La taxe d’eau qui déborde à Rimouski
L'opinion de Robin Lebel
Il faut le dire franchement : à Rimouski, on a déjà vu des idées discutables, mais celle-là, elle coule au fond plus vite qu’un bloc de ciment dans le fleuve. Imaginer une taxe d’eau imposée aux entrepreneurs qui construisent de nouveaux bâtiments, c’est comme croire qu’on stimule le développement en lui attachant des poids aux chevilles.
Sur papier, l’intention paraît noble, soit de financer l’entretien des infrastructures et d’encourager une utilisation responsable.
Dans un communiqué, ça sonne presque logique. Mais dans la vraie vie, celle où les entrepreneurs jonglent déjà avec les coûts des matériaux, la rareté de la main-d’œuvre et les délais administratifs, ajouter une taxe de plus, c’est comme demander à un marathonien de traîner un frigo sur son dos.
Le plus ironique, c’est que ces nouveaux immeubles deviendront, pour la Ville, des sources de revenus stables pendant des décennies. Alors pourquoi vouloir tout encaisser maintenant, comme si Rimouski était à deux semaines de la faillite?
Financer sur le long terme, revoir certaines priorités disons, mettre le complexe multisport sur la glace un moment, ça ne serait pas plus sensé? Où est exactement l’urgence dans ce dossier? Et ce n’est pas seulement moi qui trouve ça absurde.
Dans le monde des affaires régionales, l’idée fait lever les sourcils plus haut que le phare de Pointe-au-Père. Les entrepreneurs le répètent depuis des années : Rimouski veut attirer des projets, pas les faire fuir à Mont-Joli ou ailleurs. Une taxe d’eau, c’est précisément le genre de surprise qui fait réfléchir deux fois avant d’investir, sans compter tous ceux qui ne l’ont même pas vue venir.
Facturer l’air climatisé
Parce qu’on va se le dire : l’eau n’est pas un luxe, c’est un service essentiel. Faire payer les contracteurs pour l’utiliser, c’est comme facturer l’air climatisé dans un centre commercial : au final, ça se retrouve sur la facture du client, puis sur celle du citoyen.
Et après, on se demande pourquoi les logements coûtent plus cher. Ce qui dérange le plus, c’est cette impression que la Ville cherche des revenus rapides plutôt que de s’attaquer aux vrais enjeux : moderniser, planifier, réduire le gaspillage. Une taxe, c’est simple. Une vision, ça demande du courage.
Si le but était de faire jaser, c’est réussi. Mais pour faire avancer Rimouski, on repassera. Parce qu’à force d’empiler les obstacles, on finit par ralentir ceux qui veulent bâtir.
Une ville qui ralentit ses bâtisseurs finit souvent par freiner son propre avenir. Les occasions ne patientent jamais.

