Artemis II : histoire d’immigration
L'opinion de Robin Lebel
Le projet Artemis II a fait rêver bien des gens la semaine dernière. Voir les États-Unis se préparer à retourner vers la Lune ravive une question fondamentale : comment une nation en vient-elle à réaliser de tels exploits technologiques ?
La réponse ne se trouve pas uniquement dans ses budgets ou ses ambitions, mais aussi dans son histoire… et dans l’immigration.
En 1945, alors que le monde sort à peine de la Seconde Guerre mondiale, les ingénieurs allemands à l’origine de la fusée V2, première fusée balistique de l’histoire, deviennent accessibles. Les États-Unis font alors un choix pragmatique, voire controversé : plutôt que de punir ou d’écarter ces spécialistes, ils lancent l’opération Paperclip afin de les recruter massivement. Parmi eux, Wernher von Braun, qui deviendra l’un des principaux artisans du programme spatial américain.
Quelques années plus tard, en 1959, le Canada prend une décision qui aura des répercussions bien au-delà de ses frontières. L’annulation du projet Avro Arrow, avion supersonique pourtant prometteur, provoque l’exode de ses cerveaux.
Une partie de ces ingénieurs traverse la frontière et se retrouve à la NASA, contribuant directement aux programmes Mercury, Gemini et Apollo Ces épisodes ne sont pas des anecdotes. Ils illustrent une réalité fondamentale.
L’Amérique convoitée
L’Amérique du Nord s’est transformée après 1945 grâce à l’arrivée massive de talents venus d’ailleurs, parfois récupérés discrètement dans le tumulte de l’histoire.
Plus de 20 000 Allemands, ainsi que des milliers d’autres Européens, fuient un continent dévasté pour s’installer au Canada et aux États-Unis. Leur expertise, leur créativité et leur volonté de recommencer ont profondément marqué notre développement scientifique et industriel.
L’Amérique est un continent jeune, façonné par des peuples fondateurs, autochtones, français et britanniques, puis par des générations d’immigrants parlant allemand, russe, italien, polonais et bien d’autres après la Seconde Guerre mondiale. Ces langues, ces cultures et ces parcours ont contribué à bâtir ce que nous sommes aujourd’hui.
Quand j’entends les provinces de l’Ouest ou l’Ontario nous dire de parler anglais, il y a de quoi sourire. Vraisemblablement, ce réflexe trahit surtout une méconnaissance de notre propre histoire. Ignorer cette réalité, c’est de se priver d’une clé essentielle pour comprendre les succès de demain.
Le Canada, tout comme les États-Unis, s’est construit grâce à l’immigration. C’est une réalité qu’on ne peut évacuer à la carte, surtout lorsqu’on parle de projets collectifs ou, plus près d’ici, de souveraineté.

