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La mémoire veille au bord de la route

Les croix témoignent des disparus
Un accident survenu le 16 novembre 2023 sur l’autoroute 20 à la hauteur de Saint-Anaclet-de-Lessard a coûté la vie à Arianne Dubé, 28 ans. (Photo Johanne Fournier)

À travers des récits émouvants et remplis d’amour, Le Soir vous offre un dossier spécial sur certaines croix commémoratives qui jonchent les fossés de la route 132 et de l’autoroute 20, rappelant tristement la mémoire des victimes d’accidents.

Racontée par des proches, chaque histoire nous fait ressentir la réalité brutale à laquelle ils ont été confrontés.

Au-delà des statistiques d’accidents mortels, ces témoignages nous permettent de mieux connaître ces personnes dont la vie s’est abruptement arrêtée après un tragique accident de la route. Ils sont autant d’hommages à ces disparus.

Arianne Dubé : une lumière qui continue de briller

Un matin de l’automne 2023, la vie des proches d’Arianne Dubé a basculé. Le récit de cette jeune femme dévouée de Rimouski, arrachée trop tôt à ceux qu’elle aimait, est aussi l’histoire d’un amour qui refuse de s’éteindre.

Arianne Dubé est décédée à l’âge de 28 ans. (Photo courtoisie)

Le 16 novembre 2023, au kilomètre 617 de l’autoroute 20, une vie s’est brutalement interrompue. Tôt cette journée-là, Arianne Dubé, technicienne en éducation spécialisée, ne se rendra jamais à son travail à Mont-Joli. Par le fait même, la femme de 28 ans laissait derrière elle un petit garçon de 19 mois, Mathéo, ainsi que l’homme de sa vie, Nicholas Lepage.

« Elle avait peur de cette route, confie Nicholas, la voix encore empreinte de cette incompréhension qui accompagne une telle tragédie. Quelques jours avant son décès, elle m’avait avoué qu’elle ne voulait plus faire la route, qu’elle avait peur, comme si elle sentait ce qui allait lui arriver. »

Une âme généreuse

Ceux qui ont connu Arianne la décrivent comme une force de la nature, une petite femme énergique au sourire contagieux, qui ne comptait jamais son temps ni son affection. La veille de l’accident, elle s’était inquiétée pour un ancien client et était allée le voir avant de se coucher pour s’assurer qu’il allait bien.

« Elle avait le don de changer la vie des gens en les poussant à devenir la meilleure version d’eux-mêmes, raconte Nicholas. C’est ce qui m’est arrivé. Elle savait y faire et je m’amusais beaucoup à lui dire qu’elle était la seule à pouvoir me tenir tête et me faire changer d’idée aussi facilement. »

Technicienne en éducation spécialisée, Arianne intervenait auprès de personnes atteintes de déficience intellectuelle ou du trouble du spectre de l’autisme. « Elle les aimait d’amour », estime simplement Nicholas. Son dévouement ne connaissait pas de limites. Sa capacité d’empathie semblait infinie.

L’amour d’une mère

C’est surtout en tant que mère que brillait Arianne. Son petit Mathéo, né en avril 2022, était littéralement tout pour elle. « Elle était radieuse en présence de son fils, se souvient avec tendresse celui qu’elle appelait « mon homme ». Mathéo ne parlait pas encore et elle comprenait tout de son jargon. »

Le garçon a aujourd’hui 3 ans et demi. Il rappelle sa mère de façon troublante. « Non seulement il lui ressemble, mais dans ses gestuelles et, des fois, dans des trucs qu’il me dit, je la reconnais, indique Nicholas. Des fois, il me regarde et, dans sa façon d’être, il a son empathie, sa façon de vouloir prendre soin des gens. »

L’enfant possède une résilience qui étonne son père. « Quand c’est arrivé, tout ce qu’il voulait, c’était de rendre le monde heureux autour de lui. On dirait qu’il savait qu’on avait de la peine. » Mathéo sait qui est sa mère, il sait ce qui s’est passé. Puis, il continue d’avancer, porté par l’amour de son père et des familles Dubé et Lepage.

Continuer son œuvre

Après avoir terminé sa maîtrise comme infirmier praticien malgré le drame, Nicholas a trouvé une façon de faire vivre Arianne. Avec le soutien de fondations locales, il a créé le Fonds Arianne, dédié à la cause de la déficience intellectuelle et physique ainsi que du trouble du spectre de l’autisme.

