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Yankees au Guatemala

Chronique « Lecture » avec Mario Bélanger
La photo de couverture du livre de Vargas Llosa, « Temps sauvages ». (Photo courtoisie)

Vous savez sans doute que les soldats de Washington ont pénétré avec leurs grosses bottes sur le sol du Venezuela au début de janvier. Cela n’a rien de nouveau !

Le Guatemala (1954), le Chili (1973) et le Panama (1989), entre autres pays latinos, ont connu de tels épisodes. Les Yankees se proclament alors maîtres des lieux et exploiteurs des ressources. Temps sauvages raconte justement l’histoire de l’intervention états-unienne au Guatemala, dans les années 1950.

L’auteur de ce roman, le Péruvien Mario Vargas Llosa, est l’un des grands écrivains sud-américains. Il a écrit ce livre à 85 ans et il est décédé l’an dernier, à 89 ans. Auteur d’une vingtaine de romans traduits dans plusieurs langues, il a obtenu le prix Nobel de littérature en 2010.

Vers 1950, la compagnie américaine United Fruit (maintenant Chiquita) était le plus grand propriétaire de terres au Guatemala, avec sa vaste culture des bananes. Elle voyait d’un mauvais œil les intentions du président élu de ce pays, Jacobo Arbenz.

Génie de la publicité

Avec l’appui du gouvernement américain, la compagnie a alors eu l’idée de faire appel à un génie de la publicité qui, par une vaste propagande dans de grands journaux, s’est appliqué à faire croire que le Guatemala tentait d’établir un régime communiste, parrainé par Moscou. Le roman dénonce « un amalgame de mensonges transformés en réalité par de gigantesques conspirations de puissants ».

Les autorités guatémaltèques avaient beau expliquer que leur modèle de développement s’inspirait de l’image des États-Unis et non du communisme soviétique, le mal s’est propagé. Craignant le danger, le puissant pouvoir américain s’est organisé pour renverser ce gouvernement indocile. 

La photo de couverture du livre de Vargas Llosa, « Temps sauvages ». (Photo courtoisie)

À la fin du roman, Mario Llosa se met à rêver d’une Amérique latine qui n’aurait pas subi l’influence du grand frère américain. Peut-être que la radicalisation politique dans plusieurs pays du Sud n’aurait jamais eu lieu puisque celle-ci prenait consistance dans une opposition vigoureuse au capitalisme brutal. Selon lui, le communisme tyrannique, à la soviétique, n’était vraiment pas dans les plans de ces pays.

Temps sauvages, par Mario Vargas Llosa, Gallimard, 2021, 390 pages.

Pour d’autres chroniques, consultez la section Lecture dans Le Soir.ca !

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