François Legault : l’aveu lucide d’un chef usé
La chronique de Johanne Fournier
François Legault a eu le mérite de partir avant qu’on ne le pousse. Le mercredi 14 janvier, dans le hall feutré de l’Assemblée nationale, le premier ministre du Québec a reconnu ce que tout le monde savait déjà : son temps est révolu. Pas de larmoiement, pas de victimisation, juste un constat froid, comme un matin de janvier. Les Québécois veulent du changement et lui ne peut plus l’incarner.
La chronique de Johanne Fournier
Cette sortie sobre, presque austère, contraste avec les années de pouvoir où Legault semblait inébranlable. Deux mandats majoritaires, une gestion de pandémie qui lui avait valu des cotes d’amour stratosphériques, un contrôle quasi absolu de l’appareil gouvernemental. Puis, l’effondrement.
Un sondage plaçant la Coalition avenir Québec (CAQ) au quatrième rang avec 11 % d’appui, c’est plus qu’une débâcle ; c’est un désaveu cinglant. Sa marche dans la neige du temps des Fêtes n’aura été qu’une formalité : le verdict était déjà rendu.
Bilan mitigé
Le parlementaire revendique ses victoires économiques, sa renégociation de Churchill Falls, sa réforme de la rémunération des médecins. Sur ce dernier point, il parle même de révolution, oubliant que cette bataille lui a coûté deux ministres de poids et une bonne partie de sa crédibilité. Car, c’est bien là le problème avec François Legault : il confond souvent l’obstination avec le courage, la confrontation avec le leadership.
Son nationalisme assumé aura été sa marque de commerce, cette fameuse voie entre fédéralisme et souveraineté. Les lois 21 et 96 témoignent de cette volonté de protéger l’identité québécoise sans franchir le Rubicon de l’indépendance. Mais, à quel prix ? En voulant sortir le Québec des vieilles chicanes, il en a créé de nouvelles. Les divisions se sont creusées, les débats se sont envenimés et le Québec d’aujourd’hui semble plus fracturé qu’il ne l’était en 2018.
Nos régions se souviennent
Dans nos régions, le bilan est tout aussi contrasté. Le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie ont bénéficié de projets structurants : l’éolien, les infrastructures, les services de santé. Mais, là encore, les promesses n’ont pas toutes été tenues. Le train gaspésien s’arrête à Port-Daniel au lieu de se rendre à Gaspé, la villa Frederick-James attend toujours sa vocation et le caribou montagnard continue de décliner, malgré les enclos et les consultations à répétition.
Ce qui frappe dans ces dossiers régionaux, c’est le décalage entre les annonces grandioses et la réalité du terrain. Legault excelle dans l’art de la conférence de presse, mais peine dans l’exécution et le suivi. Les 18 milliards de dollars promis pour l’éolien en Gaspésie sonnent bien. Mais, sans exigence de contenu régional, les retombées restent hypothétiques pour les usines locales.
Avenir incertain de la CAQ
Le parti se retrouve maintenant orphelin de son fondateur. La relève n’apparaît pas évidente pour rassembler cette coalition formée de souverainistes repentis et de fédéralistes conservateurs. La course à la succession promet d’être aussi périlleuse qu’urgente : neuf mois avant des élections générales, c’est à peine le temps de se faire connaître.

Pendant ce temps, Paul St-Pierre Plamondon attend son heure, référendum en poche. L’ironie de l’histoire pourrait faire en sorte que le départ de Legault, qui voulait enterrer la question nationale, puisse ouvrir la voie à un gouvernement indépendantiste.
François Legault laisse derrière lui un Québec transformé, mais pas nécessairement meilleur. Son départ marque la fin d’une époque où un seul homme pouvait dominer la scène politique par la seule force de sa personnalité. La suite dira si les Québécois veulent simplement changer de pilote ou carrément changer de direction. Pour l’instant, saluons au moins sa lucidité. Partir au bon moment, c’est déjà une forme de sagesse.

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