« Le but est de redonner un peu à la clientèle avec laquelle elle travaillait parce qu’elle m’en parlait beaucoup et je savais qu’elle aimait ça, explique-t-il. C’est une bonne façon de continuer à la faire vivre à travers ce à quoi elle croyait, ce pour quoi elle travaillait tous les jours. »

Le premier projet financé par le Fonds : une salle sensorielle et d’appareillement au Centre de réadaptation pour les personnes présentant une déficience intellectuelle, un trouble du spectre de l’autisme ou une déficience physique (CRDI-TSA-DP) de Mont-Joli. C’était un projet sur lequel Arianne avait commencé à travailler. L’inauguration a eu lieu le 12 novembre dernier, tout juste avant le deuxième anniversaire de son décès. « Ça boucle bien la boucle, estime Nicholas Lepage. Ça donne un sens à ce qui est arrivé. »

Un vide impossible à combler

Arianne Dubé affectionnait particulièrement la période des Fêtes. Nicholas se souvient que c’était souvent elle qui planifiait les rassemblements de famille, qui gérait les cadeaux. Tous les proches de la jeune disparue ont appris, selon lui, à célébrer Noël et le Jour de l’An différemment, à tout de même essayer de trouver des moments de bonheur lors des rassemblements de famille « parce que c’est ce qu’elle aurait voulu ».

« Elle avait le don de changer la vie des gens en les poussant à devenir la meilleure version d’eux-mêmes, raconte Nicholas Lepage. (Photo Johanne Fournier)

Le papa s’efforce de construire une vie la plus normale possible pour le petit Mathéo.

« C’est mon objectif premier. Je n’ai pas envie qu’il ait une étiquette. Au contraire, je veux que ce soit une force pour lui et qu’il puisse continuer à grandir normalement, malgré ce qu’il a vécu. »

En plus d’être soutenu par sa propre famille dans cette épreuve, Nicholas Lepage peut aussi compter sur celle d’Arianne.

Une lumière qui persiste

« Elle était plus qu’un rayon de soleil; elle était le soleil et elle continuera de briller plus fort que jamais », a écrit Nicholas dans son hommage à Arianne lors de ses funérailles.

Deux ans après le drame, la jeune femme répand toujours sa lumière. À travers Mathéo qui a hérité de son empathie, à travers le Fonds qui perpétue son engagement ou à travers les souvenirs de ceux qui l’ont aimée, Arianne continue d’exister.

Léa Desrosiers : une étoile filante qui a marqué sa communauté

Trois ans après le tragique accident qui a coûté la vie à sa fille Léa, Steve Desrosiers raconte comment la mémoire de la jeune femme inspire encore sa communauté.

Léa Desrosiers est décédée à l’âge de 19 ans. (photo courtoisie)

Léa Desrosiers n’était pas une adolescente comme les autres, de l’avis de son père. À 19 ans, cette jeune femme de Matane possédait ce rare talent de réunir les gens, peu importe leur origine ou leur personnalité.

« Léa était une fille d’exception, se souvient Steve Desrosiers avec émotion et fierté. Elle était une rassembleuse. Elle avait le tour avec n’importe quel style d’amis. Elle était capable de rassembler tout le monde! »

Souvent, dès le petit matin, Léa tissait des liens puissants derrière son cellulaire. « Je la disputais parce qu’elle s’était parfois couchée tard, après avoir fini d’étudier, raconte son père. On se levait tôt et elle était déjà en train d’écrire à du monde! » Plus tard, il a appris qu’elle envoyait des messages d’encouragement à ses amis. Même des parents la contactaient pour savoir où se trouvaient leurs enfants, sachant qu’elle veillait sur eux comme une grande sœur bienveillante.

« Elle s’informait des autres, raconte M. Desrosiers. Elle se souvenait de toutes les dates d’anniversaire de ses amis. Elle savait tous les noms des gens, peu importe si elle les avait vus une fois ou deux. »

Rêve brisé

Au début de l’automne 2021, Léa poursuivait ses études à l’école Promédia à Montréal. Son objectif était clair : devenir journaliste sportive, en espérant suivre les traces de Chantal Machabée. Mais, dès le premier cours, elle a su que cette voie n’était pas la sienne.

