Chine : des balles et de l’opium
Négocier des affaires avec un pays comme la Chine exige de fermer les yeux sur le plan de l’éthique.
On a beau gueuler contre nos politiciens occidentaux quand ils ont des comportements hypocrites, mais il faut vraiment lire un document qui témoigne de la réalité d’une dictature pour en saisir toute la troublante et révoltante démence.
Souhaitons que les États-uniens évitent d’en arriver là.
Le Chinois Liao Yiwu a été condamné à quatre ans de prison pour avoir écrit un poème qui dénonçait les événements du 4 juin 1989 sur la place Tian’anmen, à Beijing.
Lors de ce surprenant printemps, autant les étudiants que les ouvriers chinois avaient manifesté en grand nombre et pacifiquement pour réclamer plus de démocratie et dénoncer la corruption des autorités.
Le mouvement était populaire et très puissant. Par contre, les autorités ont réagi avec dureté, lâchant les soldats qui se sont livrés à un véritable massacre parmi les citoyens.
Des centaines ont été tués dans les rues et beaucoup d’autres se sont retrouvés en prison, dans des conditions effroyables. Et une dictature étant ce qu’elle est, il était très risqué par la suite de faire allusion à ces événements du 4 juin.
Dizaine de dépositions
Bravement, après son internement, Liao Yiwu a consigné plus d’une dizaine de dépositions par des Chinois qui ont survécu à la prison. Son livre, Des balles et de l’opium, raconte les témoignages de ces ex-détenus.
Ceux-ci parlent de leur terrible expérience en geôle, mais surtout, de la difficulté de s’ajuster à la vie dans une société qui a tellement changé. Ils sont souvent rejetés autant par leurs familles et leurs voisins que sur le marché du travail, où on leur réserve les pires emplois.
Après les balles de fusils du 4 juin 1989, la Chine est devenue, selon l’auteur, une vaste contrée où l’argent est devenu l’opium du peuple. Celui qui en a est richement considéré.
Celui qui est pauvre est vu comme un parasite. Liao Yiwu a réussi à fuir la Chine. Il vit en Allemagne et continue de défendre les nombreuses victimes des événements de 1989. Ses livres sont interdits en Chine.

Des balles et de l’opium, par Liao Yiwu, Éditions Globe, 2019, 304 pages.
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