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Bas-Saint-Laurent : à la poursuite des légendes oubliées

La Société rimouskoise du patrimoine travaille au projet
Félix Turcotte, chargé de projet en patrimoine bâti à la Société rimouskoise du patrimoine. (Photo courtoisie IJL-Marie-Josée Roy)

Félix Turcotte, chargé de projet en patrimoine bâti à la Société rimouskoise du patrimoine (SRP), a entrepris de recenser les légendes sises dans la région du Bas-Saint-Laurent. Le 25 mars dernier, au complexe municipal de Saint-Alexandre-de-Kamouraska, se tenait une consultation publique afin de raconter et de répertorier les récits du territoire avant qu’ils ne s’évaporent dans la brume du fleuve.

Par Marie-Josée Roy- Journaliste de l’initiative de journalisme local– Info dimanche

Loin d’être un simple exercice nostalgique, cette quête d’oralité sur la mythologie populaire s’impose comme le début d’un circuit touristique majeur: la Route des Lacs et Légendes, pilotée par Tourisme Bas-Saint-Laurent et mandatée par la MRC de Témiscouata qui propose de mettre en lumière les personnages locaux, les anecdotes et les lieux mystérieux qui ont façonné l’identité bas-laurentienne.

À travers les différents témoignages qu’il recueille, tel un véritable gardien de la mémoire, Félix Turcotte cherche à préserver, à valoriser et à transmettre le patrimoine oral de la région.

Avant de commencer la rencontre, il insiste pour faire la distinction entre le conte, qui navigue dans l’imaginaire pur pour prendre la forme d’un récit invraisemblable « qu’on invente de toutes pièces », et la légende, qui n’est pas répertoriée dans les livres. Elle voyage de bouche à oreille, au rythme des générations, tout en étant ancrée dans la réalité.

Elle est la présentation traditionnelle de faits ou de personnages qui ont été déformés, amplifiés ou embellis. « Il y a peut-être plusieurs versions qui ont pu se créer à travers le temps. Ça peut être des petites anecdotes du coin ou des histoires de famille », précise monsieur Turcotte

Histoire de diable et de curé

Pour illustrer ses recherches, Félix Turcotte déballe ses trouvailles à propos de figures locales fascinantes en débutant par Le diable a fait une crise, écrit par Joseph Napoléon Dumont.

Un récit qui raconte l’admiration qu’un homme peu dévot de Saint-Alexandre portait pour le Mal, allant jusqu’à préférer travailler le dimanche plutôt que d’aller à la messe.

Le conteur met aussi en lumière des personnages plus sombres, comme Louis Lambert, avant de s’attarder à un bûcheron nommé Tom Fox, dont une croix en son honneur est toujours érigée près de Saint-Alexandre.

Au-delà des figures légendaires, la toponymie des lieux dissimule souvent des tragédies ou des phénomènes inexpliqués.

C’est le cas des îles Pèlerins, au large de Saint-André-de-Kamouraska. On raconte qu’après la disparition mystérieuse de pèlerins, on entend toujours des voix qui s’élèvent du brouillard et que des silhouettes errantes sont visibles à partir du rivage.

Les légendes du coin

Après avoir mis la table en racontant quelques-unes de ses trouvailles qui se concentrent sur le territoire, Félix Turcotte lance la balle aux participants à la recherche des « légendes du coin ».

D’emblée, Robin Laplante, directeur général adjoint à la Municipalité de Saint-Alexandre-de-Kamouraska et également directeur incendie, prend les devants.

«Ça fait 48 ans que je suis dans la région. Ça fait que des légendes, j’en ai entendu quelques-unes.» Il évoque la pierre non scellée de l’église de Saint-André, laissant celle-ci inachevée, pour éviter que le diable ne vienne chercher l’âme des paroissiens. Émilie Vaillancourt qui travaille pour le service des loisirs de l’endroit enchaine avec l’anecdote au sujet de la croix de chemin située près de son domicile. La discussion dévie ensuite sur le passage d’un avion contenant une ogive non armée au-dessus de Saint-André-de-Kamouraska. «Ce n’est pas une légende. C’est arrivé pour de vrai. Mais plusieurs ouï-dire se sont rattachés à ça. Des gens ont dit qu’ils avaient même vu le champignon nucléaire!», s’exclame Robin Laplante.

Plus que des histoires colorées que l’on raconte pour animer la soirée, s’intéresser aux récits immatériels est une façon de redonner une voix à ceux qui ont marqué l’âme de la région.

À la fin de la rencontre, Félix Turcotte referme son carnet, mais sa quête de légendes continue, en espérant que le Bas-du-Fleuve n’ait pas fini de lui confier ses secrets.

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