Selon son père, comme elle excellait en composition française, au point d’être citée en exemple par certains de ses professeurs, Léa avait un nouveau plan. En janvier, elle comptait s’inscrire à l’Université du Québec à Rimouski pour devenir enseignante de français.

Mais, le 31 août 2021, Steve Desrosiers a vu sa fille partir pour Montréal avec ses bagages. Ce sera la dernière fois qu’il la verra vivante.

Un tournoi et un retour tragique

La première fin de semaine d’octobre, Léa avait prévu revenir à la maison familiale de Matane. Mais, des amis l’ont invitée à un tournoi de balle-molle à Baie-Saint-Paul. Comme elle cultivait une véritable passion pour ce sport, elle ne pouvait refuser.

« Elle a joué le tournoi et son équipe a gagné », relate monsieur Desrosiers. Puis, le dimanche soir, elle a repris sa route avec son amie et petite-cousine Carole-Ann Robichaud de Saint-Ulric avant que le malheureux destin ne frappe.

Léa Desrosiers était une passionnée de balle-molle. (Photo courtoisie)

Le 3 octobre 2021, dans le secteur de Porc-Pic à Saint-Fabien, le véhicule de Léa est entré en collision avec un orignal. La jeune femme a perdu la vie sur le coup. Gravement blessée, Carole-Ann s’en est heureusement remise.

Réponse venue de l’inattendu

Une question hantait Steve Desrosiers et sa conjointe, Claudia Paradis : Léa avait-elle souffert? Cette incertitude déchirait le cœur des parents endeuillés.

Musicien dans l’âme, monsieur Desrosiers a, un an après les funérailles, composé une chanson en l’honneur de sa fille. Selon lui, les paroles ont jailli naturellement en seulement 15 minutes, comme si Léa elle-même les lui soufflait.

La chanson a vu le jour grâce à Frédéric Gosselin et à Kim Bergeron de Matane. Simultanément, Steve Desrosiers a accordé une entrevue qui a été diffusée au Téléjournal Est-du-Québec, à l’antenne de Radio-Canada.

Une semaine plus tard, un message quasi providentiel est arrivé. « Un monsieur m’a écrit un long texte, raconte le père de famille. À la fin, il me dit que c’est lui qui est arrivé le premier sur les lieux de l’accident et que ma fille était déjà morte. » Il s’agissait du père de Frédéric Brunet, un joueur de l’Océanic de Rimouski, qui était parti de l’Outaouais pour venir voir jouer son fils à Rimouski. Le Gatinois avait vu le reportage à la télévision.

« Grâce à ce monsieur-là, j’ai su que ma fille n’avait pas souffert, se console Steve Desrosiers. Si je n’avais pas fait de musique, si je n’avais pas composé la chanson et si je n’avais pas fait l’entrevue, je n’aurais jamais su ça! »

Un don qui sauve des vies

Dans les heures qui ont suivi le décès de Léa, en pleine pandémie de COVID-19, les parents endeuillés ont dû prendre la décision la plus difficile de leur vie : accepter le don d’organes de leur fille.

« Il n’y a rien de plus dur que ça, surtout quand c’est notre enfant et que ça vient d’arriver, souffle Steve Desrosiers. J’ai accepté et, avec du recul, je ne le regrette pas. »

En donnant les valves de son cœur, Léa a sauvé des vies. Héma-Québec lui a ainsi remis, à titre posthume, une médaille « Ambassadeur de la santé ». Celle-ci est placée à côté de l’urne contenant ses cendres à la Résidence funéraire et Columbarium Léon Sirois & Fils de Matane. Son nom est aussi gravé sur le cénotaphe du Jardin des donneurs d’organes et de tissus, situé au parc Jacob-Nicol de Sherbrooke.

L’héritage de Léa

L’héritage de Léa ne s’arrête pas là. À Saint-Ulric, la division féminine de la ligue de balle-molle porte désormais son nom, tout comme un tournoi. Puis, depuis le 12 septembre dernier, la rue Léa-Desrosiers a été inaugurée à Matane. « On était ébranlé de tout ça », confie son papa.

