Troubles anxio-dépressifs : l’Est-du-Québec frappé
Près de 8 % de la population touchée
Le Bas-Saint-Laurent arrive au deuxième rang au Québec pour la prévalence des troubles anxio-dépressifs, suivi de près par la Gaspésie, en quatrième position. Près de huit personnes sur 100 en souffrent dans l’Est-du-Québec.
Les plus récentes statistiques de l’Institut national de santé publique démontrent que les citoyens des régions font face à davantage de problèmes de santé mentale que les habitants des grands centres urbains.
Le fait que les femmes soient plus susceptibles de souffrir de troubles anxio-dépressifs était déjà bien connu. Par contre, que les citoyens de régions comme le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay ou la Gaspésie soient plus nombreux à vivre avec ce type de problèmes surprend.
En 2023-2024, près de 14 700 personnes, soit 7,7 % de la population du Bas-Saint-Laurent, avaient un diagnostic de trouble anxio-dépressif. En Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, 6 400 personnes sont atteintes, soit 7,5 % de la population.
C’est nettement plus que la moyenne provinciale, qui s’établit à 6,1 %. Ces problèmes de santé mentale regroupent une vaste gamme de conditions, comme l’anxiété généralisée ou sociale, la dépression, les troubles bipolaires, les troubles de panique, les troubles obsessionnels compulsifs ou encore le stress post-traumatique.
Le classement révèle que le Saguenay–Lac-Saint-Jean arrive en première place avec 8 % de ses citoyens atteints d’un diagnostic de trouble anxio-dépressif. L’Abitibi-Témiscamingue se glisse au 3e rang entre le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie.
Des régions plus populeuses, comme l’Estrie, la Capitale-Nationale, Laval et Montréal, se situent respectivement aux 5e, 6e, 11e et 12e positions. Chaudière-Appalaches recense 5,5 % de ses résidents atteints, au dernier rang sur les 14 régions inventoriées.
Surtout les femmes
Selon l’Institut national de santé publique, une femme sur 10, dans les deux régions, souffre de problèmes de santé mentale au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie. Chez les hommes, la proportion est deux fois moindre.
La situation est particulièrement préoccupante chez les jeunes. Au secondaire, globalement, un élève sur cinq souffre d’anxiété.
« Peu importe qu’il y ait un diagnostic ou non, nous sommes tous humains à la base, donc il y a des habitudes de vie qui vont favoriser le bien-être et d’autres qui vont nous rendre plus vulnérables », explique l’intervenante à Santé mentale Québec — Bas-Saint-Laurent, Kathy Chénard.

Il est difficile d’identifier une seule cause aux troubles anxio-dépressifs.
« Il y a des facteurs individuels : comment j’ai vécu ma vie, quelles sont mes expériences, mon bagage traumatique. Certaines personnes sont plus anxieuses à la base. La société dans laquelle on vit aussi : le rythme rapide, le stress lié au logement, aux difficultés financières. Ça va même jusqu’à la politique internationale comme facteur déclencheur d’anxiété », indique madame Chénard.
Par le portrait réel
Selon elle, la somme des diagnostics ne reflète pas le portrait réel de la santé mentale de la population.
« Une personne peut avoir un diagnostic, être soignée et très bien fonctionner, alors que d’autres ne sont pas suivies par un médecin et vont très mal. Tout le monde peut dire : je vis de l’anxiété. C’est un peu la maladie du siècle, on en parle beaucoup. Ça amène plus de personnes à consulter et à prendre soin de leur santé mentale. »
Détresse en région : écarts inexpliqués
Une question demeure : pourquoi la proportion de personnes ayant des problèmes de santé mentale est-elle plus élevée en région ?
À première vue, vivre dans une grande ville semble plus stressant qu’habiter un village tranquille du Bas-Saint-Laurent ou de la Gaspésie. Pour l’instant, la réponse n’est pas connue.

« Il peut y avoir des facteurs aggravants pour la santé mentale, souvent liés au contexte socioéconomique. Est-ce qu’il y aurait des écarts plus grands dans les régions par rapport à Montréal ? C’est une possibilité. Les inégalités sociales peuvent aussi jouer un rôle, tout comme la qualité des milieux de vie. L’isolement et la solitude sont également des facteurs à considérer », estime la conseillère scientifique à l’Institut national de santé publique du Québec, Marie-Hélène Lussier.
Accès aux soins
Elle évoque aussi l’accès aux soins pour expliquer l’écart entre les régions et les grands centres. Le portrait est établi à partir des diagnostics d’anxiété et de dépression inscrits au dossier des patients.
Les citoyens des régions pourraient avoir plus facilement accès à un médecin, ou du moins être plus portés à consulter pour des troubles anxio-dépressifs.

Pour le moment, l’Institut national de santé publique ne prévoit pas pousser davantage la recherche sur la prévalence des troubles anxio-dépressifs recensés dans l’Est-du-Québec. Le rôle de l’organisme est de publier des indicateurs de santé, et que ce sont ensuite les régions qui doivent aller plus loin.

« Souvent, les directions régionales de santé publique, lorsqu’elles constatent un écart entre certains indicateurs et ceux d’autres régions, vont chercher à comprendre pourquoi. Mais il y a tellement d’indicateurs que c’est une question de priorités », souligne l’intervenante à Santé mentale Québec — Bas-Saint-Laurent, Kathy Chénard.
Notre demande d’entrevue à la Direction régionale de santé publique est restée sans réponse. Le psychiatre et médecin-conseil Roger Turmel n’a pas souhaité commenter la situation. Il a toutefois confirmé qu’il existe des hypothèses, mais que la question demeure sans réponse.

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