Être souverain dans un Canada uni
L'opinion de Robin Lebel
L’expression sonne presque comme un paradoxe. Pourtant, toute réflexion citoyenne au Québec finit tôt ou tard par tourner autour de cette idée. Comment être pleinement maître chez soi dans un pays qui ne l’est pas vraiment pour nous?
C’est un peu comme essayer de faire du vélo avec une trottinette. On avance, mais on finit souvent cul par-dessus tête.
L’idée de départ, devenir un pays, reste séduisante. Mais dès qu’on regarde qui porte ce projet, l’enthousiasme retombe. Paul St-Pierre Plamondon, par exemple. Il est brillant, ses réponses frappent souvent juste, mais son image demeure fragile.
Trop jeune, trop spontané, trop… quelque chose. On ne sait jamais exactement quoi, mais le doute s’installe. Et il n’est pas le seul. Aucun visage vraiment exceptionnel ne se détache au Parti québécois. Soyons honnêtes : dans les autres partis aussi.
Comme l’a dit récemment Emmanuelle Latraverse à propos du nouveau chef libéral Charles Milliard : « On ne se lèvera pas la nuit pour penser à lui. »
C’est cruel, mais révélateur. Le poste de premier ministre n’a plus le lustre d’autrefois. Les gens d’exception ne se bousculent plus pour entrer en politique. Trop d’attaques, trop de micros, trop de tribunes où l’on devient une cible permanente.
Ravive la flamme indépendantiste
Pendant ce temps, à Ottawa, un homme exceptionnel, Mark Carney, a accepté de prendre la tête du Parti libéral du Canada. Heureusement pour nous.
Un geste qui vise clairement à stabiliser le pays dans un contexte où, chez nos voisins du Sud, la démocratie elle-même semble vaciller. Mais rien là-dedans ne ravive la flamme indépendantiste au Québec.
Et si on place Carney à côté de Paul St-Pierre Plamondon, sans qu’ils ne prononcent un mot, qui semble le plus crédible? Voilà le nœud du problème : l’idée d’indépendance demeure pertinente, mais nos meilleurs talents restent confortablement assis chez eux.
On a bien quelques hommes d’affaires qui aiment les caméras, dont Luc Poirier, Pierre Karl Péladeau et quelques autres, mais ce n’est pas suffisant pour inspirer un peuple à franchir un pas de plus.
Alors, comment faire sortir nos leaders de leur placard? Peut-être en regardant du côté de ceux qui vivent déjà sous les projecteurs sans broncher : les joueurs du Canadiens de Montréal.
L’idée fait sourire, mais elle pose une vraie question. Accepteraient-ils cette pression s’ils étaient payés 35 000 $ par année en 2026? Bien sûr que non. À coups de millions, tout le monde devient soudainement très motivé.

La comparaison est volontairement tirée par les cheveux, mais elle illustre une vérité simple : la notoriété et la responsabilité attirent davantage quand la rémunération suit.
Alors, pourquoi ne pas revoir nos salaires politiques? En 2026, imaginons : 250 000 $ pour un député, 350 000 $ pour un ministre, 500 000 $ pour le premier ministre, avec voiture officielle et compte de dépenses.
Croyez-vous qu’on verrait apparaître des diplômés d’élite, des gestionnaires aguerris, des têtes fortes? Ce serait au moins un début.
Manque de stratégie
Il y a un autre problème, plus profond celui-là. Le manque de stratégie. On veut devenir un pays, mais on agit comme si répéter « souveraineté » suffisait. Quand on veut amadouer plus fort que soi, on doit faire autre chose que parler de soi. Il faut semer un doute, glisser une mouche entre les deux oreilles de l’autre.
Et justement, l’Alberta parle de souveraineté. L’Ontario craint pour son industrie automobile. L’ouest se sent dominé par l’Eest.
Pourquoi ne pas leur dire : « Vous avez raison, ça ne fonctionne plus. Trouvons une solution. » Et si cette solution ressemblait à l’Union européenne? Chaque province souveraine, mais unie dans une monnaie commune, avec un pouvoir central limité aux enjeux collectifs : environnement, sécurité, grands dossiers nationaux.
L’idée mérite réflexion. Mettre une mouche dans la tête du plus fort n’a rien de banal. Mettre de l’argent sur la table non plus.
Regardez le Canadien. Ils nous endurent malgré nos critiques quotidiennes, nos échanges imaginaires et nos gardiens crucifiés. Pensez-vous que Samuel Montembeault accepterait ça pour 35 000 $ par année?
L’important n’est pas d’avoir toutes les réponses. L’important, c’est de poser les bonnes questions, même quand on ne connaît pas la réponse.