À l’endroit même où l’accident a eu lieu, une croix blanche se dresse en mémoire de la jeune femme décédée beaucoup trop tôt. Lors de son installation, Steve Desrosiers y a emmené Carole-Ann. Il lui a aussi remis un bijou en forme de cœur contenant les cendres de Léa, un geste qu’il n’a posé que pour elle et sa conjointe.

Tourner la page sur un amour de 22 ans

Dave Massé, le père d’une famille de six enfants, est décédé lors d’un accident survenu sur la route 232, à Rimouski, le samedi 14 décembre 2019. Il avait 41 ans. Selon la mère de ses enfants, sa conjointe Josée Morin, c’était un bon vivant.

Dave Massé est décédé en décembre 2019. (Photo courtoisie)

« Il trouvait toujours quelque chose de beau ou de bon, à faire, à voir ou à devenir, dans tout ce qu’il faisait et dans tout ce qu’il était. »

Elle le décrit comme étant une personne altruiste, positive, vivante, optimiste, qui était toujours disponible pour aider.

« C’était un excellent papa. Il était dévoué, présent et impliqué. »

Les deux amoureux s’étaient rencontrés alors qu’ils étaient très jeunes, à Notre-Dame-du-Lac, au Témiscouata.

« Il habitait avec un colocataire, dans une maison là-bas. J’étais en vacances d’été, chez ma marraine. Je gardais mes cousins et mes cousines lorsqu’on s’est rencontré sur la plage. On ne s’est plus quitté, c’était le coup de foudre », raconte madame Morin.

L’accident de décembre 2019 aura ainsi mis fin à une histoire d’amour qui durait depuis 22 ans.

La croix qui commémore le long de la route 232 le départ de monsieur Massé a été installée en octobre 2021.

« Ma famille m’avait proposé de faire une croix, parce que mon père est soudeur de métier. Il voulait rendre hommage à Dave. Ç’a été un peu plus long, parce que j’étais en réhabilitation un certain temps après l’accident. »

Tel que l’avait demandé madame Morin, le nom de son conjoint y est inscrit.

« Je voulais qu’on sache son histoire et qu’on se souvienne de la personne qu’il était. J’ai aussi demandé à mon père de fabriquer une plume qui serait ajouté à la croix, parce qu’il s’agit du symbole de notre histoire, étant donné que nous nous étions connus à cause d’une plume, sur la plage à Notre-Dame. »

Josée Morin mentionne que le caractère simple de la croix est très représentatif de la personne qu’elle a perdue.

« La croix n’est pas compliqué, mais elle représente beaucoup, parce que Dave non plus n’était pas compliqué. Il ne trouvait pas de problème aux solutions, il faisait l’inverse. »

Elle souhaite que les gens se souviennent de l’entrain qu’il avait à marquer son chemin, en faisant en sorte que tous se rappelle lui d’une façon positive.

« Il s’arrangeait pour que son passage dans le quotidien des gens leur soit bénéfique. On aurait dit que c’était la mission qu’il se donnait. »

Aujourd’hui, elle souhaite rappeler que la prudence reste toujours de mise.

« On ne peut pas prévoir ce qui va arriver. Les lendemains ne sont jamais garantis, c’est ce que j’ai appris. Il faut profiter de chaque moment présent, le plus possible. La vie va tellement vite. Les gens ne prennent plus le temps d’arrêter pour souffler. Je pense que c’est un message que Dave aurait aimé transmettre, parce qu’il vivait beaucoup dans le moment présent. Je pense que le fait qu’il ait vécu de la sorte m’a apaisé l’esprit, parce que je sais qu’il est parti en paix, pour cette raison. »

Madison : courageux et bienveillant

Madison Coulombe, un jeune homme de la région, est décédé la soirée du 11 juin 2022, dans un accident de voiture, alors qu’il revenait du travail. Soudeur de profession, il n’avait que 27 ans. Sa maman, Christine D’Astous, rapporte que son garçon était un modèle de courage et de bienveillance.

Madison Coulombe est décédé en 2022. (Photo courtoisie)

Elle raconte que Madison était du genre à aider les personnes âgées à sortir de la pharmacie ou à s’assurer qu’elles ne trébuchent pas dans les escaliers.

Madame D’Astous mentionne qu’il était aussi très drôle et qu’il aimait avoir son propre argent, pour gagner ses choses à lui. Il accordait beaucoup de valeur à ce qu’il avait, prenait soin de ce qui lui appartenait et accordait une grande valeur sentimentale à ses biens.

