Rabot D Bois : quand les déchets deviennent payants
La valorisation devient aussi une question de rentabilité
De plus en plus d’entreprises de la région se tournent vers l’économie circulaire afin de réduire leurs coûts et de préserver l’environnement. C’est le cas de l’ébénisterie Rabot D Bois, de Sainte-Luce, qui mise sur la récupération pour ses emballages et dirige son bran de scie vers le compostage.
Avec la hausse constante des coûts liés à la gestion des déchets, la valorisation devient aussi une question de rentabilité.
Rabot D Bois fabrique principalement des objets en bois pour la cuisine et la maison. Son propriétaire, Mathieu Jean, explique vouloir faire sa part pour l’environnement.
« C’est notre ligne de pensée. Il faut que ce soit du bois intelligent, des objets utiles. Quand je vois un truc en plastique, j’essaie de voir comment le faire en bois. »
Dans une optique de développement durable, l’entreprise a adhéré au concept de l’économie circulaire il y a déjà plusieurs années. L’idée a d’abord germé avec la récupération du bran de scie de l’atelier.
« On peut le valoriser facilement. Il est de bonne qualité, sans contaminants comme la mélamine, et les colles sont biodégradables. Il fait un excellent compost. »
Monsieur Jean se rappelle en riant la surprise de la Régie des matières résiduelles de La Mitis lorsqu’il a demandé un « conteneur brun » pour le compostage. « Ils nous en ont trouvé un ! »
Aller encore plus loin
En analysant sa production, Mathieu Jean s’est ensuite attaqué à l’emballage de ses produits.
« Je cherchais comment cet intrant pourrait devenir le rebut de quelqu’un d’autre. »
Rabot D Bois expédie chaque jour entre 10 et 40 colis. Une première tentative de récupération de carton pour fabriquer des boîtes a toutefois été abandonnée, la production exigeant trop de temps et de manipulation.
L’entreprise utilise maintenant des boîtes en carton recyclé. Pour le rembourrage, l’ébéniste a trouvé d’autres solutions.

« Ça a commencé avec Arseno, à Matane. Ils découpent des tissus avec du papier kraft entre les couches. On récupère donc plein de découpes en papier provenant de chandails, de jupes ou de pantalons pour rembourrer nos colis. Puis, c’est drôle, des fois on se déguise avec ça », rigole monsieur Jean.
Comme le volume demeurait insuffisant, il s’est aussi tourné vers Gagnon Image, à Rimouski, pour récupérer les papiers cirés utilisés lors des enduits de vinyle pour le lettrage.
Réduire les coûts d’enfouissement
Dans ce modèle d’économie circulaire, les déchets d’une entreprise deviennent une valeur ajoutée pour une autre, souligne-t-il. Au lieu de remplir les conteneurs à déchets ou de recyclage, les entreprises réduisent leurs coûts d’enfouissement. Rabot D Bois, de son côté, économise sur le matériel d’emballage.
C’est là tout le principe de l’économie circulaire de valoriser les matières résiduelles. Mais pourquoi se donner autant de mal ?
« C’est dans nos valeurs. Je veux profiter encore longtemps de la nature, et que mes enfants aussi puissent en profiter. Si tout le monde fait des efforts, on va y arriver et on aura bien plus de résultats que les gouvernements », affirme-t-il.

Il y voit également un impact positif sur l’image de l’entreprise.
« Quand on parle d’économie circulaire sur nos réseaux sociaux, il y a un capital de sympathie qui se crée. C’est sûr. On est consciencieux de l’environnement et les gens aiment ça. »
Encore embryonnaire
Le coordonnateur chez Synergie Bas-Saint-Laurent, Francis Beauregard, rappelle que le modèle économique dominant demeure linéaire.
« On extrait des ressources, on les transforme, on les consomme, puis on les jette. »
À peine 6 % de l’économie québécoise serait circulaire. Très peu de matières résiduelles sont revalorisées et retournées dans le cycle de consommation. Ainsi, 94 % finissent encore dans les sites d’enfouissement.
Selon lui, les entreprises manifestent un intérêt croissant pour ce qu’il appelle l’écologie industrielle.
« Ce qui était un résidu destiné à l’enfouissement peut être repris et valorisé par une autre entreprise, plutôt que d’extraire de nouvelles ressources. »
Il estime qu’il faut non seulement réutiliser les objets en fin de vie, mais aussi repenser les modes de production afin de réduire l’utilisation de matières premières.
D’après monsieur Beauregard, la hausse des coûts liés à la gestion des déchets forcera éventuellement les entreprises à se tourner vers l’écologie industrielle.
« Il ne faut pas se le cacher : les coûts vont exploser. »
Pour l’instant, jeter demeure relativement abordable. Mais rapidement, le retour sur investissement des projets d’économie circulaire pourrait faire pencher la balance.
« Ici, on ne paie vraiment pas assez cher pour enfouir. On surconsomme, on jette, on gaspille. On se cache la tête dans le sable. »

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