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Hockey : quand la morale frappe à retardement

L'opinion de Robin Lebel
Le geste dénoncé est survenu dimanche, au Colisée Financière Sun Life, durant la finale dans la catégorie M18 D2 du Tournoi national BMO Gestion privée de Rimouski. (Capture d’écran – Facebook)

Un geste violent s’est produit dimanche dernier lors d’un tournoi de hockey à Rimouski. Une mise en échec avant même le début de la partie, durant la période d’échauffement. Le geste était répréhensible et il sera puni.

Mais, évidemment, toute une cohorte de moralisateurs en a profité pour monter sur sa tribune. Enrico Ciccone en tête. Et ça, avouons-le, ça a de quoi faire sourire.

Lui qui s’est frayé un chemin jusqu’aux médias après sa carrière à coups de poing dans la LNH, avant de capitaliser là-dessus pour entrer en politique. Disons que la posture morale sonne un peu creux.

Je ne prendrai pas cette route. Le hockey est un sport de contact violent, tout comme le football, la boxe, le judo ou le karaté. Quand on ne veut pas prendre de risques, on choisit un autre sport où le risque de gestes violents est quasi nul.

Cet incident survient justement au moment où les propriétaires de la LHJMQ se questionnent sur la réglementation entourant les bagarres. Réduire les punitions ou non? Rappelons que les bagarres ont toujours été sanctionnées. Cela n’a jamais empêché les Enrico Ciccone de ce monde de franchir la ligne.

À la base, ce règlement a toujours été mal géré. Autrefois, c’était cinq minutes pour une bagarre. Puis est arrivé le fameux deux minutes pour instigateur.

C’est là que tout a commencé à déraper. Cette pénalité a encouragé les combats gratuits : deux gars se regardent, s’invitent à danser et boom. On en est même venus à la petite tape dans le dos pour signifier que c’est assez. Ridicule.

Si on veut réellement réduire les bagarres, il faut d’abord éliminer celles « sur invitation ». Plus de deux minutes pour instigateur. Dix minutes pour celui qui laisse tomber les gants. Celui qui garde ses gants, mais frappe de son poing? Cinq minutes.

À dix minutes de la fin du match, suspension automatique pour la partie suivante. Au troisième combat dans un même match : expulsion et suspension. Et cela devrait s’appliquer autant à la LHJMQ qu’aux ligues supérieures.

Et si on veut aller plus loin, il faudra aussi envisager de réduire le nombre de franchises dans la LHJMQ. Passer de 18 à 12 équipes hausserait le calibre et éliminerait presque naturellement les bagarreurs. Regardez la LNH : les combats ont pratiquement disparu parce que le niveau de jeu est trop élevé.

Les bagarres se font de moins en moins nombreuses dans la LHJMQ. (Photo Océanic / Folio Photo – Iften Redjah)

Au Québec, si on en parle autant, c’est aussi parce qu’il y a trop de place pour les joueurs moyens. Soyons honnêtes : quand la troisième ou la quatrième ligne saute sur la glace dans un match junior, on regarde souvent notre montre.

Bref, je suis contre les combats sur invitation, mais je n’ai rien contre les affrontements impulsifs et contrôlés. Et pourtant, j’ai horreur des combats ultimes dans un ring où tout est permis. Comme quoi rien n’est simple.

Sport rude

Le sport rude offre parfois l’occasion de se mesurer, et oui, il y a des excès. On vit avec. On est humains. Le choix se fait avant d’embarquer dans un sport, pas pendant ni après. Comme dans Lancé frappé : si tu te fais ramasser, « ouvre-toi les yeux, cal… ».

Ne vous scandalisez pas. Les bandes sont maintenant mobiles. Les équipements sont presque aussi solides que des gilets pare-balles. Résultat : les jeunes ne regardent plus où ils vont, parce qu’ils ne sentent plus le danger.

Remettez les mêmes joueurs sur la glace avec l’équipement des années 60 sans casque, avec des épaulettes en feutre. Jamais ce genre de geste ne se serait produit. Le risque de blessure serait trop évident, donc on l’éviterait. Moins il y a de risque, plus on en prend. C’est connu.

Comme société, nous voulons que tout soit réglementé, que l’État soit partout, que l’État assume tout. Comme citoyens, à quel moment devons-nous accepter le risque?

À quel moment devons-nous assumer nos décisions? Ce n’est pas à l’État de tout faire. Ce temps est révolu.

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