« Au moment de son décès, il voulait avoir un pick-up neuf de l’année. Il avait déjà amassé beaucoup. Ça ne faisait que onze mois qu’il avait fini son cours. Ce qu’il voulait, après, c’était d’avoir sa maison. Il avait des projets, des buts : il voulait avoir des enfants. »

Sa sœur, Jessyca, comptait aussi beaucoup pour lui. Elle lui avait demandé d’être le parrain de sa fille, Sarah – dont il était aussi très proche – alors qu’il avait 14 ou 15 ans.

« Il adorait sa filleule. Ça comptait beaucoup pour lui d’être parrain et il prenait ce rôle très au sérieux. »

La vie n’aura pas non plus épargné le jeune homme de 27 ans. La résilience dont il a su faire preuve dans l’adversité est, pour sa mère, une preuve irréfutable de son courage.

« Il voulait être monteur d’acier, comme son père. Il a donc étudié à Montréal, en faisant son cours, qui durait deux ans, à l’École des métiers. »

Madison est ensuite revenu dans la région, pour y exercer sa profession.

Madison Coulombe adorait son travail. (Photo courtoisie)

« Il a travaillé, mais pas longtemps parce qu’il est tombé malade. Il était diabétique de type 1. Il avait besoin d’insuline 5 fois par jour et il ne pouvait plus être en hauteur, car il avait des étourdissements. Il a été obligé de se réorienter et c’est-là que j’ai vu son courage. Il était au début de la vingtaine et il est retourné à l’école, cette fois à Mont-Joli, pour suivre un cours de presque deux ans pour devenir soudeur haute-pression. Il adorait son métier. Il réussissait tout ce qu’il entreprenait. »

Une croix de chemin, qui porte le nom de Madison, son année de naissance, ainsi que son année de décès, se trouve aujourd’hui le long de la route où il a perdu la vie.

Fabriquée par Christine D’Astous, elle remplace la première croix qui avait été conçue par la sœur de Madison, Jessyca, qui a pris l’initiative d’en faire une après le décès de Madison.

Un choc pour la communauté

Bryan Fournier, un jeune homme de 18 ans de Saint-Fabien, est décédé à la suite d’un accident de la route survenu le 7 septembre 2023, sur la route 132 au Bic, à Rimouski. Passionné de hockey, il faisait partie de l’équipe du 33 des Basques.

Bryan Fournier est décédé à l’âge de 18 ans. (Photo courtoisie)

« Au hockey, il donnait tout ce qu’il avait. Il se faisait appeler la Bête, parce que sur la glace, il était quelque chose », témoigne la mère de Bryan, Julie Roy.

Le décès du jeune homme avait créé une véritable onde de choc au sein de sa communauté.

« Au salon funéraire, les gens faisaient la file jusque dans le chemin, dans le bas de la côte. C’était un choc pour Saint-Fabien. C’était un petit garçon très aimé. »

Celui qui voulait devenir opérateur de machineries lourdes était à quelque mois de finir ses cours pour aller étudier dans ce domaine. Il se passionnait aussi pour tout ce qui avait un moteur.

« Il était au Centre de formation générale des adultes de Rimouski-Neigette pour finir son anglais. Il y a justement eu un prix pour la persévérance scolaire. »

Madame Roy ajoute que son fils était une personne travaillante, qui aimait être à l’extérieur et qui ne se faisait pas prier pour venir en aide aux autres.

« Ça lui venait naturellement. »

Elle dénote aussi qu’il avait une belle joie de vivre.

« Il était tellement comique. Je suis difficile à faire rire, mais c’était le seul qui réussissait à me donner des fous rires. »

Deuxième d’une famille de trois enfants, il lui arrivait de jouer le rôle de papa de la maison.

« Son père, Réjean, était camionneur, alors il aidait beaucoup dans la maison. Il était aussi très protecteur de son jeune frère, Zachary, et de sa sœur ainée, Alexandra. C’était un jeune homme mature. Sa maladie l’avait rendu plus mature que bien des jeunes », estime Julie Roy, dont le fils était diabétique de type 1.

