble les frontières de notre compréhension du monde.
Cette synergie ouvre des perspectives prometteuses, notamment dans la sensibilisation aux enjeux environnementaux, où l’émotion artistique peut amplifier l’impact des découvertes scientifiques sur le public.
Le prochain projet d’Amélie Brindamour explorera le bioplastique à base d’algues et de nouvelles formes sculpturales. Ces œuvres seront présentées dès le 4 septembre au Centre d’artistes Panache de Baie-Comeau.