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Une autre victime déplore le manque de soutien

Présumée victime d'agression sexuelle de 12 ans
Le palais de justice de Rimouski (Photo Le Soir.ca- Olivier Therriault)

La mère d’une jeune rimouskoise de 12 ans présumée victime d’agression sexuelle est insatisfaite du soutien reçu à la suite d’une plainte déposée à la police au printemps dernier. Près d’un an plus tard, les procédures judiciaires se poursuivent. 

« Nous sommes tombées dans toutes les failles du système du début à la fin », indique la mère de famille qui doit garder l’anonymat pour ne pas que sa fille mineure puisse être identifiée.

À la suite du témoignage d’une Rimouskoise, Véronique Michaud, dans les pages du Soir du 10 décembre dernier, la mère souhaite aussi dénoncer le manque d’accompagnement reçu et la lenteur des démarches judiciaires pour sa fille, une autre présumée victime. Elle avait 11 ans en avril 2025 au moment des faits allégués. 

« Elle s’est confiée à un ami et tout a déboulé. Au début, on parlait de photos pornographiques. Elle a fini par avouer que son chum, alors en première secondaire, la forçait à prendre des photos d’elle nue et qu’il la menaçait avec ça en lui disant qu’il partagerait les photos si elle ne faisait pas ce qu’il voulait », explique-t-elle. 

La mère dit avoir par la suite appris par la direction de l’école que sa fille avait été victime d’agression sexuelle à trois reprises par l’adolescent qui avait 13 ans. 

« J’ai décidé d’appeler le policier scolaire qui m’a dit que la trousse Sexto avait été lancée et qu’il ne pouvait rien faire de plus. Il a dit à ma fille de supprimer tout ce qu’il y avait à caractère sexuel dans son téléphone sinon elle pouvait être accusée de pornographie juvénile. Elle a donc supprimé toutes les preuves. »

Ne sachant plus vers qui se tourner, la femme est finalement allée demander de l’aide à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). 

« Pour ne pas nuire à l’autre jeune, rien n’a été mis en place. J’ai dû attendre l’appel d’un enquêteur pour que ma fille puisse faire sa déclaration. C’est le 5 mai, deux semaines après la dénonciation, que ça s’est fait et elle n’avait toujours pas pu rencontrer quelqu’un du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC). J’ai payé au privé pour qu’elle soit accompagnée », affirme-t-elle.

Procédures judiciaires

Le présumé agresseur a été arrêté en mai et la première comparution au palais de justice de Rimouski remonte à la fin du mois de juillet.  

« L’intervenante du CAVAC est arrivée dans le dossier en juin. Elle a vu ma fille une fois et lors de la première comparution, elle était en vacances. Je me suis fait dire de m’organiser avec la procureure pour une rencontre afin qu’elle lui explique comment ça allait se passer. Finalement j’étais seule avec ma fille en salle d’audience. »

Ayant étudié quelques années en droit, la Rimouskoise se sentait outillée pour le côté légal, mais elle aurait aimé être mieux accompagnée pour l’aspect psychologique. 

« J’étais seule et je n’avais personne. Toutes les fois que ça a passé en cour, j’ai dû courir après le CAVAC pour voir où c’en était. Après la rencontre de juin, il n’y a eu aucun suivi. En octobre, ma fille s’est mutilée. Ils m’ont dit d’aller au privé. C’est finalement l’école qui lui a fait voir une travailleuse sociale », dit-elle.

(Photo Unsplash)

Le procès doit avoir lieu le 12 mars, au palais de justice de Rimouski. L’adolescent fait face à des accusations d’agression sexuelle. Après que les procédures aient été reportées à plusieurs reprises, la mère de la jeune présumée victime a peu d’espoir d’avoir une conclusion dans le dossier à ce moment. 

« Chaque fois que c’est reporté, ça nécessite une autre préparation. On me dit qu’il y aura des rencontres préparatoires, mais je n’y crois pas. Heureusement, ma fille est bien entourée par sa famille et le sport qu’elle pratique lui permet de passer à travers. Le CAVAC est censé être la première ligne d’attaque, ce n’est pas censé être le plan C. »

Important de nommer ses insatisfactions

Sachant que maintenant deux personnes dénoncent un manque de soutien de la part du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) du Bas-Saint-Laurent dans le traitement de leurs dossiers, sa directrice générale, Sophie Gasse, évoque que plusieurs raisons peuvent être la cause de cette insatisfaction.

« Toutes les situations sont traitées au cas par cas. Je ne pourrais pas parler d’un dossier précis, mais je peux dire qu’en règle générale, de nombreuses personnes sont aidés d’années en années. Dans un dossier, il peut y avoir plusieurs cas de figures qui vont en faire en sorte de rendre la situation d’une personne plus particulière. Il peut être arrivé toutes sortes de choses, d’un côté ou d’un autre, qui peut rendre le contact plus difficile. »

Elle confirme que de manière générale, la clientèle du CAVAC est plus souvent satisfaite que l’inverse. Elle demande toutefois aux personnes qui vivent des insatisfactions d’en parler avec l’intervenant responsable de leurs dossiers, sachant que tout le processus est d’une grande complexité.

« Des incompréhensions peuvent survenir, alors j’invite les gens à en parler à leur intervenant, pour tenter de démystifier le tout. Sinon, il y a des démarches plus formelles qu’il est possible d’entreprendre, du côté du traitement des plaintes. Soit que la personne concernée contacte directement la direction, soit qu’elle se rend sur le site internet du réseau des CAVAC, où chaque CAVAC a son protocole de traitement de plaintes. »

Une autre option serait de s’adresser directement à elle, en tant que directrice générale pour la région du Bas-Saint-Laurent. Elle comprend aussi que des situations, hors du contrôle de la clientèle, peuvent avoir des impacts sur celle-ci.

« Il peut arriver qu’un intervenant soit responsable d’un dossier, mais que des situations, vécu dans sa vie personnelle, le mène à quitter, que ce soit pour un congé de maladie, de maternité ou pour un autre emploi. Il y a alors une transition d’intervenants. On sait que ça peut être difficile. On tente de faire au mieux, pour qu’il ait le moins d’impact possible sur notre clientèle. C’est malheureux, mais c’est sûr que ce type de situation peut arriver. »

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