Depuis le décès de Bryan, différentes initiatives ont vu le jour pour lui rendre hommage. La couleur rouge revêt une importance symbolique pour ses proches.

« Le tournoi du 81 se fait sous le thème du rouge. Nous avons tous changé nos véhicules pour des véhicules rouges, en son honneur. Son frère s’est acheté la même voiture que Bryan avait, au moment de l’accident. »

Une bannière en hommage à Bryan Fournier a été hissée au plafond de l’Aréna Bertrand-Lepage. (Photo journallesoir-ca- Alexandre D’Astous)

Bryan Fournier a lui aussi une croix qui commémore le lieu de l’accident qui lui a coûté la vie. Elle est toutefois retirée pendant l’hiver. Son nom y est inscrit et une photo de lui y a été ajoutée.

« Des citoyens de Saint-Fabien m’ont fait deux belles croix et de mon côté, j’ai fait un jardin de fleurs dans ma cour pour Bryan. À la base, j’avais demandé à une personne qui était capable de faire une belle croix pour qu’on puisse aller la mettre sur le lieu de l’accident. C’est ce qu’elle a fait. Chaque année, on va la déposer, en famille, à l’endroit où l’accident a eu lieu. On trouve encore des morceaux rouges de Mazda. »

Un « rayon de soleil » s’est éteint trop tôt

Raphaël Bolduc, « rayon de soleil », est décédé le 4 décembre 2012, après une sortie de route survenue le mois précédent, dans une bretelle de l’autoroute 20, près de la rue de Lausanne à Rimouski.

Raphaël Bolduc est décédé en 2012. (Photo courtoisie)

Il était le fils de Stéphane Bolduc et de Rachel Beaudoin, ainsi que le frère de Xavier et Noémie Bolduc.

Sa mère le décrit comme un bon vivant, que rien n’arrêtait. Une personne chaleureuse qui se contentait de peu et qui s’impliquait à fond dans ce qui l’animait. Il adorait les voitures, était fasciné par l’astronomie et était particulièrement doué en géographie.

Xavier Bolduc se rappelle que son frère avait du succès auprès des filles et qu’il vivait pleinement.

« Il avait du talent en skate, il aurait pu être commandité, mais pour ça, il faut se filmer et se vanter aux compagnies et il ne l’a jamais fait. »

Probablement parce qu’il n’aimait pas se vanter, comme le rapporte madame Beaudoin.

« Il n’aimait tellement pas ça, que j’ai su seulement après son décès qu’il était aussi fort en skate. »

Elle a aussi su par la suite qu’il lui arrivait de se rendre dans des parcs pour aider des jeunes à faire du skate.

Raphaël Bolduc avait beaucoup de talent en skate. (Photo courtoisie)

Son surnom de rayon de soleil lui a été donné par ses collègues lorsqu’il était chauffeur de taxi.

« Il avait toujours un sourire fendu jusqu’aux oreilles et c’était toujours un sourire sincère. Il voulait toujours nous faire rire, avec des blagues ou des tours », se remémore Xavier.

Il ajoute que son frère était altruiste de nature.

« Il était toujours là pour aider les autres, autant sa famille que ses amis. Il était bon, trop bon. »

Comme tout être humain, Raphaël a aussi connu des passes plus difficiles, comme en témoigne sa mère.

« Il y a eu un temps où il ne faisait pas grand-chose de sa vie, mais à un moment donné, il s’est repris en main, il a fait son cours de camionnage et sa vie n’avait jamais aussi bien été », raconte madame Beaudoin.

Après son décès, il était impensable pour la mère endeuillée que le lieu de l’accident soit dépourvu d’une croix.

« J’ai pris deux morceaux de bois et j’en ai fait une. Elle était au cimetière, jusqu’à ce qu’on reçoive la vraie pierre tombale. Après, je l’ai déménagée et je l’ai améliorée d’année en année. »

Elle y a notamment ajouté des lumières, pour symboliser la luminosité qui émanait de son garçon.

La douleur engendrée par son départ aura traversé les frontières de la ville et même de la province. Lors de ses funérailles, l’église était remplie de membres de sa famille, d’amis et de connaissances. Certaines personnes présentes avaient même fait la route du Nouveau-Brunswick – où la famille avait déjà habité – à Rimouski, pour venir lui rendre hommage.

Avec la collaboration de Johanne Fournier

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